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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201452

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201452

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CAROLINE LAVEISSIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 mars 2022, 18 avril 2023, 23 juin 2023 et 28 juin 2023 l'Union des syndicats CGT du groupe Caisse des dépôts (USCD CGT) demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 4 et 5 novembre 2021 modifiant l'arrêté du 7 janvier 2019 relatif à la composition du comité local unique de Bordeaux de la Caisse des dépôts et consignations, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux.

L'Union des syndicats CGT du groupe Caisse des dépôts soutient que :

- elle dispose d'un intérêt à agir ;

- elle n'a pas été sollicitée pour désigner les remplaçants des candidats démissionnaires du comité local unique de Bordeaux, en méconnaissance des dispositions de l'article 16 du décret du 15 février 2011 modifié relatif aux comités techniques dans les administrations et les établissements publics de l'Etat et des dispositions statutaires du syndicat CGT de l'établissement public Caisse des dépôts qui prévoit sa subordination à l'USCD CGT ;

- la désignation des représentants méconnaît l'article 6F des dispositions statutaires de la CGT CDC dès lors qu'elle incombait au secrétaire de la section syndicale et non au secrétaire général du syndicat ;

- les candidatures des remplaçants désignés ne sont pas conformes aux dispositions de l'article 16 du décret du 15 février 2011 ;

- la désignation de Mme D est illégale en ce qu'elle a présenté sa démission en qualité de titulaire en avril 2021 et ne saurait donc être réélue au sein du même comité durant le même cycle électoral ;

- la désignation de M. I est illégale en ce qu'il est le représentant de l'organisation syndicale autonome SNUP FSE de l'établissement de Bordeaux de la caisse des dépôts et figure sur la liste des délégués syndicaux de cette organisation, laquelle n'a recueilli aucun siège ;

- les candidatures méconnaissent les exigences de parité de genre dans les instances et l'équilibre entre les différents statuts d'emplois représentés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 février 2023, 22 mai 2023 et 31 juillet 2023, la Caisse des Dépôts et Consignations, représentée par Me Lejeune et Me Salat- Baroux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'USCD CGT la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'USCD CGT ne justifie pas d'un intérêt pour agir dès lors qu'elle n'a déposé aucune liste à l'occasion des élections 2018-2022 du comité local unique de Bordeaux et que les arrêtés attaqués, qui constituent des décisions individuelles, ne portent pas atteinte aux intérêts qu'elle défend, lesquels se limitent à la coordination des CGT au niveau du groupe ;

- la mention " USCD CGT " sur les documents électoraux désigne seulement l'affiliation de la CGT CDC et est, en tout état de cause, une erreur matérielle ;

- les autres griefs soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par des mémoires en intervention, enregistrés les 22 mai 2023 et 31 juillet 2023, le syndicat CGT de l'établissement public Caisse des dépôts (CGT CDC), représenté par Me Laveissière, demande que le tribunal rejette la requête de l'USCD CGT et qu'il soit mis à sa charge la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il s'associe aux griefs développés en défense et fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que le comité local unique de Bordeaux a fait l'objet d'un renouvellement général par arrêté du 13 février 2023 ;

- M. K ne justifie pas de sa qualité à agir pour le compte de l'USCD CGT dès lors que, suite à la rupture d'adhésion de la CGT CDC à l'USCD CGT le 14 novembre 2020, il ne pouvait plus être valablement élu dans cette dernière instance ;

- elle n'est plus adhérente à l'USCD CGT depuis le 14 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 11 juillet 1983 ;

- le décret n°98-596 du 13 juillet 1998 modifié par le décret n°2018-449 du 5 juin 2018 ;

- le décret n°2011-184 du 15 février 2011 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zuccarello, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Denys, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lejeune pour la Caisse des dépôts et consignations et de Me Roncin pour le syndicat CGT de l'établissement public Caisse des dépôts.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 juillet 2018, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations a institué un comité local unique au sein de l'établissement de Bordeaux. La composition de ce comité a été fixée par un arrêté du 7 janvier 2019 après élections des délégués du personnel. Suite aux démissions de plusieurs titulaires et suppléants, le directeur général de la caisse des dépôts et consignations a sollicité auprès de la CGT de l'établissement Caisse des dépôts (CGT CDC), organisation syndicale dont les démissionnaires étaient issus, de lui soumettre pour désignation d'autres représentants. Par des arrêtés signés les 4 et 5 novembre 2021 modifiant l'arrêté du 7 janvier 2019, le directeur a désigné M. L B et M. C J en qualité de membres titulaires et Mme E F, M. H I et Mme A D en qualité de membres suppléants. Par un courriel du 10 novembre 2021, l'Union syndicale CGT du groupe Caisse des dépôts (USCD CGT), à laquelle était affiliée la CGT CDC, a sollicité auprès du directeur le retrait de ces arrêtés, à l'exclusion de celui désignant M. B, au motif qu'elle aurait été la seule organisation syndicale habilitée à désigner les représentants du personnel " CGT ". Par une requête enregistrée le 10 mars 2022, l'USCD CGT demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur la recevabilité de l'intervention :

2. Le syndicat CGT de l'établissement public Caisse des dépôts et consignations justifie d'un intérêt suffisant au maintien des arrêtés litigieux. Ainsi, son intervention en défense est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article 16 du décret du 15 février 2011 relatif aux comités techniques dans les administrations et les établissements publics de l'Etat, alors en vigueur : " Il est obligatoirement mis fin au mandat d'un représentant du personnel lorsqu'il démissionne de son mandat ou qu'il ne remplit plus les conditions fixées par l'article 18 du présent décret ou qu'il est placé dans une des situations prévues à l'article 20 lui faisant perdre sa qualité de représentant / Le remplaçant est nommé pour la durée du mandat restant à courir / Les modalités de remplacement sont les suivantes : / 1° En cas d'élection au scrutin de liste, lorsqu'un représentant titulaire élu du personnel se trouve dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, il est, sur désignation de l'organisation syndicale ayant présenté la liste, remplacé par un des suppléants élus au titre de la même liste / Lorsqu'un représentant suppléant se trouve dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, il est remplacé par un des candidats non élu restant de la même liste selon les mêmes modalités / Lorsque l'organisation syndicale ayant présenté une liste se trouve dans l'impossibilité de pourvoir dans les conditions prévues aux deux alinéas précédents aux sièges de titulaires ou de suppléants auxquels elle a droit, elle désigne son représentant, pour la durée du mandat restant à courir, parmi les agents relevant du périmètre du comité technique éligibles au moment de la désignation / 2° En cas d'élection au scrutin sur sigle ou de désignation en application des dispositions de l'article 14, lorsqu'un représentant du personnel titulaire ou suppléant nommé sur proposition d'une organisation syndicale se trouve dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, il est remplacé par un représentant désigné dans les mêmes conditions ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 21 du décret du 15 février 2011 précité : " I. ' Les candidatures sont présentées par les organisations syndicales qui, dans la fonction publique de l'Etat, remplissent les conditions fixées au I de l'article 9 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée. /Les candidatures peuvent être communes à plusieurs organisations syndicales ". Aux termes de l'article 9 bis de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur : : " I. - Peuvent se présenter aux élections professionnelles / 1° Les organisations syndicales de fonctionnaires qui, dans la fonction publique où est organisée l'élection, sont légalement constituées depuis au moins deux ans à compter de la date de dépôt légal des statuts et satisfont aux critères de respect des valeurs républicaines et d'indépendance / 2° Les organisations syndicales de fonctionnaires affiliées à une union de syndicats de fonctionnaires qui remplit les conditions mentionnées au 1° / Pour l'application du 2°, ne sont prises en compte en qualité d'unions de syndicats de fonctionnaires que les unions de syndicats dont les statuts déterminent le titre et prévoient l'existence d'organes dirigeants propres désignés directement ou indirectement par une instance délibérante et de moyens permanents constitués notamment par le versement de cotisations par les membres / Toute organisation syndicale ou union de syndicats de fonctionnaires créée par fusion d'organisations syndicales ou d'unions de syndicats qui remplissent la condition d'ancienneté mentionnée au 1° est présumée remplir elle-même cette condition / Les organisations affiliées à une même union ne peuvent présenter des listes concurrentes à une même élection / Les contestations sur la recevabilité des candidatures déposées sont portées devant le tribunal administratif compétent dans les trois jours qui suivent la date limite du dépôt des candidatures. Le tribunal administratif statue dans les quinze jours qui suivent le dépôt de la requête. L'appel n'est pas suspensif ".

5. En premier lieu, l'USCD CGT soutient qu'elle était l'auteure de la liste de candidats aux élections du comité local unique de décembre 2018 et que le directeur de la Caisse des dépôts aurait dû à ce titre la solliciter et non, comme il l'a fait, solliciter la CGT CDC. Il résulte toutefois de l'instruction que M. C J, en qualité de secrétaire général du syndicat CGT de l'établissement public de la Caisse des dépôts a déposé une liste de candidats pour le compte de la CGT. Si l'USCD CGT fait valoir que cette liste comporte la mention " Union des Syndicats CGT du groupe Caisse des Dépôts ", il ressort dudit document que cette mention, entre parenthèses, a pour seule fin de matérialiser l'affiliation de la CGT CDC à l'union syndicale. Il ne résulte pas de l'instruction que la paternité de cette liste ait été contestée, le directeur de la Caisse des dépôts et consignations ayant par ailleurs sollicité, dès décembre 2019, la CGT CDC aux fins de désigner un remplaçant à un représentant démissionnaire du comité local unique. La circonstance que certains candidats de la liste aient pu croire s'être présentés sur une liste de l'USCD CGT n'est pas de nature à faire regarder cette liste comme ayant effectivement été déposée par l'union syndicale. Par suite, le grief tiré de ce que l'organisation syndicale ayant présenté la liste dont sont issus les démissionnaires n'aurait pas été sollicitée doit être écarté.

6. En second lieu, l'USCD CGT ne saurait se prévaloir de la méconnaissance par la CGT CDC de ses propres statuts lors de la désignation de représentants dès lors que ces règles sont purement internes au syndicat.

7. En troisième lieu, l'USCD CGT fait valoir que les candidatures des représentants désignés ne sont pas conformes aux critères énumérés par l'article 16 du décret du 15 février 2011 précité. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la CGT CDC devait d'abord vérifier la disponibilité des suppléants élus et candidats non élus sur la liste qu'elle avait soumise et dont étaient issus les démissionnaires. Il résulte de l'instruction que par un mail du 4 novembre 2021, la CGT CDC a constaté, après les avoir consulté, qu'aucun suppléant ni candidat non élu sur sa liste n'était disponible et a désigné des candidats qu'elle estimait relever du périmètre du comité technique et éligibles au moment de la désignation. D'une part, la circonstance que M. J aurait été affecté à Paris lors des élections de 2018 est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux dès lors qu'il n'est pas contesté qu'il était rattaché à l'établissement public de Bordeaux à la date de sa désignation. D'autre part, l'USCD CGT soutient que la démission, en avril 2021, de Mme D de sa fonction de titulaire fait obstacle à sa désignation en qualité de suppléante au sein du même comité au cours du même cycle électoral. Toutefois, il ne ressort d'aucun principe ni d'aucune disposition réglementaire ou législative qu'une démission au sein d'un organisme consultatif professionnel ferait obstacle à la désignation ultérieure de son bénéficiaire à une autre fonction au sein de ce même organisme. L'USCD CGT ne saurait en outre se prévaloir des dispositions de l'article L.2121-4 du code général des collectivités territoriales, lesquelles ne s'appliquent pas à des élections professionnelles. Enfin, l'USCD CGT fait valoir que la désignation de M. I ne respecte pas les principes démocratiques en ce qu'il est affilié au syndicat SNUP FSE, qui n'a pas remporté de siège lors des élections de 2018. Toutefois, les dispositions de l'article 16 du décret du 15 février 2011 conditionnent seulement la désignation, à titre subsidiaire, du représentant au périmètre du comité technique à son caractère éligible et non à son affiliation syndicale. Par suite, le grief tiré de ce que les dispositions de l'article 16 du décret du 15 février 2011 auraient été méconnues doit être écarté.

8. En dernier lieu, l'USCD CGT soutient que les candidatures des représentants désignés méconnaissent les exigences de parité de genre dans les instances et l'équilibre entre les différents statuts d'emplois représentés. S'il résulte des dispositions de la loi du 13 juillet 1983 et du décret du 13 juillet 1998 modifié que les candidatures aux élections professionnelles sont notamment soumises à des exigences de parité, il ne résulte pas des dispositions de l'article 16 du décret du 15 février 2011 que les représentants désignés en remplacement de candidats élus doivent respecter des critères particuliers en matière de parité de genre ou d'équilibre de représentation entre les différents statuts d'emplois. Par suite, l'USCD CGT ne saurait se prévaloir de la méconnaissance de telles exigences.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense et en intervention, que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés des 4 et 5 novembre 2021 de l'Union des syndicats CGT du groupe Caisse des dépôts doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Le syndicat CGT de l'établissement public Caisse des dépôts, intervenant en défense, n'étant pas partie à la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à la condamnation de l'Union des syndicats CGT du groupe Caisse des dépôts et consignations à lui verser la somme qu'il demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Union des syndicats CGT du groupe Caisse des dépôts et consignations la somme de demandée par la Caisse des dépôts et consignation sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention du syndicat CGT de l'établissement public Caisse des dépôts et consignations est admise.

Article 2 : La protestation de l'Union des syndicats CGT du groupe Caisse des dépôts et consignations est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'Union des syndicats CGT du groupe Caisse des dépôts, au syndicat CGT de l'établissement public Caisse des dépôts et à la Caisse des dépôts et consignations.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme Jaouën, première conseillère,

- Mme Caste, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2024.

La présidente-rapporteure,

F. ZUCCARELLO

L'assesseure la plus ancienne,

S. JAOUËN

La greffière,

M. G

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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