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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201670

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201670

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCESSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2022, Mme C F, représentée par Me Cesso, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision est signée par une autorité incompétente ;

- faute de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la préfète ne justifie ni de la signature de cet avis ni de ce que le médecin rapporteur n'aurait pas siégé au sein du collège ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'elle ne peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé ; les maladies psychiatriques ne sont pas prises en charge au Nigéria, en raison de l'absence d'infrastructures ; en tout état de cause, les traitements ont un coût ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle vit en France depuis 2014 et n'est pas défavorablement connue des forces de l'ordre ; elle suit des cours de français ;

- pour les mêmes motifs, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de l'ancienneté de son séjour en France et de son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, compte tenu de l'ancienneté de son séjour, de son intégration et des soins nécessaires à son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La première conseillère faisant fonction de présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,

- et les observations de Me Esseul, représentant Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C F, ressortissante nigériane, née le 26 octobre 1972, est entrée irrégulièrement en France le 1er juillet 2014 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a fait l'objet d'une décision de refus par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 janvier 2016, qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 décembre 2016. Par un arrêté du 20 mars 2017, Mme F a fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 15 mars 2021, Mme F a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions désormais codifiées aux articles L. 425-9, L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 août 2021, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par la présente requête, Mme F demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 5 mai 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2021-086 du même jour, donné délégation à M. A D, directeur des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, notamment, toutes décisions prises en application des dispositions législatives et réglementaires du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que toutes décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B du Payrat, de Mme E et de Mme H. Il ne ressort pas des pièces du dossier, que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) émis le 8 juin 2021 a été signé par les membres du collège au sein duquel ne siégeait pas le médecin-rapporteur. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi allant dans le sens de ses conclusions. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Il ressort de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 juin 2021 que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester cet avis, Mme F, qui a levé le secret médical, fait valoir qu'elle présente un syndrome anxio-dépressif. Elle produit deux certificats médicaux établis par des médecins généralistes le 10 avril 2018 et le 16 décembre 2020 aux termes desquels son état de santé nécessite des soins médicaux et la prise d'un traitement, une attestation du 14 septembre 2021 qui indique que l'intéressée fait l'objet d'un suivi psychologique depuis le 4 mai 2021 et qu'elle présente des épisodes dépressifs ponctuels ainsi qu'un besoin important de poursuivre ce suivi et un certificat médical du 17 septembre 2021 aux termes duquel la requérante présente un état anxio-dépressif avec des troubles de l'adaptation. S'il ressort de l'attestation d'accompagnement psychologique, établie le 23 mai 2017 par une psychologue, que l'intéressée présente des troubles du sommeil et un sentiment de désespoir " ainsi que des idées noires liées à l'envie de mourir " suite à des évènements traumatiques qu'elle aurait subis, cette attestation, à la fois ancienne et isolée, apparait, au surplus, rédigée en des termes trop peu circonstanciés pour avoir un caractère probant. Dans ces conditions, s'il ressort des pièces du dossier que l'état de santé de Mme F nécessite des soins, les éléments produits ne permettent pas, à eux seuls, de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII selon lequel le défaut de prise en charge de son état de santé ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de séjour méconnaîtrait les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme F, qui est célibataire et sans charge de famille, ne présente pas d'attaches personnelles et familiales stables sur le territoire national, en dépit de sa résidence en France depuis 2014 où elle s'est maintenue irrégulièrement suite à plusieurs mesures d'éloignements qu'elle n'a pas exécutées. De plus, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée n'est pas isolée dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 41 ans et où réside toujours sa fratrie. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

10. Eu égard notamment aux éléments développés aux points 6 et 8, Mme F ne justifie ni de circonstances humanitaires, ni de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en refusant de l'admettre au séjour, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu ces dispositions.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard de ce qui a été dit aux points précédents, que la préfète de la Gironde ait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences susceptibles de résulter pour la situation personnelle de Mme F du refus de titre de séjour litigieux.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme F à fin d'annulation de l'arrêté du 3 août 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application combinées des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

La rapporteure,

M. G

La première conseillère

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

A. JAMEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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