mercredi 21 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201828 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LAMPE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mars et 3 juin 2022, M. C F, représenté par Me Lampe, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 5 février 2020 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'annuler la décision du 5 avril 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions d'injonction et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
En ce qui concerne la décision implicite :
- la décision n'est pas suffisamment motivée, le préfet ne lui ayant pas répondu malgré une demande de communication des motifs de la décision envoyée en ce sens ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision du 5 avril 2022 :
- il n'est pas établi que le signataire de la décision attaquée dispose d'une délégation de signature régulière ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 20 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant turc né le 15 septembre 1971, est entré en France, en 2016, sous couvert sous couvert d'un visa étudiant de long séjour puis a obtenu un titre de séjour portant la mention " étudiant " dont il a obtenu le renouvellement jusqu'au 25 novembre 2020. Il a sollicité de la préfète de Gironde, le 17 septembre 2020, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, devenu l'article L.423-23 du même code. Le silence gardé par l'administration pendant quatre mois a fait naître une décision implicite de rejet le 5 février 2020. Par une décision du 5 avril 2022, la préfète de Gironde a ensuite refusé de délivrer le titre de séjour sollicité à l'intéressé et a décidé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour renouvelable, sans autorisation de travail, valable six mois à compter du 5 avril 2022.
Sur l'objet du litige :
2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite, ou non, à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, la préfète de Gironde a pris à l'encontre de M. F une décision du 5 avril 2022 par laquelle elle a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité par l'intéressé et lui a octroyé une autorisation provisoire de séjour, sans autorisation de travail. Dans ces conditions, la requête de M. F doit être regardée comme exclusivement dirigée contre cette décision en tant qu'elle lui refuse la délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de Gironde, librement accessible, que Mme D G, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, bénéficiait, par arrêté du 11 février 2022 régulièrement publié le même jour, d'une délégation lui permettant de signer les décisions portant refus de titre de séjour au nom de la préfète de la Gironde en l'absence de M. E, directeur des migrations et de l'intégration. Il n'est ni établi ni allégué que M. E n'aurait pas été absent ou empêché le jour de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète de la Gironde s'est fondée pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. F. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. M. F se prévaut de la durée de son séjour et de son intégration en France. Toutefois, la durée de sa présence en France en qualité d'étudiant ne lui donne pas vocation à résider durablement sur le territoire français. En outre, les pièces produites par l'intéressé, selon lesquelles, notamment, il exerce une activité professionnelle en tant qu'interprète en langue turque auprès de l'association Imedi, ne permettent pas de démontrer une particulière insertion de M. F sur le territoire national. Enfin, la seule circonstance que les deux enfants issus de son union avec Mme A F, compatriote avec laquelle il s'est marié en Turquie le 6 juillet 2002 et qui dispose d'une carte de séjour temporaire valable du 5 avril 2022 au 4 avril 2023, sont scolarisées à Talence, n'est pas de nature à établir que l'intéressé, qui a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 45 ans, aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Dans ces circonstances, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. F au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été pris, alors au demeurant que ce dernier s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour renouvelable, valable six mois à compter du 5 avril 2022. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
8. En quatrième lieu, dès lors que le requérant a exclusivement sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée familiale, il ne peut utilement soutenir que la décision prise à son encontre par la préfète de Gironde, qui n'a pas examiné d'office sa demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnait ces dispositions.
9. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F et à la préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Zuccarello, présidente,
Mme De Paz, première conseillère,
Mme Denys, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
La rapporteure,
A. B
La présidente,
F. ZUCCARELLO
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026