lundi 9 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2200308 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | GLUCKSTEIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée, le 20 janvier 2022, M. A, représenté par Me Gluckstein, demande au tribunal d'annuler la décision de sortie de son lieu d'hébergement pour demandeur d'asile prise le 29 novembre 2021 par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
M. A soutient que :
- la procédure prévue par l'article L. 744-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été respectée, puisque l'OFII n'a pris aucune mesure pour constater le refus de quitter les lieux ; aucune solution d'hébergement ne lui a été proposée, et les températures rigoureuses devraient justifier qu'il se voit accorder un délai ;
- la décision, qui ne fait pas référence à ses deux enfants, dont l'un est malade, est insuffisamment motivée ;
- la décision ne lui a pas été communiquée dans une langue qu'il peut comprendre ;
- la décision a été prise en méconnaissance des articles 1er, 17 et 20 de la directive " accueil " qui exigent qu'une décision de limitation ou de retrait des conditions matérielles d'accueil soit prise à l'issue d'un examen individuel, après prise en compte de la vulnérabilité et avec la possibilité de rétablissement de ces conditions ;
- l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles fait obstacle à ce qu'une sortie du dispositif d'hébergement soit décidée sans solution alternative ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, puisqu'elle a été prise avant l'expiration du délai de pourvoi en cassation, et ne tient pas compte de l'impossibilité de regagner son pays d'origine en période d'épidémie, et de trouver un hébergement d'urgence durant la période hivernale.
Par ordonnance du 28 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 mai 2022.
Un mémoire en défense, présenté par l'OFII, enregistré le 29 novembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Champenois, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant azerbaïdjanais, a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée le 4 décembre 2019. A compter du 20 août 2020, il a été hébergé, avec son épouse et ses deux enfants, au centre d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile géré par l'association ASD à Périgueux. La demande d'asile de M. A a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 mai 2021, et le recours dirigé contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) lue en audience publique le 10 novembre 2021. Par courrier du 29 novembre 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a informé M. A qu'il devrait quitter son lieu d'hébergement avec sa famille avant le 31 décembre 2021.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, si M. A invoque la méconnaissance par l'OFII de la procédure préalable à l'expulsion prévue par l'article L. 744-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont aujourd'hui codifiées aux articles L. 552-15 et suivants ainsi qu'à l'article R. 552-15, et la " note d'information du ministère de l'intérieur ", ce moyen est inopérant dès lors que la décision attaquée ne constitue pas une mesure d'expulsion.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes applicables et comporte les motifs de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, les modalités de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée ne lui aurait pas été traduite dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme inopérant.
6. En quatrième lieu, l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Le second alinéa de l'article L. 542-1 de ce code prévoit que : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 551-12 dispose que : " Les conditions dans lesquelles les personnes () ayant fait l'objet d'une décision de rejet définitive peuvent être, à titre exceptionnel et temporaire, maintenues dans un lieu d'hébergement mentionné à l'article L. 552-1, sont déterminées par décret en Conseil d'Etat ". L'article L. 552-14 prévoit que : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ". L'article R. 552-13 dispose que : " La personne hébergée peut solliciter son maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application des articles L. 551-11 ou L. 551-13, dans les conditions suivantes : / () 2° Dans les autres cas, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement pour une durée maximale d'un mois à compter de la fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire du lieu. / Cette personne est informée par le gestionnaire de ce qu'elle peut, dans le délai de quinze jours à compter de la fin de sa prise en charge, saisir l'Office français de l'immigration et de l'intégration en vue d'obtenir une aide au retour et éventuellement une aide à la réinsertion dans son pays d'origine. Si elle présente une telle demande, elle peut, à titre exceptionnel, être maintenue dans un lieu d'hébergement pour une durée maximale d'un mois à compter de la décision de l'office ".
7. La directive 2013/33/UE du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale s'applique, selon son article 1er, " à tous les ressortissants de pays tiers et apatrides qui présentent une demande de protection internationale sur le territoire d'un État membre, () tant qu'ils sont autorisés à demeurer sur le territoire en qualité de demandeurs ", c'est-à-dire, selon le b) de son article 2, ceux " ayant présenté une demande de protection internationale sur laquelle il n'a pas encore été statué définitivement ". M. A, dont la demande d'asile a été définitivement rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 10 novembre 2021, ne peut utilement se prévaloir de ses dispositions.
8. En cinquième lieu, M. A ne peut se prévaloir utilement du droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale, qu'il appartient, sur le fondement des articles L. 345-2, L. 345-2-2, L. 345-2-3 et L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles, aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre, à l'encontre d'une décision de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. En tout état de cause, les ressortissants étrangers dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision attaquée ne peut qu'être écarté.
9. En sixième lieu, M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a été prise avant l'expiration du délai de pourvoi en cassation contre la décision de la CNDA, qu'il ne peut regagner son pays d'origine compte tenu de la situation sanitaire, et qu'il ne pourra trouver un hébergement d'urgence pour lui, son épouse et leur deux enfants, âgés de 6 et 2 ans, en période hivernale. Toutefois, un délai d'un mois a été accordé à M. A pour quitter les lieux, et un hébergement proposé dans le cadre du dispositif d'aide au retour. Par suite, en l'absence de circonstances exceptionnelles, la décision, prise par l'OFII dans le but d'assurer le droit à l'hébergement des nouveaux demandeurs d'asile pendant l'examen de leur demande, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 29 novembre 2021 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'intégration et de l'immigration.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Delvolvé, président,
Mme Mariane Champenois, première conseillère,
Mme B de Gélas, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2023.
La rapporteure,
M. CHAMPENOIS
Le président,
Ph. DELVOLVÉLa greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne à la préfète de Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026