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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200130

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200130

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET OFFICIO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2022, Mme A Potier demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 novembre 2021 par laquelle le directeur de la Caisse des dépôts et consignations a refusé de lui accorder treize jours de congés au titre de ses vingt années d'activité professionnelle en application de l'accord collectif conclu entre la Caisse des dépôts et consignations et les organisations syndicales représentatives, pour la période 2019-2021 ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui accorder cette dotation de jours de congés ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision attaquée dispose d'une délégation de signature régulière ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle lui refuse l'octroi des 13 jours de congé sollicités alors qu'elle remplit les conditions prévues par le point 7 du chapitre 2 de l'accord-cadre 2019-2021 précité.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er mars et 16 août 2023, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Me Batôt, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête de Mme Potier.

Elle soutient que la décision attaquée a été retirée par une décision du 1er août 2023, qui accorde à l'intéressée les 13 jours de congés sollicités.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 96-452 du 28 mai 1996 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Denys ;

- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Potier, secrétaire technique de classe normale à la Caisse des dépôts et consignations, a demandé, par un courriel du 1er octobre 2021, l'attribution d'une dotation de treize jours au titre de ses vingt ans d'activité professionnelle, acquis à compter du 1er janvier 2012, sur le fondement du point 7 du chapitre 2 de l'accord collectif conclu, entre la Caisse des dépôts et consignations et les organisations syndicales représentatives, pour la période 2019-2021. Par une décision du 5 novembre 2021, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations a refusé de faire droit à cette demande au motif que l'agent avait déjà bénéficié de cette mesure dans le cadre de l'application d'un accord cadre précédent. Mme Potier demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Si la Caisse des dépôts et consignations fait valoir que, par une décision du 1er août 2023, la décision attaquée du 5 novembre 2021 a été retirée, cette décision n'a pas acquis un caractère définitif à la date du présent jugement. Dans ces circonstances, les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, ainsi que celles présentées aux fins d'injonction sous astreinte, conservent leur objet, de sorte que l'exception de non-lieu opposée par la Caisse des dépôts et consignations doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes du cinquième alinéa de l'article 34 de la loi susvisée du 28 mai 1996, dans sa rédaction applicable : " La Caisse des dépôts et consignations, représentée par son directeur général, est habilitée à conclure des accords collectifs avec les organisations syndicales représentatives, qui ont pour objet d'assurer la mise en cohérence des règles sociales dont relèvent les personnels de la Caisse des dépôts et consignations. Approuvés par arrêté du directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, ces accords s'appliquent de plein droit à l'ensemble de ces personnels. La Caisse des dépôts et consignations est par ailleurs habilitée à conclure des accords collectifs avec les organisations syndicales représentatives et une ou plusieurs des personnes morales liées à elle au sens du II l'article L. 2331-1 du code du travail ". Aux termes du point 7 du chapitre 2 de l'accord-cadre 2019-2021 conclu le 18 octobre 2018 entre la Caisse des dépôts et les organisations syndicales représentatives : " L'établissement public confirme pour la durée du présent accord sa volonté de reconnaître, pour tout agent, son engagement durant toute une vie professionnelle () Il est prévu à cet effet que : - les personnels en fonction bénéficient sur demande s'ils justifient d'au moins 20 ans d'activité professionnelle, d'une dotation de 20 jours portées sur un compte temps spécifique. / Le bénéfice de la dotation au titre de 20 ans d'activité professionnelle est accordé uniquement aux personnels qui remplissent cette condition à compter du 1er janvier 2012 () ".

5. Les stipulations du point 7 du chapitre 2 de l'accord collectif précité, qui ne subordonnent le bénéfice sur demande de la dotation de vingt jours qu'à la condition que les personnels en fonction justifient d'au moins vingt ans d'activité professionnelle à compter du 1er janvier 2012, n'excluent pas de ce dispositif les agents qui auraient déjà bénéficié d'une dotation de jours à ce titre.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme Potier a bénéficié, conformément à la demande qu'elle a présentée le 11 juillet 2016, d'une dotation de sept jours au titre de ses vingt années d'activité professionnelle, en application du précédent accord collectif conclu, entre la Caisse des dépôts et consignations et les organisations syndicales représentatives pour la période 2015-2017, avant de présenter une nouvelle demande, le 1er octobre 2021, en vue de se voir attribuer une dotation de treize jours au même titre. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, la seule circonstance que l'intéressée se soit vu accorder à l'occasion d'une précédente demande une dotation de sept jours de congés dans le cadre de l'application d'un précédent accord collectif ne fait pas obstacle ce qu'elle puisse obtenir un versement de treize jours supplémentaires et ainsi bénéficier de la dotation maximum de vingt jours de congés sur le compte épargne spécifique prévue par l'accord-cadre 2019-2021. Il s'ensuit que Mme Potier est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen présenté à cette fin, la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. Ainsi qu'il a été dit au point 3, par une décision du 1er août 2023, le directeur de la Caisse des dépôts et consignations a accordé à Mme Potier le bénéfice de 13 jours de congés au titre de ses vingt années d'activité professionnelle. Dans ces conditions, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte de la requête de Mme Potier doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 novembre 2021 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme Potier et à la Caisse des dépôts et consignations.

Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme Caste, conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.

La rapporteure,

A. DENYS

La présidente,

F. ZUCCARELLO

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2200130

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