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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201470

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201470

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201470
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBALTAZAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2022, la société par actions simplifiées Compagnie Financière d'Aquitaine, représentée par Me Baltazar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le maire de Bruges lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif pour la réalisation de logements collectifs et de commerces, après démolition du bâti existant, sur les parcelles cadastrées section AZ n°s 7, 8, 9, 10 et 225, situées 423 route du Médoc ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel positif pour ce projet dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bruges la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le certificat d'urbanisme est signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache à l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 25 novembre 2021 ;

- il est entaché d'une erreur de droit, une éventuelle révision des règles d'urbanisme applicables à un terrain ne permettant pas de s'opposer à la réalisation d'un projet et donc de délivrer un certificat d'urbanisme négatif.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2022, la commune de Bruges, représentée par la cabinet HMS Atlantique Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 4 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêt n° 20BX00168 de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 25 novembre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,

- les observations de Me Baltazar, représentant la société requérante,

- et les observations de Me Cordier-Amour, représentant la commune de Bruges.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 juillet 2018, le maire de Bruges a délivré à la société Compagnie Financière d'Aquitaine un certificat d'urbanisme opérationnel négatif pour un projet portant sur la réalisation de logements collectifs et de commerces, après démolition du bâti existant, sur les parcelles cadastrées section AZ n°s 7, 8, 9, 10 et 225, situées 423 route du Médoc. Cette décision a été annulée par un arrêt n° 20BX00168 de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 25 novembre 2021 devenu définitif. Le 29 novembre 2021, la société pétitionnaire a maintenu sa demande initiale. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le maire de Bruges lui a de nouveau délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif pour son projet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 153-23 du code de l'urbanisme : " Lorsque le plan local d'urbanisme porte sur un territoire couvert par un schéma de cohérence territoriale approuvé, il est exécutoire dès lors qu'il a été publié et transmis à l'autorité administrative compétente de l'État dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales ". Aux termes de l'article L. 153-44 du même code : " L'acte approuvant une modification devient exécutoire dans les conditions définies aux articles L. 153-23 à L. 153-26 ".

3. Il ne résulte d'aucune disposition ni d'aucun principe que la décision de modifier un plan local d'urbanisme ouvrirait une quelconque possibilité pour le maire de refuser la délivrance d'un permis de construire ou d'opposer un certificat d'urbanisme opérationnel négatif. Dans ces conditions, en application des dispositions citées au point précédent, le maire de Bruges ne pouvait légalement, pour délivrer le 27 janvier 2022 le certificat d'urbanisme opérationnel négatif en litige, se fonder sur la onzième modification du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole, dont il est constant qu'elle n'était pas exécutoire à cette date.

4. En second lieu, l'autorité de chose jugée s'attachant au dispositif d'un arrêt, devenu définitif, annulant un certificat d'urbanisme opérationnel négatif ainsi qu'aux motifs qui en sont le support nécessaire fait obstacle à ce que, en l'absence de modification de la situation de droit ou de fait, l'opération prévue par la demande de certificat d'urbanisme soit refusée par l'autorité administrative ou que le certificat d'urbanisme soit annulé par le juge administratif pour un motif identique à celui qui avait été censuré.

5. Dans son arrêt du 25 novembre 2021, la Cour administrative d'appel de Bordeaux a considéré, d'une part, que la seule circonstance que les accès n'auraient pas respecté l'article 3.2.2 du règlement de la zone UM14 du PLU n'est pas de nature à justifier la délivrance du certificat d'urbanisme négatif du 25 juillet 2018 et, d'autre part, que le maire ne pouvait légalement se fonder sur la délibération du 28 juin 2018 qui a seulement eu pour objet d'intégrer le secteur de la route du Médoc à un " périmètre de maîtrise du développement urbain " et ne reflète qu'un souhait de la commune de voir les droits à construire restreints dans cette zone.

6. Il ressort des pièces du dossier que le certificat d'urbanisme opérationnel négatif en litige délivré le 29 novembre 2021 par le maire de Bruges se fonde sur la délibération du 28 juin 2018 et sur la 11ème modification du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole, qui intègre le changement de zonage des fonciers de la route du Médoc " dans la poursuite de la délibération municipale susvisée ".

7. Ce faisant, et dès lors que la onzième modification du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole n'était pas entrée en vigueur ainsi que dit au point 3, le maire de Bruges ne justifie d'aucune modification de la situation de fait ou de droit lui permettant de refuser l'opération prévue par le certificat d'urbanisme opérationnel concerné pour le même motif tiré de l'objectif de maîtrise de l'urbanisation dans le secteur au regard de la délibération du 28 juin 2018, sans méconnaître l'autorité de la chose jugée qui s'attache au dispositif de l'arrêt de la cour administrative d'appel et aux motifs qui en sont le support nécessaire.

8. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 27 janvier 2022 doit être annulé. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 18 juin 2018, le maire de Bruges a délivré à la société Compagnie Financière d'Aquitaine un certificat d'urbanisme opérationnel positif pour le projet en cause. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de prononcer une quelconque injonction à son endroit.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Compagnie Financière d'Aquitaine, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Bruges demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Bruges une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance exposés par la société Compagnie Financière d'Aquitaine en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Bruges du 27 janvier 2022 est annulé.

Article 2 : La commune de Bruges versera à la société Compagnie Financière d'Aquitaine une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Compagnie Financière d'Aquitaine et à la commune de Bruges.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.

Le rapporteur,

L. A Le président,

L. POUGET

La greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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