mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201835 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BAULIMON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mars 2022, Mme C G épouse I, représentée par Me Baulimon, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de la somme de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son époux doit être regardé comme présentant une incapacité de travail temporaire résultant d'un accident au sens de l'article R. 233-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; les trois enfants du couple sont scolarisés en France, ils maitrisent parfaitement la langue française et ne parlent pas espagnol ; le couple a fixé ses intérêts privés et familiaux en France en se constituant un cercle d'amis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C G, ressortissante marocaine, née le 5 juillet 1982, est entrée en France le 1er juillet 2017 selon ses déclarations. Mme G a bénéficié de titres de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne à compter du 11 septembre 2018, dont elle a sollicité le renouvellement le 18 juin 2021. Par une décision du 2 février 2022, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par la présente requête, Mme G demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, par arrêté du 16 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 33-2021-177, la préfète de la Gironde a donné délégation à Mme D E de Lastelle du Pré, adjointe au bureau de l'admission au séjour, signataire de la décision litigieuse, à l'effet de signer, notamment, toutes décisions de refus de délivrance de titre de séjour, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A F et de M. H B. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose, dans sa version en vigueur depuis le 1er mai 2021, que : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. " L'article L. 233-1 du même code dispose que " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ". L'article R. 233-1 du même code précise que : " Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour. " L'article R. 233-7 du même code dispose que : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés au 1° de l'article L. 233-1 conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié dans les situations suivantes : 1° Ils ont été frappés d'une incapacité de travail temporaire résultant d'une maladie ou d'un accident ; () ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger ressortissant d'un Etat tiers, membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne résidant en France, peut bénéficier d'une carte de séjour à condition que le ressortissant de l'Union européenne exerce une activité professionnelle ou dispose, pour lui et les membres de sa famille, de ressources suffisantes, ces deux conditions étant alternatives et non cumulatives.
4. Il ressort de la décision attaquée que pour refuser l'admission au séjour de Mme G la préfète de la Gironde s'est fondée sur la circonstance que son époux est sans emploi, qu'il ne dispose pas pour lui et les membres de sa famille de ressources suffisantes et qu'il s'est vu reconnaître la qualité d'adulte handicapé sans limitation de durée.
5. D'une part, si Mme G fait valoir que son époux aurait été victime d'un accident du travail en 2017 et qu'il présenterait depuis une incapacité de travail temporaire au sens des dispositions précitées, elle ne produit ni le contrat de travail ni de bulletins de salaire permettant d'établir que son époux aurait exercé une activité professionnelle en France et ne justifie pas d'avantage qu'il se serait trouvé temporairement dans l'incapacité de travailler. La seule circonstance que l'époux de la requérante se soit vu reconnaître la qualité d'adulte handicapé à compter du 19 avril 2021 et sans limitation de durée, en raison d'un taux d'incapacité compris entre 50% et 79%, n'est pas de nature à caractériser à elle seule une incapacité temporaire de travail. D'autre part, il est constant que l'époux de Mme G, qui ne justifie d'aucun revenu professionnel, bénéficie de l'allocation adulte handicapé qui est une prestation sociale non contributive qui ne saurait dès lors être prise en compte pour apprécier le caractère suffisant des ressources. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Mme G, qui déclare être entrée en France en 2017, se prévaut de ce que son mari justifierait d'une incapacité temporaire de travail, de ce qu'elle a travaillé dix heures en septembre 2021 et dix-huit heures en octobre 2021, de ce que les trois enfants du couple vivent en France, que deux d'entre eux y seraient scolarisés et que ces derniers parlent français. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que l'époux de Mme G disposerait, à la date de la décision attaquée, d'un droit au séjour en France en qualité de citoyen de l'Union européenne. Alors qu'il n'est allégué d'aucun autre lien privé et familial sur le territoire français, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer au Maroc, où résident la mère de Mme G et ses cinq frères et sœurs ou encore en Espagne, pays dont l'époux de Mme G a la nationalité et où elle bénéficie d'une autorisation de résidence longue durée valable jusqu'au 12 juin 2026. Si la requérante fait valoir que ses enfants ne parlent pas espagnol, il est constant que la famille a résidé pendant plusieurs années en Espagne, où deux des trois enfants du couple sont nés en 2009 et en 2015 et où ces derniers pourront y poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme G au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Gironde aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G épouse I et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.
La rapporteure,
M. J
La première conseillère
faisant fonction de présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026