mercredi 12 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2200765 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | AUTEF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2022, M. F D, représenté par Me Autef, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que sa décision implicite du 30 août 2021 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
- il entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, dès lors qu'il mentionne que ses deux parents vivent à Mayotte alors que sa mère est décédée, et qu'il est sans attache en métropole alors que ses frères et sœurs y résident ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de liens personnels et familiaux stables en France métropolitaine ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes motifs.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 17 novembre 2021.
Par une ordonnance 30 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. I,
- et les observations de Me Autef, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. F D, ressortissant comorien né le 25 décembre 1995, est entré sur le territoire de Mayotte avec ses parents et ses frères et sœurs en 2014. Il a bénéficié de titres de séjour à compter de sa majorité, le dernier valable jusqu'au 9 avril 2020. Il est entré en métropole le 20 novembre 2019 sous couvert d'un visa étudiant valable jusqu'au 30 janvier 2020. Le 7 février 2020, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 avril 2021, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Le recours gracieux présenté par M. D le 30 juin 2021 a été rejeté implicitement le 30 août suivant. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté de la préfète de la Gironde du 30 avril 2021 et sa décision du 30 août 2021.
2. En premier lieu, par un arrêté du 3 février 2021, la préfète de la Gironde a consenti à M. A E, directeur des migrations et de l'intégration, et, en son absence ou en cas d'empêchement, à M. H C, chef du bureau d'admission au séjour des étrangers, une délégation de signature à l'effet de signer toute décision de refus de délivrance de titres de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'aurait pas été absent ou empêché le 15 mars 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. En l'espèce, la décision attaquée, qui cite les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et mentionne les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état des éléments de fait caractérisant la situation de l'intéressé, et sur lesquels la préfète de la Gironde s'est fondée pour refuser de délivrer à M. D un titre de séjour, notamment le fait qu'il ne justifie pas de l'ancienneté et de la stabilité de sa vie privée et familiale en métropole. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement ce dernier en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision, qui est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.
5. En troisième lieu, M. D soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors qu'elle mentionne, d'une part, que ses deux parents vivent à Mayotte alors que sa mère est décédée et, d'autre part, qu'il est sans attache en métropole alors que ses frères et sœurs y résident.
6. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment de la fiche de situation matrimoniale et familiale qu'il a renseignée le 21 janvier 2021, que M. D n'a pas porté à la connaissance de la préfète, préalablement à l'adoption de la décision attaquée, la circonstance que sa mère était décédée. Il n'est donc pas fondé à lui reprocher de ne pas avoir fait mention de cette information. En outre, en indiquant que l'intéressé ne dispose pas d'attaches familiales en France métropolitaine, la préfète de la Gironde ne doit pas être regardée comme ayant exclu toute présence familiale sur le territoire, mais comme ayant estimé qu'il n'y dispose pas d'attaches impliquant que s'y trouvent de manière stable le centre de ses intérêts privés et familiaux. En tout état de cause, il ne ressort pas des éléments du dossier que l'imprécision de motivation sur ce point relevée par le requérant révèlerait une erreur de fait susceptible d'avoir eu une incidence sur le sens de la décision en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. () ". En outre aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. D fait valoir que ses deux frères M. L D et M. B G, de nationalité française et pères d'enfants français, résident en métropole, et que ses deux sœurs Mme J D et Mme K D, sont titulaires de titres de séjour, la seconde d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en 2023. Il ajoute que seul son père vit encore à Mayotte, sa mère étant décédée. En outre, il se prévaut de son intégration professionnelle, qu'il justifie par un contrat de parcours d'accompagnement contractualisé vers l'emploi et l'autonomie qu'il a conclu le 16 février 2021 avec la mission locale de Cenon pour une durée de deux ans, par le suivi d'une formation du 10 au 21 mai 2021 auprès de la société Distrimarine Carrefour City, et par la signature d'un contrat d'apprentissage auprès de la société Distribution Casino France du 21 juin 2021 au 20 mars 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, à l'exception de sa sœur J chez qui il réside en Gironde, ses frères et sœurs résident dans le Val de Marne, l'Hérault et les Alpes-Maritimes, son frère Karim résidant d'ailleurs en Angleterre à la date de la demande, et qu'il ne les voit que durant leurs vacances. En outre, entré en métropole en novembre 2019 sous couvert d'un visa étudiant, il ne justifie pas, après une année et demi de présence en France, avoir cherché à suivre un parcours scolaire ou à travailler, le contrat d'apprentissage dont il justifie ayant été conclu deux mois après l'édiction de l'arrêté contesté, et étant très récent à la date à laquelle le requérant a formé son recours gracieux implicitement rejeté. Ainsi, rien ne fait obstacle au retour de M. D, qui est célibataire et sans charge de famille, aux Comores, son pays d'origine, ou à Mayotte le cas échéant, où il a vécu entre 2014 et 2019 et où réside son père. Ainsi, la décision attaquée ne porte pas, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et à la préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.
Le rapporteur,
L. I Le président,
L. POUGET
La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026