mercredi 15 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2200632 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP KAPPELHOFF-LANCON - THIBAUD - VALDES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 février 2022 et 19 juillet 2022, le Syndicat de défense des fonctionnaires, représenté par Me Valdès, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'absence de la mise en place et de la mise en œuvre de mesures permettant la promotion des agents " reclassés " de La Poste et de France Télécom ;
2°) d'enjoindre à la Première Ministre de prendre les mesures nécessaires afin que les préjudices subis par les agents dits reclassés depuis le 1er janvier 1991 jusqu'à leur mise à la retraite soient réparés et de rétablir leur pension à effet de leur date de départ ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le Syndicat de défense des fonctionnaires soutient que :
- les " reclassés " n'ont pas reçu notification de leur position statutaire, en méconnaissance des dispositions de l'article 44 de la loi du 2 juillet 1990 ;
- l'Etat a commis une faute en tant qu'autorité de tutelle dès lors qu'il lui incombait de veiller au respect des dispositions législatives et réglementaires applicables aux personnels de La Poste et de France Télécom, lesquelles imposait la mise en œuvre de dispositifs de promotion interne par l'ouverture de postes ;
- les personnels de la Poste et de France Télécom ont été victimes de rupture d'égalité dès lors que les fonctionnaires PTT n'ont pas eu accès à la promotion interne au motif qu'il n'existait pas d'emploi, en méconnaissance de l'article 4 de la loi du 13 juillet 1983, alors même que les promotions des administrateurs des PTT et des Ingénieurs Télécom ont été validées ;
- les fautes commises par l'Etat ont porté atteinte aux intérêts collectifs qu'il défend et a occasionné un préjudice évalué à 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le pouvoir de gestion et de nomination des personnels appartient à La Poste et à France Télécom, conformément aux dispositions des articles 29-4 et 29-2 de la loi du 2 juillet 1990 modifiée, l'Etat étant uniquement chargé de veiller au respect des lois et règlements applicables au service public des postes et télécommunications conformément aux dispositions de l'article 34 de loi du 2 juillet 1990 ;
- le maintien dans le corps de reclassement n'avait pas à être notifié, conformément aux dispositions de l'article 29-1 de la loi du 2 juillet 1990 ;
- les décrets statutaires de 1993 applicables aux agents de La Poste ont prévu divers dispositifs de promotion, lesquels ont été complétés par le décret du 14 décembre 2009 ainsi que le décret du 26 novembre 2004 s'agissant de France Télécom ;
- le syndicat requérant ne saurait se prévaloir du principe d'égalité entre des agents appartenant à des corps différents.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n°90-568 du 2 juillet 1990 ;
- le décret n°93-514 du 25 mars 1993 ;
- le décret n°93-515 du 25 mars 1993 ;
- le décret n°93-517 du 25 mars 1993 ;
- le décret n°93-1272 du 1er décembre 1993 ;
- le décret n°2004-1300 du 26 novembre 2004 ;
- le décret n°2009-37 du 12 janvier 2009 ;
- le décret n°2009-1555 du 14 décembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zuccarello,
- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,
- et les observations de Me Valdès, représentant le Syndicat de défense des fonctionnaires.
Vu la note en délibéré enregistrée le 30 octobre 2023 pour le Syndicat de défense des fonctionnaires.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 28 février 2022, le Syndicat de défense des fonctionnaires a sollicité du Premier ministre l'indemnisation du préjudice qu'auraient subi les fonctionnaires " reclassés " de France Télécom et de La Poste, qu'il représente, du fait de l'absence de mise en place et de mise en œuvre de dispositifs de promotion. Le ministre n'a pas fait droit à sa demande. Par la présente requête, le Syndicat de défense des fonctionnaires demande au tribunal de condamner de l'Etat à réparer ce préjudice et d'enjoindre à la Première Ministre de prendre les mesures nécessaires afin que les préjudices subis par les agents dits reclassés depuis le 1er janvier 1991 jusqu'à leur mise à la retraite soient réparés et de rétablir leur pension à effet de leur date de départ.
2. Les fonctionnaires en service au ministère chargé de la poste et des télécommunications antérieurement à la réforme effectuée par la loi du 2 juillet 1990 ont été intégrés d'office dans de nouveaux corps, dits de " reclassement ", créés au sein de La Poste et de France Télécom, par l'effet de décrets statutaires pris pour l'application de la loi du 2 juillet 1990. Ces décrets ont modifié ou remplacé et abrogé les décrets statutaires qui régissaient auparavant les corps des fonctionnaires de l'ancienne administration des Postes et télécommunications. Des décrets ultérieurs ont fixé les statuts particuliers de nouveaux corps dits de " reclassification ". Les fonctionnaires appartenant aux corps de " reclassement " ont eu le choix d'opter pour l'intégration, selon une procédure spécifique, dans les nouveaux corps de " reclassification " ou de demeurer dans les corps et grades de " reclassement ". Ainsi, les anciens corps de fonctionnaires du ministère chargé de la poste et des télécommunications ont été supprimés après l'entrée en vigueur de la loi du 2 juillet 1990 et les fonctionnaires issus de l'ancienne administration des Postes et télécommunications ont été intégrés dans un corps de " reclassement ", puis, le cas échéant sur leur demande, dans un corps de " reclassification ".
3. Ainsi, aux termes de l'article 29 de la loi du 2 juillet 1990, relative à l'organisation du service public de la poste et à France Télécom : " Les personnels de La Poste et de France Télécom sont régis par des statuts particuliers, pris en application de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droit et obligations des fonctionnaires et de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, qui comportent des dispositions spécifiques dans les conditions prévues aux alinéas ci-après, ainsi que dans les conditions de l'article 29-1 ". En vertu de l'article 44 de la même loi, les fonctionnaires en activité affectés au 31 décembre 1990 dans des emplois relevant de la direction générale de la poste ou de la direction générale des télécommunications ont été placés de plein droit respectivement sous l'autorité du président du conseil d'administration de La Poste ou celui de France Télécom à compter du 1er janvier 1991, sans changement de leur position statutaire. Les lois ultérieures transformant la Poste et France Télécom en entreprises nationales puis en sociétés anonymes, notamment la loi du 26 juillet 1996 modifiant l'article 29-1 de la loi du 2 juillet 1990 et plaçant les corps de fonctionnaires de France Télécom sous l'autorité du président de France Télécom, qui dispose à leur égard des pouvoirs de nomination et de gestion, n'ont pas eu pour effet de modifier la répartition des pouvoirs de gestion et de nomination entre l'Etat et ces sociétés.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le défaut de notification de la position statutaire des agents " reclassés " :
4. Les fonctionnaires n'ont aucun droit au maintien d'une réglementation concernant leur statut. En outre, il résulte de l'ensemble des dispositions citées aux points 2 et 3 que la loi du 2 juillet 1990 a eu pour effet d'intégrer d'office les fonctionnaires dans des corps de " reclassement ". Le choix laissé par la suite aux fonctionnaires d'intégrer les corps de " reclassification " ou de se maintenir dans les corps de " reclassement " n'a pas eu pour effet, lorsque l'agent choisissait le maintien, d'imposer l'intervention d'une mesure individuelle. En outre, la conservation de la qualité d'agent public fait obstacle à la signature d'un contrat de droit privé avec La Poste ou France Télécom. Par suite, le syndicat requérant ne saurait se prévaloir d'une faute de l'Etat du fait de l'irrégularité alléguée de la procédure de " reclassement ".
En ce qui concerne la carence de l'Etat dans la mise en œuvre des dispositifs de promotion :
5. Si les dispositions statutaires prévoyaient des mesures de promotions par titularisation consécutives aux recrutements externes, l'Etat a mis en place les mesures de promotions internes exigées par les dispositions de l'article 26 de la loi du 11 janvier 1984 à compter du décret du 26 novembre 2004 s'agissant des agents de France Télécom, et du décret du 14 décembre 2009 s'agissant des agents de la Poste, lequel a en outre couvert la situation de l'ensemble des corps susceptibles de promotion à compter de sa modification par un décret du 4 avril 2012. Le syndicat requérant fait valoir que la mise en œuvre des dispositifs de promotion n'a été garantie ni par ces décrets ni par aucune autre mesure dès lors qu'elles n'ont pas été accompagnées par l'ouverture de postes correspondants.
6. Si aux termes de l'article 44 de la loi du 2 juillet 1990 : " Le ministre chargé des postes et télécommunications veille, dans le cadre de ses attributions générales sur le secteur des postes et télécommunications, au respect des lois et règlements applicables au service public des postes et télécommunications et aux autres missions qui sont confiées par la présente loi à La Poste et à France Télécom ", le ministre ne tient ni de cet article, ni d'aucun autre texte, qualité pour exercer un pouvoir de tutelle sur les décisions de La Poste et de France Télécom à l'égard des fonctionnaires de l'Etat placés de plein droit sous l'autorité des présidents de leurs conseils d'administration depuis que ces entreprises sont devenues des personnes de droit privé respectivement en application de la loi du 9 février 2010 et de celle du 26 juillet 1996. Dès lors que l'Etat a mis en place, par les décrets précités, les mesures de promotion requises par la loi du 11 janvier 1984, il ne lui appartenait pas de prendre des mesures de gestion de nature à les mettre en œuvre. Par suite, le syndicat requérant ne saurait se prévaloir d'une faute de l'Etat du fait de son pouvoir de tutelle.
En ce qui concerne la rupture d'égalité :
7. Il ressort de ce qui a été dit au point précédent que le syndicat requérant ne saurait engager la responsabilité de l'Etat du fait de la rupture d'égalité qu'aurait constitué l'absence de mise en œuvre des dispositifs de promotion à l'égard des agents " reclassés " par La Poste et France Télécom.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires du Syndicat de défense des fonctionnaires doivent être rejetées, et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles liées aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du Syndicat de défense des fonctionnaires est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au Syndicat de défense des fonctionnaires, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au secrétariat général du gouvernement.
Délibéré après l'audience du 25 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Zuccarello, présidente,
- Mme Caste, conseillère,
- Mme Denys, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2023.
La présidente-rapporteure,
F. ZUCCARELLO
L'assesseure la plus ancienne,
F. CASTE
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026