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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200425

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200425

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantFOUCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 et 26 janvier 2022, M. C A, représenté par Me Foucard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un certificat de résidence " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus d'abrogation de l'arrêté du 25 juin 2021 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- bien que toujours en France, sa demande d'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français est recevable, en application de l'article L.511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il était assigné à résidence ;

- la décision est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions des articles L.211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle ne fait pas état de son mariage le 14 août 2021 ;

- cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que la préfète de la Gironde était tenue d'abroger cet acte non réglementaire non créateur de droit, eu égard à son mariage contracté le 14 août 2021, avec Mme D de nationalité française ;

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L.211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ; il s'est marié avec une ressortissante française et sa demande n'a pas été appréciée au regard de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ;

- cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il est entré en France régulièrement, s'est marié avec une ressortissante française avec laquelle il justifie d'une communauté de vie.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- il n'a pas sollicité expressément l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

- en tout état de cause, dès lors qu'il n'a pas quitté la France et qu'il n'était plus assigné à résidence à la date du dépôt de sa demande d'abrogation, cette dernière était irrecevable en application des dispositions de l'article L.613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 12 avril 2022.

Le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien, né le 29 août 2000, est entré en France avec un visa C valable du 1er juillet au 1er octobre 2017 et s'est maintenu sur le territoire national au-delà de la durée de validité de son visa sans être titulaire d'un premier titre de séjour régulièrement délivré. Par un arrêté du 25 juin 2021, la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, elle l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement n°2103205 du 1er juillet 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête présentée par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté précité en tant qu'il a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 26 août 2021, en qualité de conjoint de français. Par une décision du 10 novembre 2021, dont il demande l'annulation, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé du caractère exécutoire de cette décision et de ce que la durée pendant laquelle il lui est interdit de revenir sur le territoire commence à courir à la date à laquelle il satisfait à son obligation de quitter le territoire français. / Il est également informé des conditions d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionnées à l'article R. 711-1, ainsi que des conditions dans lesquelles il peut justifier de sa sortie du territoire français conformément aux dispositions de l'article R. 711-2. ". Aux termes de l'article L. 613-7 du même code : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. / Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. Cette condition ne s'applique pas : 1° Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme ; 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 731-1 ou L. 731-3. " Aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 () ".

3. Toutefois, l'autorité préfectorale a toujours la faculté, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, de délivrer à un étranger, compte tenu de l'ensemble de sa situation personnelle, un titre de séjour alors même que ce dernier qui s'est maintenu sur le territoire français, n'a pas sollicité l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il a fait l'objet. L'autorité préfectorale n'est pas en situation de compétence liée pour refuser la demande de titre de séjour.

4. Il n'est pas contesté que M. A s'est maintenu sur le territoire en dépit d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et que la requête de M. A à l'encontre de cette dernière décision a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux n°2103205 du 1er juillet 2021. Il ressort également des pièces du dossier que M. A n'a pas expressément sollicité l'abrogation de la décision lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée de trois ans. Toutefois, la préfète de la Gironde a été saisie le 26 août 2021 d'une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français, en raison du mariage qu'il a contracté avec sa compagne, de nationalité française, le 14 août 2021. La préfète de la Gironde avait la faculté, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, de lui délivrer un titre de séjour compte tenu de l'ensemble de sa situation personnelle. Dans ces conditions, en se bornant à rejeter la demande de titre de séjour de M. A au seul motif qu'il faisait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire, sans examiner l'opportunité de la mesure de régularisation sollicitée, la préfète a entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. A.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 10 novembre 2021 de la préfète de la Gironde doit être annulée.

S'agissant de la décision portant refus d'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 243-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits peut, pour tout motif et sans condition de délai, être modifié ou abrogé sous réserve, le cas échéant, de l'édiction de mesures transitoires dans les conditions prévues à l'article L. 221-6 ". Aux termes de l'article L. 243-2 du même code : " () L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ". Il appartient à tout intéressé de demander à l'autorité compétente de procéder à l'abrogation d'une décision illégale non réglementaire qui n'a pas créé de droits, si cette décision est devenue illégale à la suite de changements dans les circonstances de droit ou de fait postérieurs à son édiction.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".

8. Pour contester la décision portant refus d'abrogation de l'arrêté du 25 juin 2021 de la préfète de la Gironde portant interdiction de retour sur le territoire français, M. A se prévaut de l'évolution de sa situation personnelle dès lors qu'il s'est marié le 14 août 2021 avec sa compagne de nationalité française. Il justifie dès lors d'un changement dans les circonstances de fait, postérieur à l'édiction de la décision du 25 juin 2021. Par suite, la préfète de la Gironde, en ne prenant pas en compte cette circonstance nouvelle, et en se bornant à soutenir qu'il n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français, a entaché l'arrêté contesté d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ainsi que d'une insuffisance de motivation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Les motifs d'annulation retenus, seuls susceptibles de l'être en l'état de l'instruction, impliquent seulement qu'il soit enjoint à la préfète de la Gironde de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

10. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Foucard de la somme de 1 200 euros, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat.

D E C I D E

Article 1er : La décision de la préfète de la Gironde du 10 novembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Foucard une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Foucard renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Romain Foucard et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 202 La rapporteure

A. B

La présidente

F. MUNOZ-PAUZIÈS

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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