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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200013

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200013

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantABADEL-BELHAIMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 janvier 2022 et le 30 septembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme E C, représentée par Me Abadel-Belhaimer, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, dans un délai de 5 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la préfète de la Gironde une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la participation du père, de nationalité française, à l'entretien et à l'éducation de leur enfant qu'il a reconnu ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son enfant est scolarisé, qu'elle vit en France depuis 2014, a une vie stable et est insérée professionnellement ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la décision attaquée est fondée en fait et en droit.

Par ordonnance du 12 janvier 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 12 avril 2022.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 décembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2200014 du 5 janvier 2022 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme C.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E C, ressortissante congolaise née le 11 novembre 1990, est entrée en France, selon ses dires, le 27 juin 2014. Le 4 mars 2019, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 juillet 2021, dont Mme C demande l'annulation, la préfète de la Gironde a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 décembre 2021. Par suite, sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté indique la date d'entrée en France de Mme C, ainsi que différents éléments de sa situation personnelle et familiale, notamment que son fils, A, de nationalité française, a été reconnu par son père et qu'il n'est pas justifié que ce dernier participerait à l'entretien et à l'éducation de son enfant. La préfète précise encore que la requérante ne justifie pas de son insertion durable dans la société française. L'arrêté, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, comporte ainsi les considérations pertinentes de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé au regard des exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". L'article L. 423-8 du même code précise : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / () ".

6. Mme C est mère d'un enfant français, né le 10 septembre 2017 à Meaux. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de la Gironde a rejeté la demande de la requérante tendant au renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français au motif qu'elle n'établit pas que le père de celui-ci, de nationalité française, participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Si Mme C fait valoir que M. D, qui a reconnu A le 4 juillet 2017, exerce un droit de visite et d'hébergement sur son fils et verse une pension alimentaire, la production de quelques relevés bancaires faisant seulement état de quatre versements de 100 euros de mars à juin 2021 ne constituent pas des éléments suffisamment probants. En outre, alors qu'il est constant que le père du jeune A vit dans le département du Loiret, la requérante ne justifie d'aucune visite régulière de celui-ci depuis la naissance de l'enfant jusqu'à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Ainsi, il n'est pas justifié que M. D contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil. Par ailleurs, la requérante ne produit pas de décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde était fondée à considérer que Mme C n'avait pas de droit au séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 précités.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

8. Si Mme C soutient qu'elle séjourne en France depuis 2014, elle n'établit pas la réalité d'un séjour continu depuis cette date par la seule production d'un récépissé de demande de carte de séjour établi le 6 juin 2020 à Bordeaux. Ainsi qu'il a été dit au point 6, il n'est pas justifié que le père de l'enfant contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de celui-ci. Dès lors, quand bien même l'enfant est scolarisé au titre de l'année 2021/2022 en moyenne section de maternelle, il n'y a pas d'obstacle à ce que la cellule familiale constituée par la requérante, qui est célibataire, et son enfant, puisse se reconstituer au Congo, où l'intéressée a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans et où vit encore sa mère et deux des trois membres de sa fratrie. La circonstance que Mme C bénéficie d'un contrat à durée indéterminé à temps partiel depuis le 30 août 2020 ne peut suffire à démontrer une insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde, en prenant l'arrêté en litige, n'a pas porté au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Pour les mêmes motifs, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de la requérante.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, contrairement à ce qu'elle soutient, la préfète n'était pas tenue d'examiner spontanément sa situation au regard de ces dispositions. Le moyen soulevé à cet égard doit donc en tout état de cause être écarté.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. L'arrêté de refus de titre de séjour n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer l'enfant A de l'un ou l'autre de ses parents, alors au demeurant que, ainsi qu'il a été relevé au point 6, il n'est pas établi que son père contribuerait à son entretien et à son éducation. Dans ces conditions la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 16 juillet 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme C tendant à être admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frezet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.

Le rapporteur,

C. B

Le président,

L. POUGETLa greffière,

M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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