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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200479

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200479

lundi 31 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMEAUDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 27 janvier 2022, 24 et 30 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Meaude, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 28 décembre 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, d'enjoindre à la préfète de la Gironde de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé portant autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur de droit en se croyant liée, pour rejeter sa demande de titre de séjour, par l'absence de visa de long séjour ;

- elle a méconnu l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), dès lors que ces dispositions n'imposent pas la poursuite d'études supérieures et qu'elle justifie poursuivre avec sérieux ses études au lycée ; la décision en litige a pour conséquence d'interrompre brutalement son cursus scolaire ;

- la préfète de la Gironde a également commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du CESEDA, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mai 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 mai 2022.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Molina-Andréo, première conseillère ;

- et les observations de Me Meaude, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 17 octobre 2003, est entrée régulièrement en France le 28 juin 2018 sous couvert d'un passeport muni d'un visa C de court séjour, valable pour une durée de séjour de 90 jours sur la période du 14 mars 2018 au 13 mars 2019. Elle a sollicité le 19 juillet 2019 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Par une décision du 28 décembre 2021, dont Mme B demande l'annulation, la préfète de la Gironde a rejeté sa demande.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 janvier 2022. Par suite, sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La décision de refus de séjour attaquée vise les textes dont il est fait application, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le CESEDA, dont les articles L. 422-1 sur le fondement duquel la demande de titre de séjour a été présentée, ainsi que les articles L. 412-1 et L. 411-1. Elle indique que la requérante est entrée en France sous couvert d'un visa de court séjour et que, justifiant d'une inscription en seconde pour l'année scolaire 2020/2021, elle ne poursuit pas des études supérieures au sens de l'article L. 422-1 du CESEDA, de sorte qu'elle est invitée à regagner le Maroc ou tout autre pays où elle serait légalement admissible pour y solliciter un visa de long séjour étudiant afin de poursuivre, si elle le souhaite, ses études en France au titre de l'année 2021/2022. Elle mentionne par ailleurs différents éléments de sa situation personnelle et familiale, notamment qu'elle est célibataire et sans enfant et qu'elle n'est pas isolée au Maroc où réside toujours son père et son frère. Ainsi, la décision portant refus de séjour, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, et quand bien même cette décision mentionne à tort la présence d'un frère au Maroc alors qu'il s'agit d'une sœur, elle est suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Gironde se serait crue tenue de rejeter la demande de titre au seul motif que Mme B n'était pas titulaire d'un visa long séjour et qu'elle n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de l'intéressée.

5. Selon les stipulations de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi en date du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. / () ".

6. Aux termes de l'article L. 412-1 du CESEDA : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

7. Il est constant que Mme B est entrée en France, sans être munie du visa de long séjour prévu par les dispositions précitées de l'article L. 412-1 du CESEDA. Si elle a été scolarisée de manière ininterrompue sur le territoire depuis septembre 2018, soit depuis l'âge de quinze ans, et est inscrite au titre de l'année scolaire 2021/2022 en 1ère STMG, cette formation en lycée professionnel, qui correspond à des études de niveau secondaire, ne peut être assimilée à la poursuite d'études supérieures au sens de l'article L. 422-1 précité du CESEDA. Si la requérante fait valoir qu'elle s'apprêtait à passer les premières épreuves du baccalauréat en fin d'année scolaire 2021/2022, cette circonstance n'est pas de nature à démontrer qu'elle aurait été dans l'impossibilité de poursuivre son cursus scolaire dans son pays d'origine et donc que le déroulement de ses études rendait nécessaire l'obtention d'un titre de séjour mention " étudiant ". Dans ces conditions, la requérante ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la dérogation prévue par le deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du CESEDA. Par suite, la préfète de la Gironde n'a pas commis d'erreur de droit en lui opposant l'absence de visa long séjour pour refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du CESEDA : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

9. Mme B fait valoir qu'elle justifie de son sérieux dans ses études et de sa bonne intégration en France, de ce qu'elle est hébergée par sa mère et que sa sœur, née en 2008, réside également sur le territoire national où elle est scolarisée. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, alors que la mère de Mme B est en situation irrégulière en France, que cette dernière serait dans l'impossibilité de poursuivre sa formation ou une formation équivalente dans son pays d'origine où elle a été scolarisée jusqu'à l'âge de 15 ans. Elle conserve d'ailleurs des attaches familiales au Maroc, où elle a vécu l'essentiel de sa vie et où résident toujours son père, avec lequel il n'est pas établi qu'elle ne serait plus en contact, ainsi que sa sœur ainée. Dans ces conditions, et compte tenu de ce que Mme B est célibataire et sans charge de famille, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Elle n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du CESEDA. Pour les mêmes motifs, la préfète de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée du 28 décembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Meaude et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Molina-Andréo, première conseillère,

M. Naud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2022.

La rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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