lundi 13 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2106880 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL PIPAT - DE MENDITTE - DELAIRE - DOTAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 décembre 2021 et 16 février 2023, Mme B A C, représentée par Me Perret, avocate, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Veyrines de Domme à lui verser la somme de 118 942,38 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Veyrines de Domme une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la responsabilité pour faute de la commune de Veyrines de Domme est engagée du fait de l'illégalité de l'arrêté du 1er juin 2018 par lequel le maire de cette commune lui a délivré un permis de construire, laquelle a été constatée par un jugement du 8 octobre 2019 du tribunal administratif de Bordeaux ;
- la faute résultant du certificat d'urbanisme positif qui lui a été délivré le 15 septembre 2017 est de nature à lui ouvrir droit à réparation des préjudices qui en sont la conséquence directe, sur le fondement de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme ;
- aucune faute ne saurait lui être reprochée, eu égard à son âge au moment de la demande de certificat d'urbanisme et au fait qu'elle s'est arrogée les services d'un architecte et d'un maître d'œuvre ; à cet égard, les services municipaux en charge de l'urbanisme étaient parfaitement informés de la nature de la construction en cause ;
- elle est fondée à solliciter l'indemnisation de ses préjudices : en premier lieu, elle a subi un préjudice matériel qui doit être évalué à hauteur de 93 942,38 euros ; en deuxième lieu, elle a subi un préjudice au titre des perturbations dans sa vie quotidienne qui doit être évalué à hauteur de 20 000 euros ; en dernier lieu, elle a subi un préjudice moral qui doit être évalué à hauteur de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, la commune de Veyrines de Domme conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'elle soit garantie par le préfet de la Dordogne et en tout état de cause à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable du fait de l'autorité de chose jugée qui s'attache à l'ordonnance du 30 août 2021 par laquelle le tribunal a rejeté la précédente requête indemnitaire déposée par la requérante ;
- à titre subsidiaire, d'une part, l'illégalité du permis de construire délivrée à la requérante résulte d'un partage de responsabilité entre les services instructeurs et l'architecte de l'intéressée ; d'autre part, Mme A C n'aurait pas dû débuter les travaux avant l'expiration du délai de contestation du permis de construire, de sorte qu'elle a commis une faute d'imprudence ; de plus, celle-ci n'a pas défendu la légalité du permis de construire devant le tribunal, de sorte qu'elle a commis une faute de négligence ; enfin, elle n'a pas respecté les prescriptions du permis de construire lors de la réalisation des travaux ;
- à titre infiniment subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- en tout état de cause, elle sera relevée intégralement indemne par la préfecture de la Dordogne.
La requête a été communiquée au préfet de la Dordogne, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Par une ordonnance du 17 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mars 2023.
Un mémoire a été enregistré le 6 octobre 2023 pour le compte de Mme A C et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 1er juin 2018, le maire de Veyrines de Domme a délivré à Mme A C un permis de construire pour la " transformation d'une ruine existante en maison d'habitation sur deux niveaux sans extension ", sur un terrain situé au lieu-dit " Le Petit Pouget ", parcelles cadastrées section AK n° 82 et n° 311. Par un jugement n° 1805038 du 8 octobre 2019, devenu définitif, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé pour excès de pouvoir cet arrêté. Par la présente requête, Mme A C demande au tribunal, après rejet implicite de sa demande indemnitaire préalable, de condamner la commune de Veyrines de Domme à lui verser la somme de 118 942,38 en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité fautive de l'arrêté du 1er juin 2018.
Sur l'exception de chose jugée opposée en défense :
2. Il résulte de l'instruction que, par ordonnance n° 2101625 du 30 août 2021, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté pour irrecevabilité sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, la requête indemnitaire formée par Mme A C, tendant à ce que le tribunal condamne la commune de Veyrines de Domme à lui verser la somme de 108 942,38 euros en réparation des divers préjudices qu'elle estime avoir subis en conséquence de l'illégalité fautive entachant l'arrêté du 1er juin 2018, en raison d'une absence de liaison du contentieux. Toutefois, l'autorité relative de chose jugée qui s'attache à cette ordonnance d'irrecevabilité ne fait pas obstacle à l'examen de la nouvelle action en responsabilité présentée par Mme A C, assortie cette fois de la justification de la liaison du contentieux. Par suite, l'exception de chose jugée opposée en défense sur ce point doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Veyrines de Domme :
3. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. Ainsi, la délivrance d'un permis de construire illégal constitue une faute susceptible d'engager, envers son bénéficiaire, la responsabilité de la personne publique au nom de laquelle il a été accordé. Cette responsabilité est susceptible d'être atténuée par la faute commise par le bénéficiaire du permis, notamment lorsqu'il a présenté une demande tendant à la délivrance d'un permis de construire illégal.
4. D'une part, il résulte de l'instruction que le permis de construire délivré par le maire de Veyrines de Domme à Mme A C pour la " transformation d'une ruine existante en maison d'habitation sur deux niveaux sans extension ", a été annulé pour excès de pouvoir par le tribunal dans un jugement devenu définitif au motif que ce projet méconnaissait les dispositions de l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme. A cet égard, le tribunal a considéré qu'il ressortait du formulaire de la demande de permis de construire et de la notice descriptive jointe à cette demande que, contrairement aux mentions figurant sur l'arrêté contesté, le projet concernait en réalité une " reconstruction ", la notice précisant d'ailleurs que la " maçonnerie sera réalisée en brique ", alors que la ruine existante était composée partiellement de pierres, en particulier dans sa partie basse. Le tribunal en a conclu que le projet ne pouvait être regardé comme une simple adaptation, réfection ou extension d'une construction existante, mais devait être analysé comme une construction nouvelle à usage d'habitation non autorisée dans ce secteur de la carte communale, en application de l'article L. 161-4 du code l'urbanisme. En outre, il résulte de l'instruction que le maire de Veyrines de Domme a délivré à Mme A C, le 15 septembre 2017, un certificat d'urbanisme positif en vue de la réalisation d'une opération de " reconstruction d'un bâtiment en ruine à usage d'habitation " sur le terrain en litige, alors que la notice descriptive jointe à la demande de certificat précisait que les ouvrages de briques et de béton existants sur le terrain dans un état très dégradé et menaçant de ruine seraient démolis pour faire face à un projet plus modeste et équilibré avec utilisation de matériaux traditionnels locaux. Dès lors, Mme A C est fondée à soutenir qu'en lui délivrant un permis de construire l'autorisant à construire, à la place d'une ruine, une maison d'habitation en secteur naturel inconstructible identifié sur la carte communale, le maire de Veyrines de Domme a commis une faute susceptible d'engager la responsabilité de la commune.
5. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme A C, assistée de son architecte, professionnel averti en droit de l'urbanisme, a également commis une faute en présentant une demande de permis de construire qui méconnaissait les dispositions du code de l'urbanisme interdisant toute construction nouvelle dans ce secteur. En revanche, Mme A C n'a pas commis d'imprudence fautive en commençant les travaux dès l'obtention du permis de construire et sans attendre l'issue définitive du recours pour excès de pouvoir engagé par son voisin, ni commis de négligence fautive en ne présentant pas d'écritures en défense dans le cadre de ce recours. Enfin, la circonstance que Mme A C n'aurait pas respecté les prescriptions du permis de construire lors de la réalisation des travaux, à la supposer établie, ne présente pas de lien de causalité avec l'illégalité dont est entaché l'arrêté de permis de construire. Dans les circonstances de l'espèce, la faute commise par Mme A C, laquelle n'est pas une professionnelle de l'immobilier, atténue d'un quart la responsabilité encourue par la commune de Veyrines de Domme du fait des conséquences dommageables de la délivrance du permis de construire illégal du 1er juin 2018.
En ce qui concerne les préjudices :
6. En premier lieu, lorsqu'un permis de construire irrégulièrement délivré est annulé, le bénéficiaire de ce permis a droit à l'indemnisation des sommes exposées inutilement pour la réalisation des travaux autorisés par celui-ci entre la date de délivrance du permis, soit en l'occurrence le 1er juin 2018, et celle du jugement prononçant son annulation, soit le 8 octobre 2019, ainsi qu'à celles des sommes exposées postérieurement au jugement et qui peuvent être regardées comme la conséquence directe de cette annulation.
7. Mme A C sollicite le versement d'une somme de 93 942,38 euros en réparation de l'ensemble des travaux et achats de matériaux qu'elle a effectués pour la construction ayant donné lieu à la délivrance du permis de construire qui a été annulé.
8. D'une part, Mme A C n'est pas fondée à solliciter le remboursement d'un bon de commande de cuisine, des frais d'étude RT 2012 et des frais du contrôle conception pour la mise en place d'un assainissement, lesquels ont été engagés antérieurement à la délivrance du permis de construire, de sorte qu'ils ne peuvent être regardés comme en étant la conséquence directe. De même, les notes d'honoraires dont se prévaut la requérante pour les études préliminaires, l'avant-projet sommaire et l'avant-projet définitif de permis de construire ainsi que le dossier de demande de certificat d'urbanisme, datées des 22 juin, 12 octobre et 15 novembre 2017 et 20 janvier 2018, outre qu'elles ne peuvent être regardées comme ayant été exposées inutilement, ont été également engagées antérieurement à la délivrance du permis de construire.
9. D'autre part, s'agissant des autres frais, le tribunal ne dispose pas d'éléments suffisants pour évaluer le montant des sommes effectivement supportées par la requérante.
10. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner une expertise complémentaire afin de déterminer les sommes exposées inutilement par Mme A C pour la réalisation des travaux autorisés par le permis de construire qui a été annulé.
11. En second lieu, compte tenu de l'importance du projet en cause et de l'âge de Mme A C, il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence en l'évaluant à hauteur de 2 000 euros.
12. Il résulte de tout ce qui précède que, eu égard au partage de responsabilité déterminé au point 5, la commune de Veyrines de Domme doit être condamnée à verser à Mme A C la somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence résultant de la délivrance du permis de construire illégal.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Veyrines de Domme est condamnée à verser à Mme A C la somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence résultant de la délivrance du permis de construire illégal.
Article 2 : Il est ordonné, avant de statuer sur le préjudice matériel de Mme A C, une expertise, qui aura pour mission :
- de déterminer le montant des sommes exposées inutilement par Mme A C pour la réalisation des travaux, autres que ceux écartés au point 8 du présent jugement, autorisés par le permis de construire qui a été annulé en décrivant la nature et la date des dépenses engagées ainsi que les sommes restées à la charge de l'intéressée ;
- d'une façon générale, recueillir tout élément et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des préjudices subis par Mme A C.
Article 3 : L'expertise sera menée contradictoirement entre Mme A C, la commune de Veyrines de Domme et le préfet de la Dordogne.
Article 4 : L'expert sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Le rapport d'expertise sera déposé en deux exemplaires dans un délai de quatre mois à compter de la date de notification du présent jugement. L'expert en notifiera des copies aux parties intéressées.
Article 5 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'à la fin de l'instance.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C, la commune de Veyrines de Domme et au préfet de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 13 novembre 2023.
La rapporteure,
C. PASSERIEUX
Le président,
Ph. DELVOLVÉ
Le greffier,
A. PONTACQ
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
N°2106880
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026