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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201108

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201108

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantLAFFOURCADE MOKKADEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 février, 14 avril et 14 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Léa Laffourcade Mokkadem, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2022 par lequel la présidente du département de Lot et-Garonne l'a radié des cadres pour abandon de poste ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2022 par lequel la présidente du département de Lot et-Garonne a prononcé une retenue sur traitement pour absence de service fait ;

3°) d'enjoindre au département de Lot-et-Garonne de le réintégrer, de procéder à la reconstitution de sa carrière et de lui verser son traitement correspondant à la période comprise entre les 2 et 9 janvier 2022, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de Lot-et-Garonne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire des arrêtés en litige n'est pas compétent en l'absence de délégation de signature à son bénéfice ;

-la procédure au terme de laquelle il a été radié des cadres est irrégulière dès lors que son absence n'était pas irrégulière lorsque la première mise en demeure lui a été adressé, il disposait d'un délai de trois mois pour récupérer les plis adressés, le délai qui lui a été imparti pour reprendre son poste est insuffisant dès lors qu'il était à Toulouse et l'avis du médecin agréé ne lui a pas été communiqué ;

- il a bénéficié d'un nouvel arrêt de travail du 31 décembre 2021 au 31 janvier 2022 en raison de la détection d'une hernie discale le 29 décembre 2021 ; il n'a pas entendu rompre le lien avec le service en fournissant cet arrêt de travail ; aucun contrôle n'a été diligenté à la suite de son nouvel arrêt de travail ;

- la retenue sur traitement opérée est illégale dès lors que son absence n'était pas irrégulière du 2 au 9 janvier 2022 ;

- la décision est entachée d'un détournement de procédure dès lors que la collectivité souhaitait le sanctionner ; il s'agit d'une sanction disciplinaire déguisée ;

- il a été discriminé à raison de son état de santé.

Par des mémoires en défense enregistrés les 29 septembre et 2 novembre 2022, le département de Lot-et-Garonne, représenté par Me Becquevort, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros hors taxes soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 10 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 8 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Petit-Dit-Changuet, représentant M. B A,

- et celles de Me Navarro, représentant le département de Lot-et-Garonne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, adjoint technique principal de 2ème classe, exerce des fonctions d'agent de maintenance auprès du département de Lot-et-Garonne. En raison du contexte sanitaire et de sa vulnérabilité particulière, il a été placé en autorisation spéciale d'absence jusqu'au 30 novembre 2021. M. A a par la suite bénéficié d'arrêts de travail. Par des arrêtés du 7 janvier 2022 dont il demande l'annulation, la présidente du département de Lot-et-Garonne l'a radié des cadres pour abandon de poste et a prononcé une retenue sur traitement pour la période du 2 au 9 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'abandon de poste est caractérisé dès lors que le fonctionnaire, en refusant de rejoindre son poste sans raison valable, se place dans une situation telle qu'elle rompt le lien entre l'agent et son service.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un premier arrêt de travail du 30 novembre 2021 au 20 décembre 2021 prescrit par son médecin traitant en raison d'une dermite allergique. Cet arrêt de travail a été prolongé le 15 décembre 2021 par le même médecin jusqu'au 15 janvier 2022 au vu de l'apparition d'une nouvelle symptomatologie : une lombo-sacralgie. Une visite de contrôle est organisée le 16 décembre 2021, au terme de laquelle le médecin agréé conclut que : " l'arrêt de travail paraît justifié à ce jour, avec reprise possible dès le 02 janvier 2022 sauf complications ". Le 29 décembre 2021, un examen I.R.M du rachis lombaire de M. A met en évidence une hernie discale. Compte-tenu de cet élément, le médecin traitant de M. A prolonge une nouvelle fois l'arrêt de travail dont bénéficiait ce-dernier jusqu'au 31 janvier 2022. Si le département de Lot-et-Garonne a mis en demeure M. A de reprendre son poste le 7 janvier 2022, celui-ci n'était, à cette date, pas médicalement apte à reprendre ses fonctions. En outre, contrairement à ce que fait valoir le département de Lot-et-Garonne, il ressort des pièces du dossier que la visite de contrôle du 16 décembre 2021 a porté non seulement sur la dermite allergique dont souffrait M. A mais également sur la lombo-sacralgie dès lors que le médecin agréé a mentionné la prolongation de l'arrêt de travail dont bénéficiait M. A. Enfin, l'avis de reprise au 2 janvier 2022 n'était rendu par le médecin agréé que sous réserve de complications. Dans ces conditions, M. A n'a pas entendu rompre tout lien avec le service et le département de Lot-et-Garonne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en regardant le requérant comme ayant rompu volontairement et en toute connaissance de cause le lien qui l'attachait à l'administration et ayant par là même abandonné son poste.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 7 janvier 2022 par lequel la présidente du département de Lot-et-Garonne a radié des cadres M. A pour abandon de poste, et par voie de conséquence l'arrêté du même jour par lequel elle a prononcé une retenue sur son traitement pour la période du 2 au 9 janvier 2022 doivent être annulés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. En cas d'annulation par le juge de l'excès de pouvoir d'une mesure d'éviction, l'agent doit être regardé comme n'ayant jamais été évincé de son emploi. Cette annulation a pour effet de replacer l'agent dans la situation administrative où il se trouvait avant l'intervention de la mesure contestée. Ainsi, l'annulation pour excès de pouvoir, quel qu'en soit le motif, d'une décision d'éviction illégale oblige l'autorité compétente à réintégrer juridiquement l'agent à la date de son éviction, à prendre rétroactivement les mesures nécessaires pour reconstituer sa carrière si besoin et à le placer dans une position régulière. L'administration doit également, de sa propre initiative, procéder au rétablissement de l'agent dans ses droits sociaux, s'agissant notamment du paiement des cotisations de sécurité sociale, ainsi que dans ses droits à pension en procédant à la régularisation des cotisations afférentes à la période d'éviction, laquelle est, en vertu de la reconstitution, assimilée à des services effectifs au sens de la législation sur les pensions pour l'ouverture du droit à pension et la liquidation de la pension.

6. D'une part, l'annulation de la radiation des cadres de M. A implique la réintégration juridique de l'intéressé à compter de la date de son éviction, l'adoption rétroactive des mesures nécessaires pour reconstituer sa carrière, ainsi que la reconstitution des droits sociaux et à pension de retraite, comme précisé ci-dessus, et ce jusqu'à la date du présent jugement. D'autre part, l'annulation de la retenue sur le traitement de M. A implique seulement un réexamen de la situation de l'intéressé à l'aune de ses droits à congé de maladie. Il y a lieu d'enjoindre au département de Lot-et-Garonne de procéder aux mesures qui précèdent dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par le département de Lot-et-Garonne soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Lot-et-Garonne la somme de 1 500 euros à verser à M. A sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 7 janvier 2022 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au département de Lot-et-Garonne de procéder à la réintégration juridique de l'intéressé à compter de la date de son éviction, l'adoption rétroactive des mesures nécessaires pour reconstituer sa carrière, la reconstitution des droits sociaux et à pension de retraite ainsi que de réexaminer la situation de l'intéressé pour la période du 2 au 9 janvier 2022 à l'aune de ses droits à congé de maladie dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le département de Lot-et-Garonne versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par le département sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département de Lot-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

A. C

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

A. BEGORRE

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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