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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201217

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201217

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMEAUDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 mars 2022, Mme B H, représentée par Me Méaude, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 décembre 2021 par lequel la préfète de la Gironde a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, le cas échéant, un récépissé portant autorisation de travail le temps du réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 13 décembre 2021 est insuffisamment motivé et révèle, de la part de la préfète, un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, dès lors que celle-ci se borne à se référer à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui n'est pas joint à la décision et est erroné ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'état de santé de sa fille mineure nécessite une prise en charge médicale dont elle ne peut bénéficier dans son pays d'origine ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le rapport médical du médecin instructeur de l'OFII comporte une erreur sur la pathologie dont souffre sa fille, de sorte que les informations sur lesquelles s'est fondé le collège des médecins pour rendre son avis étaient erronées ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Gélas, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. Mme H, ressortissante géorgienne née le 12 septembre 1995, est entrée en France le 1er avril 2019, accompagnée de son conjoint compatriote, M. E G, et de leurs deux enfants, C, née le 21 janvier 2014, et Andria, né le 26 août 2015. Le 27 mai 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant mineur étranger malade sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté en date du 13 décembre 2021, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par la présente requête, Mme H demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci mentionne les circonstances de fait propres à la situation de Mme H. Il se réfère en particulier à l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 31 août 2021 pour estimer que l'état de santé de l'enfant C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que celle-ci peut voyager et qu'il existe des soins adaptés dans son pays d'origine. L'arrêté détaille également la date d'entrée en France de l'intéressée, sa séparation avec son conjoint et la scolarisation de ses enfants. La circonstance que l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII ne serait pas joint ou serait erroné est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation formelle de l'arrêté contesté. Par suite, Mme H n'est pas fondée à soutenir que celui-ci serait insuffisamment motivé en fait. Il résulte de la motivation de l'arrêté en litige que la préfète de la Gironde a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de la requérante.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ".

4. Le rapport médical confidentiel du 12 août 2021 établi par le médecin rapporteur de l'OFII qualifie la troisième pathologie dont souffre la jeune C de " Q 613 Rein polykystique, sans précision ", alors même qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte rendu médical d'hospitalisation du 27 avril 2021 sur lequel ce médecin s'est fondé que celle-ci souffre d'une " polykystose hépatorénale très probable " devant être confirmée par une consultation génétique des parents. Toutefois, ce rapport médical, qui reflète l'état des connaissances médicales sur la pathologie de l'enfant au moment où il a été établi, fait bien état, au titre des éléments cliniques, de la polykystose hépatorénale hépatique de l'enfant, des atteintes tant au foie qu'aux reins que génère cette maladie, ainsi que du cavernome portal découvert en avril 2019. Dès lors, le moyen tiré de ce que ce rapport médical comporterait une erreur sur la pathologie dont souffre C manque en fait, et doit être écarté.

5. En troisième lieu, en application des dispositions précitées de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi allant dans le sens de ses conclusions. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Il ressort des termes de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 31 août 2021, produit en défense par la préfète de la Gironde, que l'état de santé de l'enfant C nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que celle-ci peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Pour contester cette appréciation, la requérante produit plusieurs certificats médicaux établissant tant l'absence de traitement curatif de la pathologie de C que la nécessité d'un suivi médical au long cours avec traitement des complications rénales et hépatiques éventuelles au fur et à mesure de leur apparition, la fréquence de ces examens de contrôle étant bi-annuelle. Toutefois, les certificats médicaux ainsi produits se bornent à faire état, tout comme l'avis de l'OFII, de la nécessité d'un suivi médical de l'intéressée. Si le centre médical pour enfants de F à Tbilissi fait état d'une absence " d'installations de recherche et de traitement de haute technologie en Géorgie ", ce certificat n'est pas suffisamment circonstancié pour remettre en cause, à lui seul, l'appréciation faite par le collège des médecins de l'OFII sur l'existence d'un traitement approprié dans le pays d'origine. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de séjour méconnaitrait les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, Mm H soutient qu'elle séjourne en France avec ses deux enfants, qui sont scolarisés sur le territoire national, qu'elle fait preuve de volonté d'intégration et s'exprime en français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'alors que la requérante ne justifie d'aucune insertion particulière et ne dispose d'aucuns liens privés et familiaux sur le territoire français à l'exception de ses enfants, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Géorgie. Eu égard à la présence récente sur le territoire national de la requérante et alors qu'elle ne justifie pas être isolée dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans, la décision de refus de séjour attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme H au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En cinquième lieu, dès lors que la mesure contestée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer les enfants de A H de cette dernière, elle ne porte pas atteinte à leur intérêt supérieur. Par suite, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme H n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2021.

Sur les autres conclusions :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées. Il en va de même de ses conclusions au titre des frais liés à l'instance dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B H et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

La rapporteure,

C. DE GÉLAS La première conseillère

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO

La greffière,

A. JAMEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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