mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2200841 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CHAMBERLAND-POULIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée sous le 14 février 2022, M. A C, représenté par Me Chamberland-Poulin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 août 2021 par laquelle la directrice territoriale de Bordeaux de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) lui a refusé l'octroi des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, ensemble la décision implicite rejetant son recours administratif préalable obligatoire ;
2°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'OFII de lui verser dans un délai de deux semaines à compter du jugement à intervenir l'intégralité du montant des prestations qu'il aurait dû percevoir du 3 août au 15 novembre 2021, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, de saisir la cour de justice de l'Union Européenne de la question préjudicielle portant sur la compatibilité de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'article 20 de la directive 2013/33/UE établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1990 sur l'aide juridictionnelle.
Il fait valoir que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa vulnérabilité ;
- elles ont été prises en application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel méconnaît l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dès lors qu'il ne précise pas que le refus d'octroyer des conditions matérielles intervient dans des circonstances exceptionnelles après examen de la situation particulière du demandeur d'asile ;
- elles sont entachées d'erreur d'appréciation, car il est en situation de vulnérabilité, étant sans hébergement et sans ressources.
Par un mémoire enregistré le 10 juin 2022, le directeur de l'Office français de l'intégration et de l'immigration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Par une décision du 27 décembre 2021, M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/32/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre l'administration et le public ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme de Paz a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant congolais né le 7 mars 1978, est entré en France en 2018. Il a déposé une demande d'asile rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 février 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 novembre 2020. Il a introduit une demande de réexamen de sa demande d'asile enregistrée le 13 août 2021. Par une décision du 19 août 2021, le directeur général de l'OFPRA a rejeté cette demande de réexamen. Cette décision a été confirmée par un arrêt de la CNDA du 4 novembre 2021. Par une décision du 3 août 2021, la directrice territoriale de Bordeaux de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours administratif obligatoire.
2. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration que la décision par laquelle le directeur général de l'OFII rejette un recours, dont il résulte des dispositions de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il a le caractère d'un recours administratif obligatoire, doit être motivée. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C a demandé communication des motifs de la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".
6. M. C soutient qu'il aurait dû bénéficier d'un entretien personnel aux fins d'apprécier sa vulnérabilité, préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Il est toutefois constant que la décision contestée a été prise par l'OFII à la suite du dépôt d'une demande de réexamen de sa demande d'asile, qui avait fait l'objet de décisions de rejet de la part de l'OFPRA et de la CNDA, comme indiqué au point 1. Ainsi, à la date de la décision attaquée, le requérant ayant déposé une demande de réexamen et non une première demande d'asile, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne lui étaient pas applicables. Au surplus, M. C n'a pas fait état de circonstances nouvelles quant à sa situation, tenant en particulier à sa vulnérabilité, qui n'auraient pas été prises en compte par l'OFII.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".
8. Les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être interprétées conformément aux objectifs de la directive 2013/33/CE du 26 juin 2013 relative à l'établissement des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dont elles assurent la transposition et qui visent à limiter les possibilités d'abus du système d'accueil, en permettant aux Etats membres de retirer, au cas par cas, de façon justifiée et par une décision motivée, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur présente une demande ultérieure", après qu'une décision finale a été prise sur une demande antérieure. En se limitant à soutenir que pour assurer un effet utile à la directive, le texte de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aurait dû préciser que le refus d'octroyer des conditions matérielles intervient dans des circonstances exceptionnelles après examen de la situation particulière du demandeur d'asile, M. C n'établit pas que l'article L. 551-15 ne serait pas compatible avec la directive n° 2013/33/CE du 26 juin 2013.
9. M. C soutient que le directeur général de l'OFII a commis une erreur d'appréciation en refusant de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dès lors qu'il était en situation de vulnérabilité. Toutefois, en se bornant à soutenir qu'il est sans ressources, sans domicile et sans famille en France, le requérant, qui ne produit aucun élément pour le démontrer, n'apporte pas la preuve que le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait commis, ce faisant, une erreur d'appréciation de sa vulnérabilité, alors même qu'il ressort des pièces du dossier que l'examen de vulnérabilité effectué le 21 novembre 2018 et le réexamen effectué le 3 août 2021 n'ont pas permis d'identifier de facteur particulier de vulnérabilité. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées, sans qu'il soit besoin de saisir la Cour de justice de l'Union Européenne d'une question préjudicielle. Ses conclusions en injonction et celles présentées au titre des frais de procès doivent être rejetées par voie de conséquence.
DECIDE :
Article 1 : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Pouget, président,
- Mme De Paz, première conseillère,
- Mme Patard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure
D. DE PAZ
Le président
L. POUGET
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026