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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200325

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200325

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200325
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMAIXANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2022, et par des mémoires enregistrés le 22 avril 2022 et le 22 décembre 2022, M. C E et Mme B D, représentés par Me Maixant, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2021 par lequel le maire de la commune de Castelnau-de-Médoc a délivré à la SARL Gestion immobilière un permis de construire pour édifier, sur la parcelle cadastrée AL-010, située 10 rue du Général De Gaulle, sept maisons en R+1 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Castelnau-de-Médoc la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable :

- l'arrêté méconnaît l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme, le dossier de demande, qui implique une division de propriété de la parcelle constituant le terrain d'assiette, ne comportant pas de plan de division et le pétitionnaire ne produisant pas de projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs ;

- il méconnaît l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme et les articles 4-2 et 4-4 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme (PLU) en l'absence de justification du dispositif d'évacuation des eaux pluviales et de collecte des déchets ménagers ;

- il méconnaît l'article 12 de ce règlement en ce qui concerne le nombre de places de stationnement créées et en l'absence d'espace de stationnement pour les deux roues ;

- il méconnaît l'article de 7 de ce règlement en ce qu'il prévoit l'implantation à l'alignement de deux bâtiments distincts, ce qui méconnaît le principe d'implantation à l'alignement en ordre continu ou semi-continu, et en ce qui concerne l'implantation des maisons 1 à 4 du projet, qui ne sont pas implantées en limite séparative ;

- il méconnaît l'article 11 de ce règlement en ce qui concerne les ouvertures aménagées en façade ;

- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme au regard, d'une part, de la dangerosité de l'accès au projet et de l'étroitesse de la voie d'accès, et, d'autre part, de l'absence de trottoirs ;

- il méconnaît l'article 3 de ce règlement en ce qui concerne la largeur de la voie de desserte ;

- le dossier de permis de construire modificatif produit par le pétitionnaire ne permet pas de régulariser les irrégularités dénoncées, en ce qui concerne le respect des règles d'implantation en limite séparative.

Par un mémoire enregistré le 8 avril 2022, la commune de Castelnau-de-Médoc conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 3 mai 2022, le 28 novembre 2022, le 23 janvier 2023 et le 27 janvier 2023, la SARL Gestion immobilière, représentée par Me Rousseau, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer jusqu'à la régularisation du permis de construire en litige par les modifications apportées à celui-ci dans la demande de permis de construire déposée le 29 novembre 2022 et enregistrée sous le numéro PC 0033 10422 S0053 et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable à défaut d'intérêt à agir des requérants et en l'absence de notification régulière du recours dans les conditions prévues à l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;

- les irrégularités dénoncées sont susceptibles d'être régularisées par la demande de permis de construire déposée le 29 novembre 2022.

Par un mémoire de communication de pièces enregistré le 8 juin 2023 et par un mémoire présenté le 4 juillet 2023 sur le fondement de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme, la SARL Gestion immobilière conclut, titre principal, au rejet la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer et, en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les irrégularités dénoncées dans le permis de construire initial ont été régularisées par le permis de construire modificatif autorisé par un arrêté du maire de la commune de Castelnau-de-Médoc du 3 juillet 2023, qui constitue une mesure de régularisation au sens de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme.

Par une lettre du 31 octobre 2021, les parties ont été informées, de ce que le tribunal était susceptible, au titre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête, dans l'attente de l'intervention d'une éventuelle mesure de régularisation susceptible de remédier à l'illégalité entachant le permis de construire en litige, tirée de la méconnaissance de l'article UA-7 du plan local d'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pinturault,

- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,

- et les observations de Me Bertin, représentant la SARL Gestion immobilière.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 26 août 2021, le maire de la commune de Castelnau-de-Médoc a délivré à la SARL Gestion immobilière un permis de construire pour édifier, sur la parcelle cadastrée AL-010, située 10 rue du général de Gaulle, sept maisons individuelles. M. C E et Mme B D sollicitent l'annulation de cet arrêté.

Sur les fins de non-recevoir soulevées par la SARL Gestion immobilière :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ". Selon l'article L. 600-1-3 de ce code : " Sauf pour le requérant à justifier de circonstances particulières, l'intérêt pour agir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager s'apprécie à la date d'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire. "

3. D'une part, le même jour que le dépôt en mairie de la demande de permis de construire en litige, le 5 mai 2021, les requérants ont signé un compris de vente pour l'achat de leur maison située rue du XIV Juillet 2021, en vis-à-vis du terrain d'assiette du projet contesté. Si l'intérêt pour agir d'un requérant contre un permis de construire s'apprécie au vu des circonstances de droit et de fait à la date de cet affichage, sans qu'il y ait lieu de tenir compte de circonstances postérieures, il ne résulte pas des pièces du dossier que l'affichage en mairie de la demande de permis de construire serait intervenue avant la signature du compromis de vente et, en tout état de cause, la concomitance des deux évènements implique nécessairement que, à la date à laquelle M. E et Mme D ont acquis des droits sur leur terrain au titre du compromis de vente, ils ne pouvaient pas avoir connaissance de la demande d'autorisation d'urbanisme qui avait été déposée par la SARL Gestion immobilière. D'autre part, si le terrain d'assiette est séparé de leur fonds par la voie publique, il n'est pas contesté, et il ressort des pièces du dossier, qu'il créera des vues directes sur leur fonds, actuellement sans vis-à-vis. Le projet est donc de nature à affecter directement les conditions de jouissance de leur propriété. Il suit de là que la fin de non-recevoir qu'oppose en défense la SARL Gestion immobilière, tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants, doit être écartée.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la requête a été notifiée à la société pétitionnaire par un courrier recommandé délivré à sa destinataire le 24 janvier 2022, quatre jours après l'enregistrement de la requête au greffe, avant l'expiration du délai de 15 jours prévu par l'article L. 600-1 et selon des formes qui ne sont au demeurant pas critiquées. Si la notification de la requête et, avant elle, celle du recours gracieux, n'ont pas été adressées au nom de la société pétitionnaire, mais au nom d'une tierce société, la société GIB Construction, il ressort des pièces du dossier que cette société exerce des activités complémentaires de celles de la société pétitionnaire, qu'elle a le même siège social et qu'elle est représentée par la même personne physique. Dans de telles circonstances, la notification, quand bien-même elle a été délivrée au nom d'une tierce société, doit être regardée comme ayant suffisamment rempli l'objectif de l'obligation prévue à l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme, qui est d'assurer la sécurité juridique du bénéficiaire de l'autorisation contestée. Il suit de là que la fin de non-recevoir, tirée de l'irrégularité de la notification du recours au regard des dispositions de ce texte, doit être écartée.

Sur le périmètre du litige :

6. D'une part, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

7. D'autre part, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

8. Le 3 avril 2023, la SARL Gestion immobilière a présenté une nouvelle demande de permis de construire. Par un arrêté du 21 juin 2023, le maire de la commune de Castelnau-de-Médoc, faisant droit à cette demande, a délivré un permis de construire.

9. Si le formulaire de demande rempli par la société pétitionnaire, déposé en mairie le 3 avril 2023, n'est pas celui dédié aux demandes de permis de construire modificatif (PCM) et si l'arrêté qui y fait droit ne qualifie pas comme tel le permis délivré, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de donner aux décisions administratives qui lui sont déférées leur exacte qualification. Or, l'arrêté du 21 juin 2023 autorise la SARL Gestion à réaliser un projet identique à celui autorisé le 26 août 2021, à l'exception de quelques modifications qui n'apportent aucun bouleversement à la nature même du projet. Alors que ces modifications répondent aux critiques formulées par les requérants contre l'état initial du projet, le permis de construire délivré le 21 juin 2023 doit être regardé comme un permis de construire modificatif ayant eu pour objet de régulariser le permis de construire initial.

Sur les conclusions en annulation :

10. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division et, lorsque des voies ou espaces communs sont prévus, le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs à moins que l'ensemble soit soumis au statut de la copropriété ou que le demandeur justifie de la conclusion avec la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent d'une convention prévoyant le transfert dans leur domaine de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés. "

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande du permis de construire initial comportait un plan coté " PC32 ", présentant la division, sur la parcelle cadastrées AL-10, du lot principal correspondant au terrain d'assiette du projet et la division, sur ce lot, des différentes unités foncières à bâtir. Par suite, le moyen tiré de l'absence de plan de division manque en fait.

12. D'autre part, dans la notice produite dans le dossier de demande de permis de construire modificatif, il est désormais spécifiquement indiqué que l'ensemble du projet sera soumis au régime de la copropriété. Le permis de construire modificatif a ainsi exclu le projet en litige du champ d'application de l'obligation de constitution d'une association syndicale des acquéreurs. Par suite, les requérants ne peuvent plus utilement se prévaloir de la méconnaissance de cette obligation.

13. En deuxième lieu, selon l'article 4-2 du règlement de la zone UA du PLU de Castelnau-de-Médoc : " Assainissement / Le raccordement au réseau public d'assainissement sera de type séparatif (réseau des eaux usées différent du réseau des eaux pluviales) () ' Eaux pluviales / Les constructeurs devront gérer leurs eaux pluviales in situ sauf impossibilité technique. Dans ce cas, un débit de fuite, vers le réseau d'eaux pluviales public ou le réseau hydrographique naturel, limité à 3 litres/seconde/hectare sera autorisé. / En cas d'absence d'exutoire possible, les constructeurs devront prévoir les aménagements nécessaires pour infiltrer la totalité des eaux pluviales sur leur parcelle. ". Aux termes de l'article 4-4 de ce règlement, dans sa version applicable au litige : " Les constructions devront obligatoirement prévoir un local de superficie suffisante pour recevoir les divers conteneurs liés à la collecte des déchets ménagers, implanté conformément aux dispositions de l'article 6 ou incorporé au volume de la construction. ".

14. S'agissant des eaux pluviales, la notice jointe au dossier de demande de permis de construire initiale, cotée " PC4 ", indique que les eaux pluviales seront " drainées sur le terrain selon les prescriptions en vigueur ". Le plan de masse coté " PC2 " fait apparaître un réservoir d'infiltration d'eaux pluviales de 31,5 m3, aménagé en fond de parcelle. Il ressort du rapport technique de gestion des eaux pluviales, en date du 18 juin 2019 et réalisé dans le cadre de l'élaboration du dossier de demande initiale que, pour une surface d'infiltration de 350 m², l'ouvrage devra être capable de stocker un volume de 30,90 m3. Ce rapport précise que l'ouvrage de stockage se vidange en moins de 24 heures, ce qui lui permet de faire face à des épisodes pluvieux importants. Le dossier de PCM comporte lui aussi la mise en place d'un réservoir de 31,5 m3. Son élaboration a été précédée par un second rapport technique remis en novembre 2022, qui conclut de la même manière que celui remis le 18 juin 2019. Ainsi, le dispositif de stockage des eaux pluviales proposé dans le dossier de demande du permis de construire initial comme dans le dossier de demande de PCM est conforme à celui préconisé par les rapports établis pour l'élaboration du projet dans ces deux états successifs, identiques entre eux sur ce point, et il excède même de 600 m3 les capacités préconisées par ces rapports. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaîtrait les dispositions de l'article 4-2 du règlement de la zone UA du PLU en ce qui concerne la gestion des eaux pluviales.

15. S'agissant de la gestion des déchets, il est indiqué dans la notice descriptive jointe à la demande de permis de construire initial, et il est précisé dans celle jointe à la demande de PCM, que, conformément aux recommandations des services de la communauté de communes La Médullienne, dont fait partie Castelnau-de-Médoc, en charge de la collecte des déchets, la zone de stockage des déchets est prévue à l'intérieur des habitations, dans le cellier, et que les ordures seront à déposer dans les bornes enterrées situées sur le parking de l'avenue Gambetta, c'est-à-dire à proximité du terrain d'assiette. Par une lettre du 12 mai 2023, cet établissement de coopération intercommunale a émis un avis favorable à la solution de stockage des déchets contenue dans le nouvel état du projet, comme cela est indiqué dans les visas de l'arrêté de PCM, sans être contesté par les requérants. Ceux-ci ne sont donc pas fondés à soutenir que le projet, tel qu'il a été précisé sur ce point dans la demande de PCM, serait, en méconnaissance de l'article 4-4 du règlement de la zone UA du PLU, dépourvu de locaux adaptés pour le stockage des déchets.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement de la zone UA du PLU : " Constitue un accès pour l'application du Règlement du PLU, un passage non ouvert à la circulation publique permettant la liaison automobile entre un terrain et la voie publique ou l'emprise publique qui le dessert. / Constitue une bande accès pour l'application du Règlement du PLU, une bande permettant l'accès entre le domaine public et un ou des terrain(s) à bâtir situé(s) en retrait de l'espace public () 3-1 Accès / Les bandes d'accès doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile (accès d'au moins 4 m de largeur ne comportant ni virage de rayon inférieur à 11 m, ni passage sous porche de hauteur inférieur à 3,50 m). / La création d'un accès sous forme de bande d'accès ou de servitude de passage n'est autorisée que pour desservir au maximum deux logements. / A partir de 3 logements desservis la desserte des terrains aura les caractéristiques d'une voie (voir paragraphe 3-2) () 3-2 Voirie / La création de voies publiques ou privées ouvertes à la circulation automobile et susceptibles d'être incluses dans la voirie communale, est soumise aux conditions suivantes : / Largeur minimale de la chaussée : Double sens : / 5 m / A unique : / 3 m ; Largeur minimale de plate-forme : Double sens : / 8 m / A unique : / 6 m / Les voies privées ne devant pas être incluses dans la voirie publique devront avoir une emprise minimale de 5 m et une largeur minimale de chaussée de 3,50 m () ". Selon le lexique du règlement du PLU : " rentre dans la définition de voie publique, toutes les voiries relevant de la domanialité publique et de la domanialité privée ouvertes à l'usage du public. A défaut, les voiries privées ne sont pas considérées comme voie publique. Les voies privées sont les voies ouvertes à la circulation desservant, à partir d'une voie publique, une ou plusieurs propriétés dont elles font juridiquement partie. "

17. Si, étant destinée desservir au total sept habitations, la voirie interne prévue dans le projet, aussi bien dans son état initial que dans celui issu du PCM, doit être regardée comme une voie au sens du deuxième paragraphe de l'article 3 du règlement de la zone UA du PLU, la notice jointe au dossier de demande de PCM mentionne qu'il s'agira d'une voie privée soumise au régime de la copropriété. Il s'ensuit que les règles de largueur minimale applicables au projet sont celles prévues pour les voies privées ne devant pas être incluses dans la voirie publique. Dès lors que la voie en cause est aménagée sur une plateforme dont la largeur est d'au moins 5 mètres, c'est-à-dire la largeur minimale prescrite pour les voies privées, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaîtrait les dispositions précitées.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement de la zone UA du PLU : " Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives / 7-1 Les constructions doivent être implantées sur l'une au moins des limites séparatives de propriété, en ordre continu ou semi-continu. ". Un schéma associé à ce paragraphe précise que l'ordre continu s'entend du cas où le bâtiment est édifié d'un seul tenant entre les points où la ligne de chacune des limites séparatives du terrain d'assiette croise l'axe de la voie publique, chacune des extrémités du bâtiment touchant un de ces points ; l'ordre semi-continu suppose que le bâtiment est édifié de telle sorte qu'une seule de ses extrémités touche le point d'intersection entre la ligne de l'une des limites séparatives et l'axe de la voie publique. Le plan précise que dans ce dernier cas, il doit exister une distance d'au moins 3 m entre l'autre extrémité du bâtiment et le point d'intersection entre l'autre ligne séparative et la voie publique. Les limites séparatives sont ainsi définies dans le lexique du règlement du PLU : " Il s'agit des limites autres que l'alignement d'une voie séparant une unité foncière de sa voisine. Les limites séparatives latérales sont les limites qui recoupent l'alignement et déterminent l'alignement de la façade de la propriété sur la voie. ".

19. D'une part, les règles d'un plan local d'urbanisme relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives s'appliquent à l'ensemble des constructions d'un lotissement dans leurs relations avec les parcelles situées à l'extérieur du périmètre de ce lotissement. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté du 22 septembre 2022 de non opposition à détachement d'un lot à bâtir, que le périmètre du lotissement a été circonscrit au lot B qui a été détaché de la parcelle AL-010. Il suit de là que l'application des règles d'implantation doit être appréciée au regard des limites de ce seul lot, et non par rapport à la totalité de la parcelle cadastrée AL-010. Le terrain d'assiette, ainsi considéré, ne comporte pas une seule limite séparative, mais deux : une limite séparative située à l'est, dont la ligne touche la voie publique sur la rue du XIV Juillet, située au nord, et une limite séparative située au sud, dont la ligne touche la voie publique sur le passage de l'Etoile, qui longe le terrain d'assiette à l'ouest.

20. D'autre part, le projet, dans son état issu du PCM, implique d'édifier une maison, la maison n° 7, seule sur la limite séparative est, et les six autres maisons, depuis la maison n° 1 jusqu'à la maison n° 6, d'un seul tenant à partir de la limite séparative sud. La maison n° 6, construite à l'angle de la rue du XIV Juillet et la maison n° 7, construite le long de la rue XIV juillet, sont physiquement séparées l'une de l'autre, le long de la rue du XIV Juillet, par la voirie d'accès et par les jardins des maisons n° 5 et 6. Ainsi, les bâtiments dont la construction est envisagée, ne sont pas implantés en ordre continu, c'est-à-dire d'un seul tenant depuis chacune des limites séparatives jusqu'à l'autre, ni davantage en ordre semi-continu, c'est-à-dire d'un seul tenant depuis une seule de ces deux limites séparatives.

21. Il suit de là que les requérants sont fondés à soutenir que le projet, qui n'a pas été régularisé sur ce point par le PCM, méconnaît la règle d'implantation instituée à l'article 7 du règlement de la zone UA du PLU.

22. En cinquième lieu, aux termes de l'article 11 du règlement de la zone UA du PLU, dans sa version applicable au litige : " () Eléments particuliers des façades : () Les ouvertures des façades devront présenter une dimension minimale d'1m x 2m. Seules les ouvertures ayant une largeur supérieure à la largeur seront autorisées, sur les façades et axes suivants : Avenues Gambetta et Mandel et rues Victor Hugo, Carnot, Camille Godard. ".

23. Les requérants prétendent que l'utilisation d'un kutsch montre que l'ensemble des fenêtres présente une largeur inférieure à 1 m (90 cm). Toutefois, cette affirmation reste à l'état d'allégation et n'est pas étayée par des éléments de preuve suffisants, alors même que, selon les plans de distribution annexés aux demandes de permis de construire, les ouvertures ont une largeur de 100 cm de large et une hauteur de 215 cm.

24. En sixième lieu, aux termes de l'article 12 du règlement de la zone UA du PLU : " Stationnement / 12-1 Il est exigé pour les : / constructions à usage d'habitation : ne place par tranche de 60 m² de surface de plancher créée, sauf impossibilité technique dûment justifiée () 12-3 Toutefois en cas de travaux sur les bâtiments existants ayant pour effet un changement de destination, il doit être aménagé des places de stationnement en fonction de la nouvelle destination et selon les normes fixées. ".

25. D'une part, si les requérants soutiennent que le projet, dans son état initial, comporte la création d'une surface d'habitation telle que, par application des dispositions citées ci-dessus, il nécessiterait la création d'au moins 17 places de stationnement, tandis qu'il n'en prévoit que 14, dans son état issu du PCM, le projet en litige implique la création, sur son terrain d'assiette, c'est-à-dire le " lot B " issu de la division intervenue à la suite de la non-opposition à déclaration préalable du 22 septembre 2022, d'une surface d'habitation de 670 m² de 12 places de stationnement. Par suite, le nombre de places de stationnement prévu, c'est-à-dire 14, excède le nombre de place minimum requis par l'application de ces mêmes dispositions.

26. D'autre part, si les requérants reprochent au projet de ne pas comporter de places de stationnement pour les deux roues, la création de tels emplacements est prévue dans les celliers, comme cela résulte des plans de distribution annexés aux dossiers de demande du permis de construire initial et de PCM. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces places de stationnement manque en fait.

27. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

28. Les requérants soutiennent que la largeur insuffisante de l'accès, au débouché sur la voie publique, rue du XIV Juillet, de la voie de desserte intérieure, ne permettra pas aux véhicules entrant et sortant de se croiser, ni aux véhicules d'intervention urgente de pénétrer le terrain d'assiette. Ils font aussi valoir que la voie publique, au droit du terrain d'assiette, est dépourvue de trottoir et qu'il en résultera un danger pour les piétons. Toutefois, comme il a été dit précédemment, la largeur de la desserte intérieure ne méconnaît pas les dispositions de l'article 3 du règlement zonal en ce qui concerne la largeur minimale des accès. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'aménagement de l'accès et la largeur de celui-ci ne seraient pas adaptés pour permettre le croisement entre les véhicules entrant et sortant. À cet égard, le projet a fait l'objet d'un avis favorable du service départemental d'incendie et de secours en date du 24 juin 2021. Par ailleurs, même si la voie publique est dépourvue de trottoir tout au long des axes qui bordent le terrain d'assiette, par un arrêté du 14 juillet 2022, le maire de la commune de Castelnau-de-Médoc a instauré, dans le périmètre du terrain d'assiette, une " zone de rencontre " affectée au partage de la voie publique entre les véhicules et les usagers piétons, où la vitesse des véhicules est limitée à 20 km/h. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet serait de nature à faire naître un risque pour les usagers du projet, ni même, pour le public, des risques supplémentaires par rapport à la configuration actuelle de la zone.

Sur les conséquences de l'illégalité :

29. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

30. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires ayant conduit à l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

31. En l'espèce, le vice résultant de la méconnaissance des règles d'implantation, relevé ci-dessus aux points 19 à 21, est susceptible d'être régularisé, sans que la nature du projet n'en soit changée que ce soit par la suppression de la maison n° 7 ou par l'établissement d'un continu avec accès sous porche, ou toute autre solution conforme aux dispositions de l'article 7 du règlement de la zone. Les parties ayant été invitées à présenter leurs observations, il convient de surseoir à statuer sur les requêtes pour permettre la régularisation du permis de construire en litige, jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de la date de notification du jugement, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. E et de Mme D, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de la date de notification du jugement, dans l'attente de l'intervention d'une mesure de régularisation susceptible de remédier au vice tiré de la méconnaissance de l'article UA7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Castelnau-de-Médoc.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Mme B D, à la SARL Gestion immobilière et au maire de la commune de Castelnau-de-Médoc.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Naud, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

Le rapporteur,

M. PINTURAULT

La présidente,

C. CABANNE La greffière,

M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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