jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201051 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | REIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 22 février, 24 août et 26 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Reix, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros TTC au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête qui n'est pas tardive est recevable ;
- en l'absence de production de l'avis de l'OFII, la procédure a été méconnue ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé en méconnaissance de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration, notamment car il n'est pas fait mention de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et des pièces médicales qu'il a produit ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions des articles L.425-9 et L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son fils est gravement malade et l'absence de prise en charge risque d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ce qui est reconnu par l'OFII ; les médecins s'accordent pour considérer que son état de santé nécessite une prise en charge pluridisciplinaire, laquelle est inaccessible en Géorgie d'après divers rapports ; la Géorgie connait de graves carences dans la prise en charge des enfants handicapés et le système de santé est défaillant ; il est pris en charge au sein de l'IEM à Eysines et est scolarisé en UEE à l'école primaire ; son état de santé s'est amélioré mais une interruption des soins aurait des effets délétères rapides ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; il est lourdement handicapé et il bénéficie pour une quatrième année d'une prise en charge médicale pluridisciplinaire ; la mère de l'enfant l'a abandonné ; il multiplie les démarches depuis 2019 et a réussi à faire bénéficier à son fils d'une prise en charge médicale adaptée à la gravité de ses handicaps ; il suit des ateliers d'aide à la parentalité pour avoir le meilleur positionnement avec son fils souffrant ; le centre de ses attaches se situe en France, pays dans lequel son fils s'est vu reconnaître le statut d'handicapé, le droit à l'assistance d'une tierce personne à temps plein, ainsi qu'une allocation de subsistance, ce dernier apprend un moyen alternatif de communication et bénéficie d'une prise en charge pluridisciplinaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.
Par une ordonnance du 27 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 11 octobre 2022.
M. C a communiqué des pièces complémentaires le 3 novembre 2022, lesquelles n'ont pas été communiquées.
Par une décision du 2 novembre 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant géorgien né le 4 juillet 1988, déclare être entré irrégulièrement en France le 1er mars 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 13 juin 2019 et la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours pour irrecevabilité le 9 décembre 2019. La demande d'asile de son fils mineur a également été rejetée par l'OFPRA le 13 juin 2019. Par ailleurs, M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 21 février 2020. Il a sollicité, le 28 avril 2021, son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de l'état de santé de son fils mineur. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis le 30 juillet 2021. Par un arrêté du 26 août 2022, dont il demande l'annulation, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
3. Il ressort des pièces du dossier que le fils du requérant, né en 2013 et entré en France avec son père en 2019, est atteint d'une paralysie cérébrale secondaire à une anoxo-ischémie périnatale à terme, responsable d'une déficience motrice sévère des quatre membres avec spasticité. Il ne tient pas assis, ne marche pas et a des difficultés de préhension, ce qui l'oblige à se déplacer en fauteuil roulant. Il présente également des troubles de la motricité bucco-faciale et laryngée entrainant des troubles de l'oralité alimentaire et une impossibilité de langage oral. Le requérant justifie de ce que la commission des droits et de l'autonomie a reconnu à son fils, le 26 juillet 2019, un taux d'incapacité supérieure ou égale à 80% et lui a attribué une allocation d'éducation de l'enfant handicapé, au moins jusqu'en 2024, avec, pour une période, l'aide d'une tierce personne à 100%. Il bénéficie, en France, d'une prise en charge pluridisciplinaire, sanitaire, médico-sociale et scolaire lourde et d'un traitement médicamenteux. A ce titre, il ressort des pièces du dossier que l'enfant est entré au sein de l'Institut d'Education Motrice à Eysines le 16 août 2021 et est désormais accueilli au sein de cet IEM en internat à temps complet (cinq nuits par semaines), il est pris en charge par son père tous les week-end, et est scolarisé, plusieurs demi-journée par semaine, en UEE à l'école primaire du Centre au Haillan. De plus, le requérant produit de nombreux documents médicaux et notamment des attestations contemporaines de l'arrêté attaqué, telles que celles de ses neuropédiatre, orthophoniste, kinésithérapeute, ergothérapeute, psychologue, psychomotricien, enseignant, qui s'accordent pour estimer que cette prise en charge en France est nécessaire pour lui permettre de continuer à se développer sur différents plans, alors qu'il a fait des progrès, notamment, d'un point de vue moteur et de la communication. En effet, il ressort de ces attestations qu'il utilise désormais un ordinateur avec synthèse vocale qu'il commande via un traceur oculaire, ce qui lui a permis la mise en place d'un code de communication et le développement de ses capacités d'échanges et de relation, et l'enrichissement de son stock lexical. Il bénéficie également d'un fauteuil et d'appareillage tels que " corset-siège moulé sur mesure " et " attelles suro-pédieuses nocturnes ". Il ressort également du " compte-rendu psychologique " produit, que le fils du requérant a besoin " d'une prise en charge globale spécifique et d'une scolarité adaptée et ce en France ", et son orthophoniste précise, quant à lui, qu'il est nécessaire pour cet enfant de " maintenir les soins comme ils sont actuellement organisée, à l'IEM ". M. C justifie, par ailleurs, des carences de la Géorgie à prendre en charge de tels handicaps et toute l'équipe pluridisciplinaire mentionne l'investissement de M. C auprès de son fils, ainsi que la nécessité de cette présence pour les besoins de l'enfant. Dans ces circonstances particulières, eu égard au handicap sévère et au jeune âge du fil du requérant, ainsi qu'à ses progrès et à l'impossibilité pour lui de poursuivre le processus de stimulation et d'apprentissage entamé en France sans la présence de son père, M. C est fondé à soutenir que la préfète de la Gironde a méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant en refusant de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L.425-10 du code précité. Le moyen tiré de la violation par l'arrêté contesté des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, dès lors, être accueilli.
4. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté de la préfète de la Gironde du 26 août 2021 portant refus de titre de séjour est annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de délivrer à M. C, un titre de séjour " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Reix, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Reix de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète de la Gironde du 26 août 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer à M. C un titre de séjour " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Reix une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Reix renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Marie Reix et à la préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
Mme Lahitte, conseillère,
M. Bongrain, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
La rapporteure
A. B
La présidente
F. MUNOZ-PAUZIÈS
La greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026