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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201049

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201049

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantREIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2022, complétée par des pièces enregistrées les 24 février, 18 mars et 24 mai 2022, M. D B, représenté par Me Reix, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète de la Gironde a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa vie privée et familiale se trouve désormais en France ;

- pour les mêmes motifs, la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par une ordonnance du 10 juin 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juin 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2021.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme de Paz a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais né le 24 avril 1975, déclare être entré sur le territoire français le 30 janvier 2012. Le 7 août 2019, il a demandé le bénéfice d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Par un courrier du 6 juin 2021, la préfète de la Gironde l'a informé que, les pièces produites ne lui ayant pas permise de lui apporter une réponse dans des délais raisonnables, une décision implicite de rejet était née. Par une requête enregistrée le 21 février 2022, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est entré sur le territoire français le 30 janvier 2012, réside sur le territoire français avec sa compagne, Mme A, titulaire d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " délivré le 23 novembre 2021 et valable jusqu'au 22 novembre 2022. Le couple, dont la communauté de vie est établie par les pièces du dossier depuis 2018, a deux enfants nés respectivement le 12 septembre 2018 et le 26 décembre 2021 à Bordeaux. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le père du requérant, ainsi que sa sœur et son frère sont de nationalité française, et qu'il dispose en conséquence de liens personnels, anciens et stables sur le territoire national. En conséquence, en refusant de délivrer au requérant un titre de séjour, la préfète de la Gironde a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Le motif d'annulation retenu ci-dessus implique que le requérant soit mis en possession d'un titre de séjour. Il est, par suite, enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, en le mettant en possession, dans l'attente, d'un récépissé. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Reix, conseil de M. B, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

DECIDE :

Article 1 : La décision par laquelle la préfète de la Gironde a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer un titre de séjour à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Reix la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Pouget, président,

- Mme de Paz, première conseillère,

- Mme Patard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

D. DE PAZ

Le président,

L. POUGET

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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