mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2106922 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | FEAUVEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2021, M. D B, représenté par Me Feauvaux, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 août 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a rejeté la demande de la société Nayak aircraft services tendant à ce qu'il soit habilité à accéder à la zone " côté piste " à accès réglementé de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, ensemble la décision du 21 octobre 2021 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une habilitation lui permettant d'accéder à la zone " côté piste " à accès réglementé de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence de leur signataire ;
- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- la consultation des traitements automatisés de données à caractère personnel n'a pas été réalisée par une personne habilitée à cet effet ;
- elles visent le décret n° 2005-1124 du 6 septembre 2005 et la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 qui ont été abrogés ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de l'aviation civile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ballanger,
- et les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Nayak Aircraft Service a sollicité la délivrance d'une habilitation autorisant M. B à accéder à la zone " côté piste " à accès réglementé de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac. Cette demande a été rejetée par une décision de la préfète de la Gironde du 10 août 2021. M. B a formé un recours gracieux contre cette décision le 11 octobre 2021 qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 21 octobre 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 10 août 2021 :
2. Aux termes de l'article L. 6342-3 du code des transports : " Les personnes ayant accès aux zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes ou aux approvisionnements de bord sécurisés, ainsi que celles ayant accès au fret, aux colis postaux ou au courrier postal, sécurisés par un agent habilité ou ayant fait l'objet de contrôles de sûreté par un chargeur connu et identifiés comme devant être acheminés par voie aérienne, doivent être habilitées par l'autorité administrative compétente. / La délivrance de cette habilitation est précédée d'une enquête administrative donnant lieu, le cas échéant, à consultation du bulletin n° 2 du casier judiciaire et des traitements automatisés de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification ". Aux termes de l'article R. 213-3-1 du code de l'aviation civile : " I.- L'habilitation mentionnée à l'article L. 6342-3 du code des transports est demandée par l'entreprise ou l'organisme qui emploie la personne devant être habilitée. () L'habilitation est délivrée ou refusée par le préfet exerçant les pouvoirs de police sur l'aérodrome lorsque l'entreprise ou l'organisme concerné est situé sur l'emprise de celui-ci, ou par le préfet territorialement compétent dans les autres cas. () ".
3. En premier lieu, l'article R. 122-16 du code de la sécurité intérieure dispose que : " Dans le département où se trouve le chef-lieu d'une zone de défense et de sécurité, le préfet peut donner délégation de signature au préfet délégué pour la défense et la sécurité en toute matière relevant de la sécurité nationale ainsi qu'en d'autres matières, le cas échéant () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 17 juillet 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Gironde n° 33-2020-120 du même jour, la préfète de la Gironde a donné délégation à M. A C, préfet délégué pour la défense et la sécurité auprès de la préfète de la zone de défense et de sécurité sud-ouest, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, en matière de sûreté de l'aéroport Bordeaux-Mérignac, tous les actes, arrêtés et décisions en matière d'agrément des agents de sûreté aéroportuaire, et relatifs aux habilitations en vue de la délivrance d'un titre de circulation en zone de sûreté à accès réglementé des aérodromes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".
6. La décision attaquée a pour objet de refuser de délivrer à M. B un titre d'accès en zone réservée d'un aérodrome sollicité par l'intermédiaire de la société qui l'employait en application de l'article R. 213-3-1 du code de l'aviation civile. Si l'intéressé expose que cette décision aurait dû faire l'objet d'une procédure contradictoire en application des dispositions prévues aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, elle doit cependant être regardée comme prise sur la demande de M. B. Ainsi, la préfète n'était pas tenue de mettre le requérant à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, orales. Le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire doit dès lors être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure : " I. - Les décisions administratives () d'habilitation, prévues par des dispositions législatives ou réglementaires, concernant () l'accès à des zones protégées en raison de l'activité qui s'y exerce () peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées. () ". Aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues () aux articles L. 114-1, L. 114-2, () du code de la sécurité intérieure () les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes () peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / 1° Les personnels de la police et de la gendarmerie habilités selon les modalités prévues au 1° et au 2° du I de l'article R. 40-28 () ". Aux termes de l'article R. 40-28 du même code : " I. - Ont accès à la totalité ou, à raison de leurs attributions, à une partie des données mentionnées à l'article R. 40-26 pour les besoins des enquêtes judiciaires : / 1° Les agents des services de la police nationale exerçant des missions de police judiciaire individuellement désignés et spécialement habilités () ".
8. Dès lors que les dispositions citées ci-dessus du code des transports prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la délivrance d'un agrément individuel, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des dispositions également citées ci-dessus du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise sur la demande d'agrément. Dans ces conditions, la circonstance que le préfet de la Gironde n'établisse pas que l'agent qui a procédé à la consultation du traitement des antécédents judiciaires aurait bénéficié de l'habilitation prévue par les dispositions précitées est sans incidence sur la régularité de la procédure. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure serait irrégulière doit être écarté.
9. En quatrième lieu, la circonstance que la préfète de la Gironde vise le décret n°2005/1124 du 6 septembre 2005 et la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 qui ont été abrogés n'est pas de nature à faire regarder la décision litigieuse comme privée de base légale.
10. En cinquième lieu, pour prendre la décision attaquée, la préfète de la Gironde s'est fondée sur la circonstance que M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite d'un véhicule en ayant fait l'usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants le 23 janvier 2021, qu'à cette occasion il a reconnu être consommateur de cannabis et de cocaïne et que le test pratiqué s'est avéré positif aux amphétamines, à la cocaïne et au cannabis. Ces éléments sont corroborés par la synthèse des faits établie par la police nationale le 22 juillet 2021. M. B, qui ne conteste pas la réalité des propos que lui prêtent les agents de la police nationale concernant sa consommation de stupéfiants, fait valoir qu'il n'a été contrôlé positif qu'à la cocaïne, et produit les résultats du test salivaire analysé le 26 janvier 2021, soit trois jours après le contrôle, qui le confirment. Toutefois, et à supposer que le rapport de synthèse soit erroné, il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision en se fondant sur la seule consommation de cocaïne pour refuser de délivrer l'habilitation sollicitée. Dans ces conditions, la mention erronée est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été contrôlé au volant de son véhicule le 23 janvier 2021 en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Il a reconnu consommer du cannabis et de la cocaïne et a été contrôlé positif à cette dernière substance. L'intéressé fait valoir que sa consommation de stupéfiants n'était que ponctuelle et produit des résultats d'analyses biologiques du mois d'août 2021 qui ne révèlent pas de trace de cannabis ni de cocaïne. Cependant, compte tenu du caractère récent de ces faits à la date de la décision attaquée et de leur nature, en dépit de leur caractère isolé et de la circonstance que ses qualités professionnelles sont saluées par son employeur, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne la décision de rejet du recours gracieux du 21 octobre 2021 :
12. L'exercice d'un recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. En conséquence, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que la décision du 21 octobre 2021 rejetant son recours gracieux serait entachée d'incompétence, de vices de procédure, d'un défaut de base légale, d'inexactitude matérielle des faits et d'une erreur d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 août 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a rejeté la demande de la société Nayak aircraft services tendant à ce qu'il soit habilité à accéder à la zone " côté piste " à accès réglementé de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, ensemble la décision du 21 octobre 2021 portant rejet de son recours gracieux. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Chauvin, présidente,
- Mme de Gélas, première conseillère,
- Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
La rapporteure,
M. BALLANGERLa présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026