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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200158

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200158

lundi 4 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200158
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBAKLEH-DUPOUY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 janvier 2022 et 3 mars 2023, Mme J C, Mme A K G, M. H et Mme I F, M. D B et le syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 19 rue de la Rousselle à Bordeaux, représentés par Me Bakleh-Dupouy, avocate, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2021 par lequel le maire de Bordeaux a, d'une part, prescrit au syndicat des copropriétaires et aux copropriétaires de l'immeuble sis 19 rue de la Rousselle, parcelle cadastrée section HE n° 331 de prendre toutes mesures provisoires pour garantir la sécurité publique en procédant, dans un délai de deux heures, à la pose des panneaux signalant le danger et interdisant l'accès à la zone de danger, à la condamnation de la zone à risque d'effondrement par la mise en place de clôtures de type " Heras " et à l'interdiction efficace de l'accès dans la zone effondrée et, dans un délai de dix jours, à la pose des étrésillons au niveau des ouvertures non effondrées, à la purge des matériaux risquant de s'effondrer, à l'évacuation des gravats, à la mise en place d'un dispositif d'étaiement intégral ou butonnage du bâtiment restant en fond de parcelle, à l'étaiement des murs situés dans la zone d'effondrement avec protection contre la pluie des murs mitoyens, et à la mise en place d'un dispositif de surveillance par matériel adapté avec retour d'alerte par téléphonie vers des opérateurs habilités à intervenir, et, d'autre part, interdit l'accès, l'usage et l'habitation de l'immeuble de manière temporaire, jusqu'à la mainlevée de l'arrêté de mise en sécurité, à l'exception des personnes en charge des travaux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2021 par lequel le maire de Bordeaux a prescrit la réalisation d'office par la commune aux frais des copropriétaires concernés des mesures prescrites dans le cadre de l'arrêté de mise en sécurité d'urgence du 29 juin 2021 concernant l'immeuble sis 19 rue de la Rousselle, parcelle cadastrée section HE n° 331 ;

3°) d'annuler les décisions du 12 novembre 2021 par lesquelles le maire de Bordeaux a rejeté leurs recours gracieux formés à l'encontre des arrêtés municipaux des 29 juin et 15 juillet 2021 ;

4°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le maire de Bordeaux a modifié le premier alinéa de l'article 2 de l'arrêté du 29 juin 2021 ;

5°) d'enjoindre au maire de Bordeaux de retirer les arrêtés municipaux des 29 juin et 15 juillet 2021, ensemble la décision du 12 novembre 2021 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 350 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- les arrêtés contestés sont entachés d'incompétence dès lors que la police spéciale de la conservation des voies publiques appartient à la communauté urbaine de Bordeaux ;

- l'arrêté du 29 juin 2021 est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'aucun avis de l'architecte des bâtiments de France n'a été réceptionné avant qu'il ne soit édicté ;

- l'arrêté du 15 juillet 2021 est illégal dès lors que la preuve de l'affichage en mairie ou sur la façade de l'immeuble de l'arrêté du 29 juin 2021 n'est pas rapportée, de sorte que le délai de dix jours imparti pour effectuer les travaux, fixé dans l'arrêté du 29 juin 2021, ne saurait être regardé comme étant écoulé à la date du 15 juillet 2021 ; à cet égard, la notification de l'arrêté du 29 juin 2021 au syndicat des copropriétaires ne saurait valoir notification aux copropriétaires qui le composent ;

- les arrêtés contestés sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'un délai de dix jours a été fixé pour réaliser les travaux alors que les opérations d'expertise judiciaire étaient en cours, de sorte que les travaux en cause ne pouvaient être entrepris ;

- ils sont entachés d'une erreur de droit dès lors que les travaux litigieux doivent être regardés comme des travaux d'intérêt collectif, lesquels ressortent de la responsabilité de la commune ; à cet égard, le danger ayant menacé l'immeuble situé 19 rue de la Rousselle doit être présumé provenir d'une cause qui lui est extérieure ;

- ils ne visent pas l'article L. 521-2 du code de la construction et de l'habitation ;

- ils constituent un détournement de pouvoir ;

- ils entendent se prévaloir de l'illégalité de l'arrêté du 7 juillet 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 janvier et 1er février 2023, la commune de Bordeaux, représentée par Me Lasserre, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les conclusions dirigées contre l'arrêté du 29 juin 2021 sont irrecevables dès lors que, par arrêté en daté du 6 avril 2022, abrogé par un arrêté en date du 7 juillet 2022, les dispositions de l'arrêté du 29 juin 2021 ont été confirmées ; or, l'arrêté du 7 juillet 2022 n'a pas été contesté, de sorte qu'il est devenu définitif ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 mars 2023.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le tribunal a adressé les 11 octobre et 8 novembre 2023 à la commune de Bordeaux deux demandes de pièces pour compléter l'instruction. Une pièce, réceptionnée le 13 novembre 2023, n'a pas été communiquée.

Un mémoire a été enregistré le 16 novembre 2023 pour le compte de la commune de Bordeaux et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales,

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,

- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,

- les observations de Me Lagarde, représentant les requérants,

- et les observations de Me Lasserre, représentant la commune de Bordeaux.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, Mme C, M. et Mme F et Mme K G sont respectivement propriétaires du rez-de-chaussée et du premier étage, des deuxième, troisième et quatrième étages d'un immeuble situé 19 rue de la Rousselle à Bordeaux, parcelle cadastrée section HE n° 331 et sont regroupés au sein d'un syndicat de copropriétaires, dont le syndic est la SARL B2P Gestion. A la suite d'un effondrement des immeubles d'habitation situés aux 19-21 rue de la Rousselle le 21 juin 2021, le maire de Bordeaux a, par arrêté en date du 29 juin 2021, d'une part, prescrit au syndicat des copropriétaires et aux copropriétaires de l'immeuble sis 19 rue de la Rousselle, de prendre toutes mesures provisoires pour garantir la sécurité publique en procédant, dans un délai de deux heures, à la pose des panneaux signalant le danger et interdisant l'accès à la zone de danger, à la condamnation de la zone à risque d'effondrement par la mise en place de clôtures de type " Heras " et à l'interdiction efficace de l'accès dans la zone effondrée et, dans un délai de dix jours, à la pose des étrésillons au niveau des ouvertures non effondrées, à la purge des matériaux risquant de s'effondrer, à l'évacuation des gravats, à la mise en place d'un dispositif d'étaiement intégral ou butonnage du bâtiment restant en fond de parcelle, à l'étaiement des murs situés dans la zone d'effondrement avec protection contre la pluie des murs mitoyens, et à la mise en place d'un dispositif de surveillance par matériel adapté avec retour d'alerte par téléphonie vers des opérateurs habilités à intervenir, et, d'autre part, interdit l'accès, l'usage et l'habitation de l'immeuble de manière temporaire, jusqu'à la mainlevée de l'arrêté de mise en sécurité, à l'exception des personnes en charge des travaux. Puis, par un arrêté en date du 15 juillet 2021, le maire de Bordeaux a prononcé la réalisation d'office par la commune aux frais des copropriétaires concernés ou de leurs ayants droits des mesures prescrites dans le cadre de l'arrêté de mise en sécurité d'urgence du 29 juin 2021 concernant l'immeuble sis 19 rue de la Rousselle. Par deux courriers du 27 août 2021, l'ensemble des copropriétaires ainsi que le syndicat des copropriétaires ont formé un recours gracieux à l'encontre des arrêtés municipaux des 29 juin et 15 juillet 2021. Par deux décisions du 12 novembre 2021, le maire de Bordeaux a rejeté ces recours gracieux. Par la suite, le maire de Bordeaux a, par arrêté du 6 avril 2022, modifié le premier alinéa de l'article 2 de l'arrêté du 29 juin 2021 en prescrivant que, pour des raisons de sécurité et compte tenu des désordres constatés, l'accès, l'usage et l'habitation de l'immeuble litigieux sont interdits de manière temporaire et ce jusqu'à la mainlevée de l'arrêté de mise en sécurité, à l'exception des personnes en charge des travaux et du centre scientifique et technique du bâtiment dans le cadre de la mission confiée par Bordeaux Métropole pour la réalisation de diagnostics bâtimentaires des bâtiments anciens de Bordeaux, lequel sera accompagné par les services de Bordeaux Métropole. Enfin, par un arrêté en date du 7 juillet 2022, le maire de Bordeaux a, d'une part, modifié le premier alinéa de l'article 2 de l'arrêté de mise en sécurité du 29 juin 2021 en prescrivant que, pour des raisons de sécurité, compte tenu des désordres constatés, l'usage et l'habitation de l'immeuble litigieux restent interdits, mais l'accès est possible pour les personnes en charge des travaux et pour le centre scientifique et technique du bâtiment dans le cadre de la mission confiée par Bordeaux Métropole pour la réalisation de diagnostics bâtimentaires des bâtiments anciens de Bordeaux, lesquels devront être accompagnés par les services de Bordeaux Métropole, tandis que ponctuellement, les occupants de l'immeuble peuvent accéder à l'immeuble dans le cadre d'opérations de récupération d'effets personnels, lesquels devront être organisées sous la responsabilité du syndic de l'immeuble et, d'autre part, abrogé l'arrêté de mise en sécurité du 7 avril 2022. Par la présente requête, Mme C, Mme K G, M. et Mme F et M. D B demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler les arrêtés des 29 juin 2021, 15 juillet 2021 et 7 juillet 2022, ensemble les décisions du 12 novembre 2021.

Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :

2. En l'espèce, si la commune de Bordeaux fait état de que, ainsi qu'il a été dit au point 1, par arrêté du 7 juillet 2022, le maire de Bordeaux a modifié le premier alinéa de l'article 2 de l'arrêté contesté du 29 juin 2021, d'une part, il résulte des termes mêmes de l'arrêté du 7 juillet 2022 que les autres dispositions de l'arrêté du 29 juin 2021, lesquelles ont reçu application, demeurent inchangées et, d'autre part, il résulte de l'instruction que les requérants entendent également solliciter l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2022. Par suite, et à supposer que la commune de Bordeaux ait entendu se prévaloir d'une exception de non-lieu partielle dans le présent litige, celle-ci ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / 1° Les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers ; () ". Aux termes de l'article L. 511-4 de ce code : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est : / 1° Le maire dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 511-2, sous réserve s'agissant du 3° de la compétence du représentant de l'Etat en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement prévue à l'article L. 512-20 du code de l'environnement ; () ". Aux termes de l'article L. 511-9 du code : " Préalablement à l'adoption de l'arrêté de mise en sécurité, l'autorité compétente peut demander à la juridiction administrative la désignation d'un expert afin qu'il examine les bâtiments, dresse constat de leur état y compris celui des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin au danger. L'expert se prononce dans un délai de vingt-quatre heures à compter de sa désignation. / Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un danger imminent, l'autorité compétente fait application des pouvoirs prévus par la section 3 du présent chapitre. ". Aux termes de l'article L. 511-18 du code : " Lorsque l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité pris en application des articles L. 511-11 et L. 511-19 est assorti d'une interdiction d'habiter à titre temporaire ou lorsque les travaux nécessaires pour remédier au danger les rendent temporairement inhabitables, le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer l'hébergement des occupants dans les conditions prévues au chapitre Ier du titre II du présent livre. Lorsque l'interdiction d'habiter est prononcée à titre définitif ou lorsqu'est prescrite la cessation de la mise à disposition à des fins d'habitation des locaux mentionnés à l'article L. 1331-23 du code de la santé publique, le propriétaire, l'exploitant ou la personne qui a mis à disposition le bien est tenu d'assurer le relogement des occupants dans les conditions prévues au même chapitre. L'arrêté précise la date d'effet de l'interdiction, ainsi que la date à laquelle le propriétaire, l'exploitant ou la personne qui a mis à disposition le bien doit avoir informé l'autorité compétente de l'offre d'hébergement ou de relogement qu'il a faite aux occupants. () ". Selon l'article L. 511-19 du code : " En cas de danger imminent, manifeste ou constaté par le rapport mentionné à l'article L. 511-8 ou par l'expert désigné en application de l'article L. 511-9, l'autorité compétente ordonne par arrêté et sans procédure contradictoire préalable les mesures indispensables pour faire cesser ce danger dans un délai qu'elle fixe. / Lorsqu'aucune autre mesure ne permet d'écarter le danger, l'autorité compétente peut faire procéder à la démolition complète après y avoir été autorisée par jugement du président du tribunal judiciaire statuant selon la procédure accélérée au fond. "

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées ; ". Aux termes de l'article L. 2212-4 du même code : " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. / Il informe d'urgence le représentant de l'Etat dans le département et lui fait connaître les mesures qu'il a prescrites. "

5. Il résulte de ces dispositions que, les pouvoirs de police générale reconnus au maire par les dispositions précitées des articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales, qui s'exercent dans l'hypothèse où le danger menaçant un immeuble résulte d'une cause qui lui est extérieure, sont distincts des pouvoirs qui lui sont conférés dans le cadre des procédures de péril ou de péril imminent régies par les articles L. 511-1 à L. 511-4 du code de la construction et de l'habitation, auxquels renvoie l'article L. 2213-24 du code général des collectivités territoriales, qui doivent être mis en œuvre lorsque le danger provoqué par un immeuble provient à titre prépondérant de causes qui lui sont propres. Toutefois, en présence d'une situation d'extrême urgence créant un péril particulièrement grave et imminent, le maire peut, quelle que soit la cause du danger, faire légalement usage de ses pouvoirs de police générale, et notamment prescrire l'exécution des mesures de sécurité qui sont nécessaires et appropriée.

6. Il résulte des termes de l'arrêté du 29 juin 2021 en litige que M. E, expert désigné par ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Bordeaux du 24 juin 2021 à la demande de la commune de Bordeaux, a conclu dans son rapport à l'existence d'un danger imminent au sens de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation, au niveau des immeubles situés 19-21 rue de la Rousselle, lesquels ont été sinistrés à la suite d'un effondrement survenu le 21 juin 2021 à 00h22. L'expert précise que les planchers, les couvertures et les murs de refend intérieurs se sont effondrés, tout comme la façade, tandis qu'en partie supérieure de l'immeuble, une extension en porte à faux peut chuter à tout moment, et le reste du bâtiment situé en dessous est fracturé en partie supérieure. Après avoir considéré que cette situation compromet la sécurité des occupants et des tiers compte-tenu du risque d'effondrement partiel ou total de certains ouvrages, notamment les murs et les maçonneries, le maire a prescrit aux requérants la réalisation de mesures provisoires, afin de garantir la sécurité publique, interdit l'accès, l'usage et l'habitation de l'immeuble, dit qu'à défaut, il y sera procédé d'office aux frais des copropriétaires et indiqué que le non-respect des prescriptions de l'arrêté et des obligations qui en découlent est passible des sanctions pénales prévues aux articles L. 511-22 et L. 521-4 du code de la construction et de l'habitation. Ce faisant, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le danger menaçant l'immeuble en litige résulterait d'une cause qui lui est extérieure, le maire a légalement entendu faire usage des pouvoirs qu'il détient en matière de péril imminent en application de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation. Par ailleurs, les arrêtés des 15 juillet 2021 et 7 juillet 2022 ont été pris en application de l'arrêté initial du 29 juin 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés contestés doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 511-4 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable : " Avant d'ordonner la réparation ou la démolition d'un immeuble, d'un local ou d'une installation en application de l'article L. 511-11, l'autorité compétente sollicite l'avis de l'architecte des Bâtiments de France dans les cas où cet immeuble est : / 1° Soit inscrit au titre des monuments historiques en application de l'article L. 621-25 du code du patrimoine ; / 2° Soit situé dans les abords des monuments historiques définis à l'article L. 621-30 du même code ; / 3° Soit situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application de l'article L. 631-1 du même code ; / 4° Soit protégé au titre des articles L. 341-1, L. 341-2 ou L. 341-7 du code de l'environnement. / L'avis est réputé émis en l'absence de réponse dans le délai de quinze jours. / Dans les mêmes cas, lorsque l'autorité compétente fait application de la procédure prévue à l'article L. 511-19, elle en informe immédiatement l'architecte des Bâtiments de France. () ".

8. En l'espèce, il n'est pas contesté que l'immeuble des requérants est situé dans les abords des monuments historiques et dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé, au sens des 2° et 3° de l'article R. 511-4 du code de la construction et de l'habitation précité. Il résulte des termes de l'arrêté du 29 juin 2021 en litige ainsi que d'un courrier non sérieusement contesté joint au dossier que, le 24 juin 2021, la commune de Bordeaux a sollicité l'avis de l'architecte des Bâtiments de France concernant l'engagement d'une procédure de péril imminent sur l'immeuble litigieux, conformément au troisième alinéa de l'article R. 511-4 du code de la construction et de l'habitation précité, dans la mesure où, ainsi qu'il a été dit au point 6, le maire de Bordeaux a entendu, par l'arrêté du 29 juin 2021, faire application de la procédure prévue à l'article L. 511-19 du même code. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 511-12 du code de la construction et de l'habitation : " L'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité est notifié à la personne tenue d'exécuter les mesures. Il est également notifié, le cas échéant, pour autant qu'ils sont connus, aux titulaires de parts donnant droit à l'attribution ou à la jouissance en propriété des locaux, aux occupants et, si l'immeuble est à usage total ou partiel d'hébergement, à l'exploitant. Lorsque les travaux prescrits ne concernent que les parties communes d'un immeuble en copropriété, la notification aux copropriétaires est valablement faite au seul syndicat de la copropriété, représenté par le syndic qui en informe immédiatement les copropriétaires. / A défaut de connaître l'adresse actuelle des personnes mentionnées au premier alinéa ou de pouvoir les identifier, la notification les concernant est valablement effectuée par affichage à la mairie de la commune ou, à Paris, Marseille et Lyon, de l'arrondissement où est situé l'immeuble, ainsi que par affichage sur la façade de l'immeuble. () ". Aux termes de l'article 3 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis : " Sont communes les parties des bâtiments et des terrains affectées à l'usage ou à l'utilité de tous les copropriétaires ou de plusieurs d'entre eux. / Dans le silence ou la contradiction des titres, sont réputées parties communes : / le sol, les cours, les parcs et jardins, les voies d'accès ; / - le gros œuvre des bâtiments, les éléments d'équipement commun, y compris les parties de canalisations y afférentes qui traversent des locaux privatifs ; / - les coffres, gaines et têtes de cheminées ; / - les locaux des services communs ; / - les passages et corridors ; / - tout élément incorporé dans les parties communes. / Sont réputés droits accessoires aux parties communes dans le silence ou la contradiction des titres : / - le droit de surélever un bâtiment affecté à l'usage commun ou comportant plusieurs locaux qui constituent des parties privatives différentes, ou d'en affouiller le sol ; / - le droit d'édifier des bâtiments nouveaux dans des cours, parcs ou jardins constituant des parties communes ; / - le droit d'affouiller de tels cours, parcs ou jardins ; / - le droit de mitoyenneté afférent aux parties communes ; / - le droit d'affichage sur les parties communes ; / - le droit de construire afférent aux parties communes. "

10. En l'espèce, il résulte de l'instruction et n'est d'ailleurs pas contesté que l'arrêté du 29 juin 2021 en litige a été régulièrement notifié au syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 19 rue de la Rousselle. Or, les travaux en litige, lesquels portent notamment sur la pose des étrésillons au niveau des ouvertures non effondrées, la purge des matériaux risquant de s'effondrer, l'évacuation des gravats, la mise en place d'un dispositif d'étaiement intégral ou butonnage du bâtiment restant en fond de parcelle, l'étaiement des murs situés dans la zone d'effondrement avec protection contre la pluie des murs mitoyens et la mise en place d'un dispositif de surveillance par matériel adapté avec retour d'alerte par téléphonie vers des opérateurs habilités à intervenir, concernent les parties communes de l'immeuble litigieux, au sens de l'article 3 de la loi du 10 juillet 1965 précité. Dans ces conditions, le maire de Bordeaux n'était pas tenu de notifier l'arrêté du 29 juin 2021 contesté à l'ensemble des copropriétaires concernés, en application de l'article L. 511-12 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : / 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; / 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation ; / 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation ; / 4° L'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux, à titre temporaire ou définitif. / L'arrêté mentionne d'une part que, à l'expiration du délai fixé, en cas de non-exécution des mesures et travaux prescrits, la personne tenue de les exécuter est redevable du paiement d'une astreinte par jour de retard dans les conditions prévues à l'article L. 511-15, et d'autre part que les travaux pourront être exécutés d'office à ses frais. () ".

12. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les travaux mis à la charge des requérants par le biais de l'arrêté du 29 juin 2021 dans un délai de dix jours, à savoir la pose des étrésillons au niveau des ouvertures non effondrées, la purge des matériaux risquant de s'effondrer, l'évacuation des gravats, la mise en place d'un dispositif d'étaiement intégral ou butonnage du bâtiment restant en fond de parcelle, l'étaiement des murs situés dans la zone d'effondrement avec protection contre la pluie des murs mitoyens, et à la mise en place d'un dispositif de surveillance par matériel adapté avec retour d'alerte par téléphonie vers des opérateurs habilités à intervenir, auraient, à la date à laquelle ils ont été édictés, été rendus impossibles du fait de l'expertise judiciaire qui a été ordonnée par ordonnance du président du tribunal judiciaire le 13 décembre 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que les travaux prescrits dans l'arrêté du 29 juin 2021 seraient entachés d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

13. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, il résulte de l'instruction que le maire de Bordeaux a, en l'espèce, fait application de la procédure prévue à l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation, et non celle prévue aux articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales, qui s'exercent dans l'hypothèse où le danger menaçant un immeuble résulte d'une cause qui lui est extérieure. A cet égard, dans la mesure où, d'une part, l'effondrement de l'immeuble litigieux, situé 19 rue de la Rousselle, est concomitant à l'effondrement de l'immeuble voisin, situé 21 rue de la Rousselle et, d'autre part, les requérants ne justifient pas de la vétusté de l'immeuble situé au n°21 dont ils allèguent, il ne résulte pas de l'instruction que le danger en cause résulterait d'une cause extérieure à l'immeuble litigieux. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur de droit dès lors que les travaux litigieux devraient être regardés comme des travaux d'intérêt collectif.

14. En sixième lieu, la circonstance que les arrêtés en litige ne viseraient pas les dispositions de l'article L. 521-2 du code de la construction et de l'habitation n'a pas d'incidence sur leur légalité. Par suite, ce moyen doit être écarté.

15. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que le maire de Bordeaux, en édictant les arrêtés contestés, auraient poursuivi un objectif étranger aux buts poursuivis par les dispositions citées aux points 3 et 11. Par suite, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés des 29 juin 2021, 15 juillet 2021 et 7 juillet 2022, ensemble les décisions du 12 novembre 2021. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte sont rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bordeaux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants une somme à verser à la commune sur le même fondement

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bordeaux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme J C, Mme A K G, M. et Mme H et I F, M. D B, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 19 rue de la Rousselle à Bordeaux et la commune de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2200158

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