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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201642

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201642

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201642
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJOUTEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 mars, 24 mars et 27 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Jouteau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'arrêté attaqué doit en effet être substitué à la décision implicite qu'il attaquait ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle : il justifie de l'obtention du baccalauréat général session 2022 avec la mention assez bien et son admission dans une école d'ingénieur à Saint-Etienne.

Par un mémoire enregistré le 29 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'elle a pris un arrêté le 16 mai 2022, qui s'est substitué à la décision implicite attaquée, de sorte qu'il convient de prononcer un non-lieu contre la première décision. Aucun autre moyen n'est fondé.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme de Paz, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité vietnamienne, né le 12 août 2003, est entré en France le 24 août 2019, à l'âge de 16 ans, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C valable jusqu'au 14 décembre 2019. Le 17 mai 2021, il a demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais la préfète a aussi instruit sa demande au regard de l'article L. 422-1 de ce code. Dans la présente instance et dans ses dernières écritures, il demande l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a refusé un titre de séjour, lequel arrêté s'est substitué à la décision implique de rejet née le 17 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il précise les éléments déterminants qui ont conduit la préfète de la Gironde à refuser de lui délivrer un titre de séjour et indique à cet égard les conditions d'entrée et de séjour en France du requérant ainsi que sa situation administrative, personnelle et familiale et précise en outre, les motifs pour lesquels la préfète lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, la décision en litige comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. M. A fait valoir qu'il est arrivé en France à l'âge de seize ans après avoir été confié à sa tante et à son oncle, chez lesquels il réside. Il fait également valoir qu'il a été scolarisé en France dès son arrivée. Toutefois, alors même qu'il aurait réussi sa scolarité au lycée, et qu'il réside effectivement chez sa tante paternelle depuis presque trois ans à la date de la décision attaquée, il est désormais majeur, célibataire et sans enfant et ne démontre pas avoir noué, sur le territoire français, des liens personnels d'une particulière intensité. Il ne justifie pas davantage entretenir de lien avec son frère qui réside dans le département des Hauts-de-Seine ni d'une intégration particulière, professionnelle ou sociale, dès lors que sa réussite au baccalauréat et son admission en première année d'école d'ingénieur à Saint-Etienne sont postérieures à l'arrêté attaqué et sont, par conséquent, sans influence sur sa légalité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A dispose d'attaches au Vietnam où résident ses parents et un frère ou une sœur et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de seize ans. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent ainsi être écartés. En outre, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a refusé un titre de séjour. Ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées au titre de ses frais d'instance doivent être écartées par voie de conséquence.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme De Paz, première conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

La rapporteure,

D. de PAZ

La présidente,

F. ZUCCARELLO

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°220164

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