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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200805

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200805

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantREIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 et 17 février, 17 mai et 30 juin 2022, Mme D B née C, représentée par Me Reix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'un de ses enfants s'est vu remettre un titre de séjour,

- elle méconnaît l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle est présente en France depuis 2014, que ses enfants sont scolarisés et que l'ainé est titulaire d'un titre de séjour.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mai et 11 juillet 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable pour cause de tardiveté en ce que la décision a été notifiée le 5 août 2021,

- à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 26 juillet 2022, Mme B a maintenu les conclusions de sa requête.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2021.

Par ordonnance du 4 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 18 juillet 2022.

II°) Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 et 17 février, 17 mai et 30 juin 2022, M. A B, représenté par Me Reix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressé ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'un de ses enfants s'est vu remettre un titre de séjour,

- elle méconnaît l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il est présent en France depuis 2014, que ses enfants sont scolarisés et que l'ainé est titulaire d'un titre de séjour.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mai et 11 juillet 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable pour cause de tardiveté en ce que la décision a été notifiée le 5 août 2021 ;

- à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 26 juillet 2022, M. B a maintenu les conclusions de sa requête.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2021.

Par ordonnance du 4 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 18 juillet 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-2017 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B née C et M. A B, ressortissants albanais nés respectivement le 6 mai 1984 et le 18 juillet 1987, sont entrés en France accompagnés de leurs trois enfants, selon leurs déclarations en 2014 et sous couvert d'un titre de séjour italien. Le 12 août 2019, M. et Mme B ont présenté une demande de titre de séjour en se prévalant de leurs attaches personnelles en France, de leur intégration professionnelle et de l'intérêt supérieur de leurs enfants scolarisés. Ces demandes ont fait l'objet de décision de refus, cependant annulées par le tribunal administratif de Bordeaux dans un jugement n° 2004384 du 17 mars 2021. M. et Mme B demande l'annulation des arrêtés du 4 juillet 2021 par lesquels la préfète de la Gironde a une nouvelle fois refusé de leur délivrer un titre de séjour.

2. Les requêtes n°2200805 et 2200808 présentées par M. et Mme B présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la fin de non-recevoir :

3. Aux termes de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les décisions du bureau d'aide juridictionnelle () peuvent être déférées () au président de la cour administrative d'appel (). Ces autorités statuent sans recours. Les recours contre les décisions du bureau d'aide juridictionnelle peuvent être exercés par l'intéressé lui-même lorsque le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui a été refusé, ne lui a été accordé que partiellement ou lorsque ce bénéfice lui a été retiré. () ". Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter () 3° De la date à laquelle le demandeur à l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée () ". Aux termes de l'article 56 dudit décret : " La décision du bureau, de la section du bureau ou de leur président est notifiée à l'intéressé par le secrétaire du bureau ou de la section du bureau par lettre simple en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B ont déposé une demande d'aide juridictionnelle le 27 septembre 2021, soit dans le délai de recours contentieux de deux mois à l'encontre de l'arrêté du 4 juillet 2021 notifié le 6 août 2021. Ils ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2021. Toutefois, en l'absence de certitude quant à la date de notification de cette décision qui a été effectuée par lettre simple, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requêtes, enregistrées le 10 février 2022, seraient tardives. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la préfète de la Gironde dans ces deux dossiers doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont entrés en France en 2014, accompagnés de leurs trois enfants nés en Italie et âgés respectivement de neuf ans, cinq ans et un an lors de leur arrivée en France. S'ils n'ont pas exécuté les précédentes mesures d'éloignement dont ils ont fait l'objet, ces mesures ont toutefois été annulées par ce tribunal. Il ressort des pièces du dossier que M. B a travaillé au sein de la SARL avenir Auto 33 du 1er mars 2019 au 13 mars 2020, et a obtenu le 27 août 2020 une attestation de qualification professionnelle pour l'activité de peintre en bâtiment, avant de s'installer en qualité d'auto entrepreneur. De son côté, Mme B produit des bulletins de salaires, établissant qu'elle a travaillé d'août 2015 à mai 2017 dans une entreprise de propreté. Par ailleurs, l'ainé des enfants, né en 2005, s'est vu délivrer le 17 juin 2021, alors qu'il était encore mineur, un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lui permettre, dans le cadre de sa formation en lycée professionnel, de travailler au sein d'une entreprise. Le deuxième enfant, né en 2008, était scolarisé pour l'année 2021-2022 en classe de 4ème au collège Ausone du Bouscat, et tant le bulletin du 1er trimestre que ceux des années précédentes démontrent d'excellent résultats et une parfaite intégration. Quant au dernier, né en 2013, il était inscrit en CE2 pour l'année scolaire 2021-2022. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, en refusant le séjour aux requérants, la préfète de la Gironde a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les arrêtés du 4 juillet 2021 doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que la préfète de la Gironde délivre un titre de séjour " vie privée et familiale " aux requérants. Il y a lieu de lui enjoindre à procéder à cette délivrance dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Reix, avocate de M. et Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Reix de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : les arrêtés de la préfète de la Gironde du 4 juillet 2021sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer à M. et Mme B un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Reix la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Reix renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B née C, à M. A B, à Me Marie Reix et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La présidente rapporteure,

F. E

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

A. LAHITTELa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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