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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201808

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201808

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201808
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCHAMBERLAND-POULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Chamberland-Poulin, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 août 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a implicitement refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer en toute hypothèse une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision implicite est entachée d'un défaut de motivation, dès lors que la préfète de la Gironde ne lui en a pas communiqué les motifs malgré son courrier de relance reçu le 29 septembre 2021 ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La requête a été régulièrement communiquée à la préfète de la Gironde qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 30 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er août 2022.

Mme B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 janvier 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Julien Dufour, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de rapporteur public en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 10 février 2001, a sollicité auprès de la préfecture de la Gironde, par courrier déposé le 15 avril 2021, le bénéfice d'un titre de séjour en sa qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 15 août 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du CESEDA : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. La décision refusant la délivrance d'une carte de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 232-4 du même code, il est loisible à l'étranger auquel est opposé tacitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

4. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1, que Mme B a sollicité son admission au séjour par un courrier déposé en préfecture le 15 avril 2021 et que le silence gardé par la préfète de la Gironde pendant quatre mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 15 août 2021. Si la requérante a, par courrier du 28 septembre 2021, " demand[é] des informations concernant [son] dossier de demande de titre de séjour ", elle ne peut être regardée comme ayant ce faisant sollicité la communication des motifs de la décision implicite du 15 août 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " Les ressortissants étrangers mentionnés à l'article L. 200-5 peuvent se voir reconnaître le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 233-2. ". Aux termes de l'article L. 200-5 du même code : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L. 200-4 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes : / () 3° Étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne. " Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. / () ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () ".

6. Mme B fait état de la présence en France de son grand-père de nationalité italienne, reconnu par un tribunal italien comme étant son tuteur légal et avec lequel elle vit en France depuis 2015. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, et en particulier des justificatifs de versement de retraite au grand-père de Mme B de l'ordre de 906,81 euros par mois, que ce dernier aurait disposé à la date de la décision attaquée pour lui et pour les membres de sa famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Il n'est dès lors pas établi que le grand-père de Mme B aurait rempli les conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1. Par voie de conséquence, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle pourrait se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 233-3 du CESEDA.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. A l'appui de son moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme B soutient qu'elle séjourne en France depuis 2014, qu'elle y est scolarisée depuis la cinquième et qu'y résident également ses grands-parents. Toutefois, Mme B ne produit aucun document permettant d'attester de sa présence en France au cours des années scolaires 2016/2017, 2018/2019 et 2019/2020. Il n'est pas indiqué par les pièces du dossier à quel titre le grand-père de la requérante, décédé depuis décembre 2021, disposait, à la date de la décision attaquée, d'un droit au séjour sur le territoire français. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme B, qui est célibataire et sans enfant, aurait tissé des liens personnels intenses sur le territoire national. Si elle scolarisée, au titre de l'année scolaire 2021/2022, en première année de BTS " support à l'action managériale ", elle n'a pas sollicité de titre de séjour mention étudiant lui permettant de poursuivre ses études en France. Enfin, il n'est pas établi qu'elle serait dépourvue de toute attache hors de France et notamment en Italie où elle est entrée le 6 janvier 2003 à l'âge d'un an et y a disposé d'un droit de séjour jusqu'au 26 décembre 2016. Dès lors, la décision en litige n'a pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 15 août 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et astreinte et celles tendant à l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Chamberland-Poulin et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delvolvé, président,

- Mme Molina-Andréo, première conseillère,

- Mme Mounic, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

La rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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