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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200679

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200679

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantAYMARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2022, Mme A B, représentée par Me Aymard, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai d'un mois à compter du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une personne incompétente pour ce faire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 mai 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 janvier 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Julien Dufour, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de rapporteur public en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sophie Mounic, première conseillère ;

- et les observations de Me Aymard, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise est entrée régulièrement en France le 24 juillet 2019 avec un visa de court séjour de type C valable du 17 mai 2018 au 16 mai 2022, puis s'y est maintenue irrégulièrement. Le 12 mars 2021, Mme B a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle prétend également avoir demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code précité. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. Il ressort des pièces du dossier que si Mme B a omis de cocher dans le formulaire n°1 de sa demande de titre de séjour la case relative à l'admission exceptionnelle au séjour, elle a accompagné ledit formulaire de son annexe A, dûment remplie, laquelle mentionne " Annexe A à joindre au formulaire n°1 si vous sollicitez une admission exceptionnelle au séjour ". Dans ces circonstances, et malgré l'erreur matérielle commise par l'intéressée dans le fait de ne pas avoir coché la case en litige dans le formulaire n°1, Mme B doit être regardée comme ayant demandé un titre de séjour également sur le fondement des dispositions citées au point 2. La préfète de la Gironde était donc tenue d'examiner si elle remplissait les conditions d'admission au séjour de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'arrêté attaqué, que la préfète de Gironde n'a pas examiné si l'admission au séjour de Mme B pouvait se justifier sur des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Par conséquent, la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux.

4. Il résulte de ce qui précède que, pour ce seul motif, Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif pouvant seul justifier l'annulation de l'arrêté attaqué, l'exécution du présent jugement implique seulement que la préfète de la Gironde réexamine la situation de Mme. B. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, Me Aymard, de la somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 25 octobre 2021 de la préfète de la Gironde est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Aymard, conseil de Mme B, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delvolvé, président,

- Mme Molina-Andréo, première conseillère,

- Mme Mounic, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

La rapporteure,

S. MOUNIC Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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