mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201371 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mars 2022 et un mémoire enregistré le 23 septembre 2022, la société civile immobilière (SCI) Bertalis, représentée par Me Cornille, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2021 par lequel le maire du Porge s'est opposé à sa déclaration préalable de travaux, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux réceptionné le 13 novembre 2021 ;
2°) d'enjoindre au maire du Porge de lui délivrer un arrêté de non-opposition à sa déclaration préalable, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date de notification du jugement à intervenir
3°) de mettre à la charge de la commune du Porge la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la demande de pièces complémentaires n'a pas eu pour effet de proroger le délai d'instruction, de telle sorte qu'elle bénéficiait d'une décision tacite de non opposition à déclaration préalable ;
- à défaut de notification de la décision d'opposition à déclaration préalable dans le délai opposable, elle était titulaire d'une décision de non-opposition tacite que l'arrêté attaqué a eu pour effet de retirer ; en conséquence, il convenait de faire précéder ce retrait d'une procédure contradictoire ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- il méconnait les dispositions des article R. 111-37 et R. 111-38 du code de l'urbanisme, le projet portant sur l'extension d'une habitation légère de loisirs située dans un parc résidentiel de loisirs ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-39 du code de l'urbanisme, le mode de fixation des terrasses n'étant pas de nature à remettre en cause le caractère démontable et transportable de la construction ;
Par des mémoires enregistrés le 23 juin 2022 et le 18 novembre 2022, la commune du Porge, représentée par le cabinet HMS Atlantique Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Bertalis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 28 novembre 2022.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pouget, président,
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,
- les observations de Me Eizaga, substituant Me Cornille, représentant la société Bertalis,
- et les observations de Me Cordier-Amour, pour le cabinet HMS Atlantique Avocats, représentant la commune du Porge.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière Bertalis a déposé le 12 juillet 2021 une déclaration préalable de travaux en vue de la rénovation et de l'extension des terrasses du chalet n° 64*09 situé dans le domaine naturiste de la Jenny, sur la commune du Porge. Par un arrêté du 16 septembre 2021, dont la société Bertalis demande l'annulation, le maire du Porge s'est opposée à cette déclaration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " le délai d'instruction court à compter de la réception d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section 4 du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; () ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable naît à l'issue du délai d'instruction en l'absence de notification d'une décision expresse de l'administration. Cette notification intervient à la date à laquelle le demandeur accuse réception de la décision.
3. D'autre part, aux termes de l'article R*424-10 du code de l'urbanisme : " La décision accordant ou refusant le permis ou s'opposant au projet faisant l'objet de la déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception () ". Et aux termes de l'article L. 112-15 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsque l'administration doit notifier un document à une personne par lettre recommandée, cette formalité peut être accomplie par l'utilisation d'un envoi recommandé électronique au sens du même article L. 100 ou d'un procédé électronique permettant de désigner l'expéditeur, de garantir l'identité du destinataire et d'établir si le document a été remis. L'accord exprès de l'intéressé doit être préalablement recueilli. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le service instructeur a demandé le 26 juillet 2021 à la société requérante de produire des pièces complémentaires et que ces pièces ont été réceptionnées par le service le 16 août 2021. Le délai d'instruction de la demande de déclaration préalable expirait donc le 16 septembre 2021. Contrairement à ce que soutient la commune, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué ait fait l'objet d'une notification électronique régulière dans la mesure où, s'il a été joint à un courriel adressé le 16 septembre 2021 à M. A B, gérant de la société Bertalis, aucun accusé de réception ou élément attestant de sa remise effective le jour même n'est versé par la commune du Porge. En outre, si l'arrêté du 16 septembre 2021 a également été notifié par pli postal recommandé avec accusé de réception, il ressort du suivi d'envoi produit à l'instance que ce pli n'a été remis à La Poste que le 17 septembre 2021 et notifié à son destinataire le 23 septembre 2021, postérieurement à l'expiration du délai d'instruction. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir qu'elle était titulaire, à la date du 16 septembre 2021, d'une décision de non-opposition tacite que l'arrêté attaqué a eu pour effet de retirer.
5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure de contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ". Il résulte de ces dispositions que les décisions qui retirent une décision créatrice de droits doivent être motivées et que les personnes intéressées doivent avoir au préalable été mises à même de présenter leurs observations écrites.
6. Ainsi qu'il a été dit au point 4, la décision attaquée doit être regardée comme retirant la décision tacite de non-opposition dont bénéficiait la société Bertalis. Par suite, en application des dispositions précitées, cette décision ne pouvait intervenir sans que celle-ci ait été mise à même de présenter ses observations. Or, il est constant que la décision attaquée n'a été précédée d'aucune procédure contradictoire préalable. Il s'ensuit que la société requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise à la suite d'une procédure irrégulière au regard des dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.
7. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-37 du code de l'urbanisme : " Sont regardées comme des habitations légères de loisirs les constructions démontables ou transportables, destinées à une occupation temporaire ou saisonnière à usage de loisirs. ". Aux termes de l'article R. 111-38 du même code : " Les habitations légères de loisirs peuvent être implantées : / 1° Dans les parcs résidentiels de loisirs spécialement aménagés à cet effet ; / 2° Dans les villages de vacances classés en hébergement léger en application du code du tourisme ". Et aux termes de l'article R. 111-39 de ce code : " Les auvents, rampes d'accès et terrasses amovibles peuvent être accolés aux habitations légères de loisirs situées dans l'enceinte des lieux définis à l'article R. 111-38. / Ces installations accessoires, qui ne doivent pas être tenues au sol par scellement ou toute autre fixation définitive, doivent pouvoir être, à tout moment, facilement et rapidement démontables. "
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la nature juridique du domaine naturiste de la Jenny est celle d'un parc résidentiel de loisirs destiné à l'implantation d'unités d'habitations légères de loisirs, de maisons mobiles, et d'emplacements pour le stationnement et le garage des caravanes. Il ressort également de ces pièces, et notamment de l'acte notarié de cession du chalet 64*09 objet de la déclaration préalable en litige, en date du 19 décembre 2018, que celui-ci a été autorisé par un arrêté municipal du 15 mars 1993 relatif à la création, au sein du Domaine de la Jenny, de 73 emplacements destinés à recevoir des habitations légères de loisirs offrant chacune une unité d'hébergement.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le chalet 64*09 est posé sur des plots de compensation en béton assurant sa stabilité dans le sol sablonneux mais ne comporte pas de fondations. La seule circonstance que des travaux d'affouillement ou de désolidarisation soient nécessaires afin de démonter ou transporter le chalet ne suffit pas à lui faire perdre son caractère démontable et transportable. Par ailleurs, si les dispositions précitées définissent les installations accessoires aux habitations légères de loisir, telles que les terrasses amovibles, elles ne prescrivent pour celles-ci aucune dimension ou superficie maximale. Ainsi, la commune ne saurait tirer de la seule superficie totale des terrasses prévues par le projet que celui-ci méconnaît ces dispositions. Par ailleurs, il ne ressort pas des éléments du dossier de déclaration préalable que ces terrasses seraient définitivement scellées au sol et ne pourraient être aisément démontables, dès lors qu'elles apparaissent pour parties stabilisées au-dessus du niveau du sol par le même procédé que le chalet, dont il a été dit qu'il présente un caractère démontable, et pour partie posées au sol de plein pied. Par suite, le maire du Porge a commis une erreur d'appréciation en estimant que le projet méconnaît les dispositions des articles R. 111-37 et R. 111-39 du code de l'urbanisme.
10. Il résulte de ce qui précède que la société Bertalis est fondée à demander l'annulation de la décision du 21 septembre 2021 par laquelle le maire du Porge a retiré la décision de non-opposition tacite, et de la décision rejetant son recours gracieux. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est de nature, en l'état du dossier, à fonder cette annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2021 par lequel le maire de la commune du Porge a retiré la décision de non opposition tacite à déclaration préalable de la société Bertalis, implique nécessairement qu'il soit enjoint au maire de délivrer à la société requérante un certificat de non-opposition tacite à déclaration préalable, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Bertalis, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune du Porge demande au titre des frais exposés par elle non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune du Porge une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Bertalis et non compris dans les dépens.
DECIDE
Article 1er : La décision du 21 septembre 2021 est annulée, ainsi que la décision de rejet du recours gracieux de la société Bertalis.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune du Porge de délivrer à la société Bertalis un certificat de non opposition tacite à déclaration préalable, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune du Porge versera une somme de 1 500 euros à la société Bertalis en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Bertalis et à la commune du Porge.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
Le président rapporteur,
L. POUGET
L'assesseur le plus ancien,
L. JOSSERAND
La greffière,
S. FERMIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026