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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201345

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201345

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantDIROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mars 2022, la société Bonnieu, représentée par Me Dirou, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle la préfète de la Gironde lui a infligé une amende de 4 000 euros pour le non-respect d’une mise en demeure datée du 17 août 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;
- le signataire ne justifie pas de sa compétence ;
- l’arrêté attaqué est le fruit d’une procédure irrégulière dès lors que la société requérante n’a pas été mise en demeure de présenter ses observations, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 171-8 du code de l’environnement ;
- elle n’a pas été informée de son droit d’accès à son dossier ;
- le montant de l’amende est excessif.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2023, le préfet de la région Aquitaine, préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Bonnieu ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’environnement ;
- l’arrêté du ministre de l’économie du 2 mai 2012 (NOR INDR1222901A) ;
- l’arrêté du ministre de l’écologie du 26 novembre 2012 (NOR DEVP1238447A) ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bilate,
- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public,
- et les observations de Me Dirou, représentant la société Bonnieu.


Considérant ce qui suit :

La société Bonnieu exploite une installation de stockage et de dépollution de véhicules hors d’usage (VHU) et de récupération de déchets de métaux sur la commune de Bouliac. Le 7 octobre 2021 une visite de l’inspection des installations classées a donné lieu à un rapport de manquements à plusieurs obligations des dispositions de l’arrêté du ministre de l’économie du 2 mai 2012 et de l’arrêté du ministre de l’écologie du 26 novembre 2012. Par un arrêté du 10 janvier 2022 dont la société requérante demande l’annulation, la préfète de la Gironde lui a infligé une amende de 4 000 euros.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
Aux termes de l’article L. 171-8 du code de l’environnement : « I. Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. En cas d'urgence, elle fixe, par le même acte ou par un acte distinct, les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement. II. Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : (…) / 4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 15 000 €, recouvrée comme en matière de créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine, et une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée. Les deuxième et dernier alinéas du même 1° s'appliquent à l'astreinte. / Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement. / L'amende ne peut être prononcée au-delà d'un délai de trois ans à compter de la constatation des manquements. / Les mesures mentionnées aux 1° à 4° du présent II sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé (…) ».

En ce qui concerne la légalité externe :

En premier lieu, la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 5 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2021-086 du même jour, donné délégation à M. Christophe Noël du Payrat, secrétaire général de la préfecture de la Gironde, à l’effet de signer « tous arrêtés (…) concernant les attributions de l’Etat dans le département de la Gironde », à l’exception de certaines matières dont ne relève pas l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

En deuxième lieu, l’arrêté attaqué vise notamment les dispositions de L. 171-8 du code de l’environnement relatif aux amendes administratives des installations classées, et expose que la société Bonnieu n’a pas déféré aux dispositions de l’arrêté préfectoral de mise en demeure du 17 août 2020, en rappelant les manquements et les atteintes à l’environnement. Contrairement à ce que soutient la société requérante, la décision contestée est motivée s’agissant de la proportionnalité de l’amende à la gravité des manquements constatés, dès lors que l’arrêté litigieux relève que « le montant de l’amende doit être proportionné à la gravité des manquements constatés et tenir compte des dommages à l’environnement ». Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de l’arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

En troisième lieu d’une part, la décision contestée mentionne qu’un courrier en date du 30 novembre 2021 a été adressé à la société requérante, l’informant de la sanction envisagée, de ses motifs et du délai dont elle disposait pour présenter ses observations, et que le rapport de l’inspection des installations classées lui a été transmis le même jour. Par un courrier daté du 17 décembre 2021, la société requérante a attesté avoir bien reçu ce courrier, et a présenté ses observations. Par suite, elle n’est pas fondée à soutenir qu’elle n’aurait pas été mise à même de présenter ses observations avant l’édiction de la décision litigieuse. D’autre part, la société Bonnieu soutient ne pas avoir été informée « de son droit d’accès aux éléments de son dossier justifiant l’amende ». Toutefois, outre que le rapport d’inspection présente de manière exhaustive les éléments sur lesquels se fonde l’administration pour prendre l’amende contestée, les dispositions précitées, pas plus qu’aucune autre disposition réglementaire, n’instituent pas un tel droit au profit de la personne visée par une sanction administrative de cette nature.

En ce qui concerne la légalité interne :

Il résulte de l’instruction que lors de sa visite du 7 octobre 2021, menée à la suite d’un premier contrôle réalisé le 15 juin 2020, l’inspection des installations classées a constaté que le nombre de VHU en 2020 était de 1730 pour un maximum de 800 autorisés, que la société requérante n’avait pas procédé au retrait des composants volumineux en plastique ni des verres des VHU, que des récipients ne portaient toujours pas en caractère lisible le nom des produits et lorsque nécessaire les symboles de danger, que les schémas des réseaux n’étaient en tout état de cause pas à jour, que des écoulements d’eau susceptible d’être polluée ne finissaient pas dans le réseau de récupération des eaux du site, que les hydrocarbures et mélanges étaient versés dans un récipient sans dispositif de rétention, que les véhicules n’étaient pas dépollués ni désassemblés conformément aux normes en vigueur, étant notamment au contact d’un sol perméable exposé aux intempéries. Si, par un courrier daté du 17 décembre 2021, la société requérante allègue avoir procédé aux corrections nécessaires, évoquant par ailleurs un constat d’huissier qu’elle ne produit pas, elle ne conteste pas la matérialité des faits relevés le 7 octobre 2021, déjà constatés le 15 juin 2020, et n’établit pas y avoir remédié. Compte tenu de la gravité et de la persistance des manquements constatés, et en dépit de ce qu’il s’agit de la première sanction administrative, le montant de l’amende infligée à la société Bonnieu n’est pas disproportionné.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation de l’arrêté en litige doivent être rejetées.




Sur les frais d’instance :

Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ».

Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont la société Bonnieu demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de la société Bonnieu est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Bonnieu et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Copie en sera adressée au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,
M. Bilate, premier conseiller,
M. Bourdarie, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.


Le rapporteur,

X. BILATE

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈS

La greffière,





M. A...

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière

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