mercredi 8 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201840 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BALTAZAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mars et 25 juillet 2022, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 16 octobre 2023, lesquelles n'ont pas été communiquées, M. et Mme E et C F et M. et Mme B et D A, représentés par Me Baltazar, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 17 février 2022 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Latitude Nord Gironde a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Cavignac ;
2°) d'enjoindre à la communauté de communes Latitude Nord Gironde de procéder à la révision du plan local d'urbanisme, dans un délai de six mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Latitude Nord Gironde la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le rapport de présentation du plan local d'urbanisme est insuffisant ;
- les conseillers communautaires n'ont pas été régulièrement convoqués et informés, méconnaissant les articles L. 2121-10, L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;
- le débat portant sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement est irrégulier et méconnaît l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté d'ouverture de l'enquête publique n'est pas conforme aux dispositions de l'article R. 123-9 du code de l'environnement ;
- le classement de la parcelle cadastrée section AB n° 250 en zone naturelle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le plan local d'urbanisme méconnaît l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'il crée un déséquilibre entre les objectifs de renouvellement et de développement urbain, d'une part, et d'utilisation économe des espaces naturels et de protection des sites, milieux et paysages naturels, d'autre part.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 1er juin et 29 septembre 2022, la communauté de communes Latitude Nord Gironde, représentée par Me Boissy, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête ou, à défaut, à l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, avec un délai de régularisation de six mois, et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frézet,
- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,
- les observations de Me Lagarde, représentant les requérants,
- et les observations de Me Dubois, représentant la communauté de communes Latitude Nord Gironde.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 17 février 2022, dont M. et Mme F ainsi que M. et Mme A demandent l'annulation, le conseil communautaire de la communauté de communes Latitude Nord Gironde a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Cavignac.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme : " Un débat a lieu au sein de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale et des conseils municipaux ou du conseil municipal sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables mentionné à l'article L. 151-5, au plus tard deux mois avant l'examen du projet de plan local d'urbanisme. / Lorsque le plan local d'urbanisme est élaboré par un établissement public de coopération intercommunale, le débat prévu au premier alinéa du présent article au sein des conseils municipaux des communes membres est réputé tenu s'il n'a pas eu lieu au plus tard deux mois avant l'examen du projet de plan local d'urbanisme. ".
3. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que des termes mêmes de la délibération attaquée, que par une délibération du 4 juillet 2019, le conseil communautaire de la communauté de communes Latitude Nord Gironde a donné acte du débat réalisé sur le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) du plan local d'uranisme (PLU) de la commune de Cavignac. Il ressort de la délibération qu'à cette occasion, le président a exposé le projet de PADD du PLU de la commune de Cavignac, dont un exemplaire a été adressé à chaque délégué, avant de déclarer ouvert le débat, dont les échanges sont retranscrits. En outre, par une délibération du 22 octobre 2020, présentant les mêmes caractéristiques que la précédente, il a été donné acte d'un nouveau débat réalisé sur le PADD du PLU de la commune. Ces deux délibérations ont eu lieu plus de deux mois avant la délibération du 18 février 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Latitude Nord Gironde a tiré le bilan de la concertation et arrêté le projet de PLU de Cavignac. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-10 du même code : " I.- Quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et durant celle-ci, l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête informe le public. L'information du public est assurée par voie dématérialisée et par voie d'affichage sur le ou les lieux concernés par l'enquête, ainsi que, selon l'importance et la nature du projet, plan ou programme, par voie de publication locale. / Cet avis précise : / - l'objet de l'enquête ; / - la ou les décisions pouvant être adoptées au terme de l'enquête et des autorités compétentes pour statuer ; / - le nom et les qualités du commissaire enquêteur ou des membres de la commission d'enquête ; / - la date d'ouverture de l'enquête, sa durée et ses modalités ; / - l'adresse du ou des sites internet sur lequel le dossier d'enquête peut être consulté ; / - le (ou les) lieu (x) ainsi que les horaires où le dossier de l'enquête peut être consulté sur support papier et le registre d'enquête accessible au public ; / - le ou les points et les horaires d'accès où le dossier de l'enquête publique peut être consulté sur un poste informatique ; / - la ou les adresses auxquelles le public peut transmettre ses observations et propositions pendant le délai de l'enquête. S'il existe un registre dématérialisé, cet avis précise l'adresse du site internet à laquelle il est accessible. / L'avis indique en outre l'existence d'un rapport sur les incidences environnementales, d'une étude d'impact ou, à défaut, d'un dossier comprenant les informations environnementales se rapportant à l'objet de l'enquête, et l'adresse du site internet ainsi que du ou des lieux où ces documents peuvent être consultés s'ils diffèrent de l'adresse et des lieux où le dossier peut être consulté. Il fait état, lorsqu'ils ont été émis, de l'existence de l'avis de l'autorité environnementale mentionné au V de l'article L. 122-1 et à l'article L. 122-7 du présent code ou à l'article L. 104-6 du code de l'urbanisme, et des avis des collectivités territoriales et de leurs groupements mentionnés au V de l'article L. 122-1 du présent code, ainsi que du lieu ou des lieux où ils peuvent être consultés et de l'adresse des sites internet où ils peuvent être consultés si elle diffère de celle mentionnée ci-dessus. / II.- La personne responsable du projet assume les frais afférents à ces différentes mesures de publicité de l'enquête publique. ". Aux termes de l'article R. 123-9 du code de l'environnement : " I.- L'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête précise par arrêté les informations mentionnées à l'article L. 123-10, quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et après concertation avec le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête. Cet arrêté précise notamment : / 1° Concernant l'objet de l'enquête, les caractéristiques principales du projet, plan ou programme ainsi que l'identité de la ou des personnes responsables du projet, plan ou programme ou de l'autorité auprès de laquelle des informations peuvent être demandées ; () ". Selon l'article R. 123-11 du même code : " " I. - Un avis portant les indications mentionnées à l'article R. 123-9 à la connaissance du public est publié en caractères apparents quinze jours au moins avant le début de l'enquête et rappelé dans les huit premiers jours de celle-ci dans deux journaux régionaux ou locaux diffusés dans le ou les départements concernés. () ".
5. Par un arrêté du 3 juin 2021, le président du conseil communautaire de la communauté de communes Latitude Nord Gironde a prescrit l'enquête publique relative au projet d'élaboration du PLU de la commune de Cavignac. Par un arrêté du 16 juin 2021, la même autorité a modifié l'arrêté du 3 juin 2021 précité. Il ressort de la lecture de ces deux arrêtés que ceux-ci comportent l'ensemble des mentions exigées au point précédent. Ils précisent notamment l'objet de l'enquête, qui porte sur le projet d'élaboration du PLU de la commune de Cavignac, et en rappellent ses caractéristiques principales. Ils précisent aussi, outre la durée et le siège de l'enquête, la qualité de la commissaire enquêtrice, et les modalités d'accès au dossier d'enquête publique. Ils précisent également le lieu et les dates auxquelles le public pourra présenter des observations, ainsi que les permanences de la commissaire enquêtrice. Enfin, sont précisées les règles de publicité et les procédures à l'issue de l'enquête, de même que la façon de consulter le rapport et les conclusions de la commissaire enquêtrice. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport du commissaire enquêteur, que l'avis d'enquête publique a été publié dans deux journaux locaux les 4 et 25 juin 2021 conformément à la réglementation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. (). ". Aux termes de l'article L. 2121-13 dudit code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Ces dispositions sont applicables à la communauté de communes Latitude Nord Gironde en vertu de l'article L. 5211-1 du même code.
7. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 11 février 2022, le président de la communauté de communes a envoyé un mail sécurisé à l'ensemble des membres du conseil communautaire en vue de leur convocation à la séance du 17 février 2022, qui a abouti à la délibération portant approbation du plan local d'urbanisme de la commune de Cavignac. Il en ressort également, sans que cela ne soit contesté par les requérants, que ce courriel comportait un lien permettant d'accéder aux documents relatifs à cette séance. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements notamment sportifs, et de services. () / Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'arrêt du projet de plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. () ". Aux termes de l'article R. 151-2 du même code : " Le rapport de présentation comporte les justifications de : / 1° La cohérence des orientations d'aménagement et de programmation avec les orientations et objectifs du projet d'aménagement et de développement durables ; / 2° La nécessité des dispositions édictées par le règlement pour la mise en œuvre du projet d'aménagement et de développement durables et des différences qu'elles comportent, notamment selon qu'elles s'appliquent à des constructions existantes ou nouvelles ou selon la dimension des constructions ou selon les destinations et les sous-destinations de constructions dans une même zone ; / 3° La complémentarité de ces dispositions avec les orientations d'aménagement et de programmation mentionnées à l'article L. 151-6 ; / 4° La délimitation des zones prévues par l'article L. 151-9 ; / 5° L'institution des zones urbaines prévues par l'article R. 151-19, des zones urbaines ou zones à urbaniser prévues par le deuxième alinéa de l'article R. 151-20 lorsque leurs conditions d'aménagement ne font pas l'objet de dispositions réglementaires ainsi que celle des servitudes prévues par le 5° de l'article L. 151-41 ; / 6° Toute autre disposition du plan local d'urbanisme pour laquelle une obligation de justification particulière est prévue par le présent titre. / Ces justifications sont regroupées dans le rapport. ".
9. En l'espèce, le rapport de présentation du PLU de Cavignac comporte une annexe 2 dédiée à l'évaluation des besoins quantitatifs, laquelle comporte un tableau de calcul des besoins de logements au terme 2029 pour assurer le maintien de la population en nombre et un tableau pour l'hypothèse d'évolution de la population communale retenue. Il en ressort que dans l'hypothèse d'un taux d'occupation de 2,3 personnes par ménage, qui correspond à celui en vigueur en 2018, lequel devrait se stabiliser dans un contexte de natalité moyenne depuis plus de 10 ans, et pour arriver à répondre à la hausse souhaitée de la population de Cavignac, devant passer de 2 065 habitants en 2017 à 2 498 habitants en 2029, 172 logements supplémentaires sont nécessaires. Il est expliqué de manière détaillée que du fait de la conjugaison de plusieurs facteurs, tels que le renouvellement du parc, le desserrement de la population et l'évolution des logements vacants, 98 nouveaux logements seront créés dans le patrimoine bâti existant entre 2017 et 2029, nécessitant donc plus que la création de 74 logements par la commune. Chacun de ces mécanismes est détaillé et leur calcul précisé dans le PADD et pages 297 et suivantes du rapport de présentation de la commune. Par ailleurs, afin de limiter la consommation de l'espace sur le territoire de la commune, la densité moyenne retenue par les auteurs du document d'urbanisme est de 20 % plus élevée sur les neuf prochaines années que sur les seize dernières, passant de 15 logements par hectares à 18 logements par hectares. Si les requérants déplorent l'absence de précisions pour atteindre cet objectif, il ressort au contraire du rapport de présentation qu'il est justifié en proposant en priorité à la construction des surfaces incluses dans le tissu urbain existant, en autorisant en zone UA, UBa et Ubb une augmentation des hauteurs de construction et l'édification des bâtiments à l'alignement des voies et emprises publiques. De même, chaque zone à urbaniser bénéficie d'orientations d'aménagements qui impose une densité minimale de logements. De plus, le rapport de présentation retient un taux de rétention foncière fixé à 15 % et non plus 30 % en raison d'une plus faible rétention foncière observée ces dernières années qui courent de 2012 à 2022 sur le territoire communal, sans que cette réduction ne soit utilement critiquée par les demandeurs. Pas davantage ces derniers ne démontrent que la surface constructible libérée ne serait pas suffisante pour atteindre l'objectif d'accroissement de 433 habitants à l'horizon 2029. Enfin, s'il est exact que le rapport de présentation comporte une contradiction en ce qu'il mentionne à la fois un besoin de foncier de 4,7 et 5,3 hectares, il ressort clairement de ce rapport que ce dernier chiffre correspond à un taux de rétention de 30 % et le premier à un taux de 15 %, et que seul ce dernier taux était finalement retenu. Cette erreur n'a donc pas eu pour effet d'affecter la compréhension du public, et le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ".
11. Il ressort des pièces du dossier, sans que cela ne soit contesté en défense, que par un arrêté du 19 mai 2019, la parcelle cadastrée section AB n° 196 a été divisée en deux lots répartis sur les parcelles cadastrées section AB n° 249 et 250, cette dernière correspondant au lot B. Le 16 juin 2021, les requérants sont devenus propriétaires du lot B, sur lequel un permis de construire a été délivré le 24 mars 2021 pour la construction d'un bâtiment à usage de deux habitations. Ce lot se situe le long de la route départementale, dans le secteur Marlacca, et fait la jonction entre deux zones urbanisées. Il est séparé de l'espace naturel par la parcelle cadastrée section AB n° 249 elle-même construite. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'à la date d'approbation du PLU, la construction autorisée avait commencé à être bâtie. Et si un sursis à statuer a été opposé le 12 novembre 2021 à une demande de permis de construire sur la parcelle, il concerne un projet différent de celui autorisé le 24 mars 2021. Compte tenu de ces éléments, alors qu'il ressort du projet d'aménagement et de développement durable que les auteurs du plan local d'urbanisme avaient pour objectif d'affirmer les limites urbaines constituées pour le secteur Marlacca, les requérants sont fondés à soutenir que le classement en zone N de la parcelle cadastrée section AB n° 250 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / 1° L'équilibre entre : / a) Les populations résidant dans les zones urbaines et rurales ; / b) Le renouvellement urbain, le développement urbain et rural maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux, la lutte contre l'étalement urbain ; / c) Une utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des sites, des milieux et paysages naturels ; / d) La sauvegarde des ensembles urbains et la protection, la conservation et la restauration du patrimoine culturel ; (). ".
13. Les dispositions précitées imposent seulement aux auteurs des documents d'urbanisme d'y faire figurer des mesures tendant à la réalisation des objectifs qu'elles énoncent. En conséquence, le juge administratif exerce un simple contrôle de compatibilité entre les règles fixées par ces documents et les dispositions précitées de l'article L. 101-2 du code l'urbanisme.
14. Il ressort des pièces du dossier que le PADD a pour première orientation politique de développer et aménager durablement le territoire communal en maintenant une caractéristique rurale sous l'impulsion du futur pôle agri-culture-tourisme du Domaine Yves Courpon et en concentrant le développement autour du Bourg. Cela se décline notamment par l'affirmation des limites de l'enveloppe urbaine, la lutte contre le phénomène d'étalement urbain, et le ralentissement de la production de logements sur le territoire communal, tout en densifiant l'enveloppe urbaine existante. Il ressort également du schéma figurant sur le PADD que le PLU veut densifier le cœur de bourg et sa première couronne tout en affirmant les limites de l'enveloppe urbaine constituée. Par ailleurs, comme l'indique la commissaire enquêtrice, le projet de PLU prévoit la création de 172 nouveaux logements et génèrera une consommation d'espace naturel, agricole et forestier de 26 ha. Elle souligne en outre que la situation actuelle sous le régime du règlement national d'urbanisme a favorisé l'étalement urbain et une construction non maîtrisée au sein de la commune et de manière linéaire le long des axes routiers, de sorte que le PLU va freiner les constructions et préserver des terrains non bâtis, même à proximité du bourg. Il découle ainsi de l'ensemble de ces éléments que les auteurs du document d'urbanisme tentent de conjuguer les objectifs de renouvellement et de développement urbain, d'une part, et d'utilisation économe des espaces naturels et de protection des sites, milieux et paysages naturels, d'autre part, sans prévaloir l'un sur l'autre. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 12 doit donc être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme F ainsi que M. et Mme A sont fondés à demander l'annulation de la délibération du 17 février 2022 en tant qu'elle classe la parcelle cadastrée section AB n° 250 en zone N.
Sur les conséquences de l'illégalité relevée :
16. Aux termes de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme : " Si le juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre un schéma de cohérence territoriale, un plan local d'urbanisme ou une carte communale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la révision de cet acte est susceptible d'être régularisée, il peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation et pendant lequel le document d'urbanisme reste applicable, sous les réserves suivantes : / 1° En cas d'illégalité autre qu'un vice de forme ou de procédure, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité est susceptible d'être régularisée par une procédure de modification prévue à la section 6 du chapitre III du titre IV du livre Ier et à la section 6 du chapitre III du titre V du livre Ier ".
17. Eu égard au motif d'annulation partielle retenu et à sa portée limitée, il n'y a pas lieu, pour le tribunal, de faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme dont la commune sollicite l'application à titre subsidiaire.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
18. Aux termes de l'article L. 153-7 du code de l'urbanisme : " En cas d'annulation partielle par voie juridictionnelle d'un plan local d'urbanisme, l'autorité compétente élabore sans délai les nouvelles dispositions du plan applicables à la partie du territoire communal concernée par l'annulation. () ". Lorsque l'exécution d'une décision juridictionnelle prononçant l'annulation partielle d'un plan local d'urbanisme implique nécessairement qu'une commune modifie le règlement de son plan local d'urbanisme dans un sens déterminé, il appartient à la commune de faire application, selon la nature et l'importance de la modification requise, de l'une des procédures prévues, respectivement, par les articles L. 153-31, L. 153-41 et L. 153-45 du code de l'urbanisme, en se fondant le cas échéant, dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sur certains actes de procédure accomplis pour l'adoption des dispositions censurées par le juge.
19. Eu égard aux motifs du présent jugement, et dans la mesure où il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur le zonage le plus adapté pour une parcelle donnée se trouvant sur le territoire couvert par un document d'urbanisme, l'exécution du présent jugement, qui annule partiellement la délibération approuvant le plan local d'urbanisme de la commune de Cavignac pour erreur manifeste d'appréciation dans le classement de la parcelle AB n° 250 n'entraîne pas nécessairement le classement de la parcelle en cause dans une zone déterminée, mais implique seulement d'enjoindre à l'autorité administrative d'initier une procédure visant à faire évoluer le plan local d'urbanisme, dans le respect de l'autorité de la chose jugée et des règles régissant les procédures d'évolution des documents d'urbanisme. Dans ces conditions, il y a lieu seulement d'enjoindre au président de la communauté de communes Latitude Nord Gironde de convoquer, dans le délai de quatre mois à compter de la notification du jugement, le conseil communautaire afin d'initier une procédure visant à faire évoluer le plan local d'urbanisme s'agissant du classement de la parcelle cadastrée AB n° 250. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la communauté de communes Latitude Nord Gironde demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté de communes Latitude Nord Gironde une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 17 février 2022 est annulée en tant seulement qu'elle classe la parcelle cadastrée section AB n° 250 en zone N.
Article 2 : Il est enjoint à la communauté de communes Latitude Nord Gironde de procéder à l'élaboration d'un nouveau classement de la parcelle cadastrée section AB n° 250 dans la commune de Cavignac dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La communauté de communes Latitude Nord Gironde versera une somme de 1 500 euros à M. et Mme F et M. et Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E et C F, à M. et Mme B et D A et à la communauté de communes Latitude Nord Gironde.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.
Le rapporteur,
C. FREZET
La présidente,
C. CABANNE La greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026