mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201799 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | PORNON-WEIDKNNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 29 mars 2022 et 20 mai 2022, M. H G, représenté par Me Pornon-Weidknnet, avocat, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer dans le même délai sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence de son signataire ;
- la préfète de la Gironde ne pouvait considérer comme irrecevable sa demande de titre de séjour alors que les autorités françaises reconnaissent son identité depuis plus de 20 ans, qu'il a produit à l'appui de sa demande son acte d'état civil guinéen et son certificat de nationalité et qu'il lui a été remis plusieurs récépissés de demande de titre ;
- la préfète de la Gironde a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) au regard de la présence en France de ses deux filles de nationalité française dont il contribue à l'éducation et à l'entretien dans la mesure de ses moyens ;
- elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et l'homme et des libertés fondamentales ;
- sa situation répond à des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du CESEDA ;
- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Molina-Andréo, première conseillère ;
- et les observations de Me Pornon-Weidknet, représentant M. G.
Considérant ce qui suit
1. M. H G, ressortissant guinéen né le 2 octobre 1966, est entré irrégulièrement en France en avril 2018 selon ses déclarations. Le 12 juin 2018, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfants français, sur le fondement des dispositions désormais codifiées à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Par la présente requête, M. G demande l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
2. M. E C, chef de bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté attaqué, disposait en application d'un arrêté du 26 août 2021 régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs n° 33-2021-161 de la préfecture, d'une délégation de signature de la préfète de la Gironde en l'absence de M. A du Payrat, de M. F, de Mme B et de M. D pour signer les décisions prises sur le fondement des articles prévues aux livres II, IV, V, VI, VII et VIII du CESEDA, parmi lesquelles figurent les décisions en litige. Il n'est pas établi que ces agents n'auraient pas été absents ou empêchés le jour de la signature de l'acte contesté. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. Pour refuser de délivrer à M. G un titre de séjour, la préfète de la Gironde s'est fondée sur la consultation du fichier Visabio, effectuée à partir du relevé des empreintes digitales de l'intéressé, qui a révélé, par correspondance de ses empreintes digitales et par comparaison de sa photographie, que ce dernier avait sollicité le 6 octobre 2017 un visa C auprès des autorités françaises basées à Dakar (Sénégal) en présentant un passeport original au nom de M. H G né le 10 juillet 1974 de nationalité sénégalaise dont l'authenticité n'a pas été remise en cause par les autorités consulaires. En se bornant à produire, dans la présente instance, son passeport de la République de Guinée, valable du 2 mai 2018 au 2 mai 2023, ainsi que des photocopies d'un certificat de nationalité établi à une date illisible par le juge de paix de Koundara et d'un extrait du registre de l'état civil de la commune de Koundara du 23 avril 2018, dont les tampons apparaissent illisibles et qui n'ont pas fait l'objet d'une légalisation par les autorités consulaires françaises, le requérant ne justifie pas de son état civil. Dans ses conditions, la préfète de la Gironde a pu légalement estimer que les documents d'état civil produits à l'appui de la demande de titre de séjour n'étaient pas conformes à la règlementation en vigueur, quand bien même le requérant avait bénéficié de récépissés de demande de titre à raison du caractère complet de son dossier.
4. Aux termes de l'article L. 423-7 du CESEDA : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
5. Les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du CESEDA réservent la délivrance d'un titre de séjour à l'étranger parent d'un enfant français mineur résidant en France. Or, il ressort des pièces du dossier que les filles de M. G sont nées les 26 janvier 2000 et 21 juin 2002 et qu'elles étaient donc majeures à la date de l'arrêté attaqué du 1er décembre 2022. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du CESEDA ne peut qu'être écarté comme inopérant.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. G soutient qu'après plusieurs séjours en France depuis 1998, il est entré en dernier lieu en 2018 sur le territoire national et qu'il participe depuis lors à l'éducation et à l'entretien de ses filles de nationalité française. Toutefois, les pièces du dossier et en particulier les attestations produites, compte tenu des termes imprécis dans lesquels elles sont rédigées, ne permettent pas d'établir l'existence et l'intensité de la relation qu'aurait le requérant avec ses enfants majeurs. Si le requérant établit avoir versé de janvier 2021 à avril 2022 des virements à une de ses filles pour un montant d'environ 1 000 euros, ces virements, dont une partie est au demeurant postérieure à la date de la décision attaquée à laquelle s'apprécie sa légalité, ne permettent pas d'établir que le requérant aurait effectivement et régulièrement fait bénéficier ses enfants majeurs non autonomes d'un soutien financier pendant une période significative. La circonstance que M. G ait bénéficié pendant six mois d'un contrat de travail en qualité de chauffeur-mécanicien poids lourds de janvier à juin 2020 interrompu en raison de l'épidémie de Covid-19 et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche en qualité de mécanicien ne permet pas de démontrer qu'il disposerait des qualifications et expériences requises pour cet emploi. Dans ces conditions, et alors que M. G n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident toujours ses parents, la préfète de la Gironde, en prenant l'arrêté en litige, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. L'arrêté attaqué n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de la Gironde n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de la requérante.
8. Aux termes de l'article L. 435-1 du CESEDA : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
9. Au soutien du moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du CESEDA en ce qu'il justifierait de considérations humanitaires et de motifs exceptionnels, M. G reprend les mêmes arguments que ceux développés au soutien des moyens précédemment examinés. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, ce moyen doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 1er décembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1 : La requête de M. G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H G et à la préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Pauziès, président,
- M. Béroujon, premier conseiller,
- Mme Molina-Andréo, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
B. MOLINA-ANDRÉOLe président,
J-C. PAUZIÈS
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2201799
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026