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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201309

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201309

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantBOUKOULOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 et 22 mars et 21 août 2022, M. A C, représenté par Me Pharès Boukoulou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 février 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que le signataire de l'acte disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle ne mentionne pas les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ces dispositions n'exigent pas qu'il soit muni d'un visa de long séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française, qu'il justifie d'une communauté de vie de plus de six mois avec celle-ci et d'une entrée régulière en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle le prive de la possibilité de vivre sur le territoire national avec son épouse ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation pour les mêmes motifs ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il aurait pu bénéficier d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 211-2-1 de ce même code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 22 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 22 septembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Boukoulou, représentant M. C, présent,

- la préfète de la Gironde n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 20 novembre 1984, est entré sur le territoire national, selon ses déclarations, le 12 mars 2016. Il a sollicité, le 12 janvier 2021, son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 février 2022, dont M. C demande l'annulation, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible à tous, que M. D B, chef du bureau de l'admission au séjour des étrangers, bénéficiait, par arrêté du 16 septembre 2021 régulièrement publié le 17 septembre 2021, d'une délégation lui permettant de signer la décision en litige au nom de la préfète de la Gironde en l'absence du secrétaire général, du directeur des migrations et de l'adjointe de ce dernier. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. La décision du 10 février 2022 portant refus de titre de séjour mentionne les textes applicables à la situation du requérant, notamment l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987, entré en vigueur le 1er janvier 1994, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, la décision énumère les éléments de fait relatifs à la situation de M. C, fait état de sa situation personnelle et énonce les motifs pour lesquels la préfète a estimé qu'il ne pouvait obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ressort de la décision attaquée que la préfète de la Gironde a bien pris en compte, contrairement à ce qu'allègue le requérant, la nationalité française de son épouse. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée en fait et en droit et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, comme l'expose la décision attaquée, le requérant ne justifie pas du visa de long séjour prévu par les dispositions combinées des articles L. 412-1 et L. 423-1 le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète de la Gironde pouvait légalement refuser de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'une ressortissante française et n'a ainsi pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C a épousé une ressortissante française le 11 décembre 2021. Toutefois, les éléments produits par le requérant, notamment la copie de son avis d'impôt sur les revenus de 2021, l'attestation de titulaire de contrat établie le 26 octobre 2021 par un fournisseur d'électricité, qui ne mentionne que le nom de de son épouse, ainsi qu'un justificatif de sa prise en charge par l'assurance responsabilité civile de celle-ci, datée du 22 octobre 2021, ne permettent pas d'établir qu'à la date de l'arrêté contesté du 10 février 2022, il existait une vie commune de six mois en France, comme l'exigent les dispositions rappelées au point 7. En outre, le requérant ne démontre pas la régularité de son entrée en France, alors que son passeport fait seulement mention d'un visa C délivré par les autorités espagnoles et d'une entrée en Espagne le 12 mars 2016. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

10. Il ressort de ce qui a été énoncé au point 8 que si le requérant s'est marié avec une ressortissante française le 11 décembre 2021, il n'établit pas suffisamment, par les pièces produites, la réalité et l'ancienneté de la communauté de vie avec cette dernière. Il n'établit pas davantage, par les attestations peu circonstanciées produites, avoir noué des liens sociaux d'une particulière intensité sur le territoire français ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans et où résident toujours ses parents et ses deux frère et sœur. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les stipulations précitées en refusant de lui délivrer un titre de séjour et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La présidente-rapporteure

F. E

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau

A. LAHITTE

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2201309

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