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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201168

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201168

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantHAAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2022, M. C, représenté par Me Haas, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de la somme de 80 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente dès lors que le signataire de l'acte ne dispose pas d'une délégation régulièrement publiée ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par ordonnance du 7 décembre 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2022 à 12 heures.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La première conseillère faisant fonction de présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,

- et les observations de Me Haas, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen, né le 10 février 1990, est entré régulièrement en France le 1er mars 2017 muni d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de français valable jusqu'au 24 janvier 2018. Par la suite, M. C a bénéficié d'un titre de séjour " vie privée et familiale " valable du 17 janvier 2019 au 16 janvier 2020, dont il a sollicité le renouvellement le 17 octobre 2019. Par un arrêté du 29 juin 2021, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, M. H D, chef de bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté attaqué, disposait par arrêté du 5 mai 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n°33-2021-086 de la préfecture, d'une délégation de signature de la préfète de la Gironde en l'absence de M. A du Payrat, de Mme G, de Mme B, de M. E et de Mme J pour signer les décisions prises sur le fondement des articles prévues aux livres II, IV, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, parmi lesquelles figurent la décision de refus de séjour en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne que l'absence de vie commune entre M. C et son épouse a été constatée au cours de l'enquête de vie commune diligentée par les services de la préfecture le 22 juillet 2020, qu'il ne démontre pas l'intensité et la stabilité de ses liens privés, familiaux et sociaux en France dès lors qu'il ne justifie pas d'une ancienneté de séjour significative sur le territoire où il est démuni de toute attache privée ou familiale et qu'il n'est pas isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et où réside sa mère. Si M. C fait valoir que sa situation aurait évolué entre la date de dépôt de sa demande et l'arrêté litigieux, il n'établit pas avoir communiqué de nouveaux éléments à la préfète de la Gironde qui n'était au demeurant tenue ni de l'y inviter, ni de le convoquer. Au surplus, si le requérant fait valoir que la durée de l'instruction de sa demande de titre de séjour a été particulièrement longue, il est constant qu'une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant quatre mois par la préfète de la Gironde à sa demande, qu'il n'a pas contestée. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C est régulièrement entré en France le 1er mars 2017 et qu'il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français. Cependant, il ressort de l'enquête de communauté de vie diligentée par les services de la préfecture le 22 juillet 2020 que la communauté de vie entre les époux n'a pas pu être établie. De plus, M. C fait valoir dans ses écritures que le couple s'est séparé dans le courant de l'année 2020. Enfin, si l'intéressé justifie qu'il a exercé une activité professionnelle de mai 2018 à novembre 2019, puis qu'il a travaillé en qualité d'intérimaire du mois d'août 2020 au mois de mai 2021, il ne se prévaut d'aucune attache privée ou familiale en France et n'établit pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et où réside sa mère. Par suite, et alors même que contrairement à ce que fait valoir la préfète en défense le mariage conclu par le requérant le 4 août 2016 ne serait pas frauduleux, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de ce qui a été dit au point 5, que la préfète de la Gironde, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, ait fait une appréciation manifestement erronée de la situation personnelle de M. C.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de l'arrêté du 29 juin 2021 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

La rapporteure,

M. I

La première conseillère

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

A. JAMEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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