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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2201884

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2201884

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2201884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLE GUEDARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2022 et un mémoire en réplique enregistré le 7 juillet 2022, Mme A C, représentée par Me Le Guédard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 février 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, assortie d'une astreinte de 80 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation, et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'état le versement de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ferrari, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Le Guédard, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante de nationalité marocaine née le 1er janvier 1978, est entrée en France à une date indéterminée. Elle a sollicité le 28 juillet 2015 un titre de séjour en qualité d'étranger malade, sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 6 décembre 2016, le préfet de la Gironde a rejeté cette demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire. Mme C n'a pas donné de suite à cette mesure d'éloignement et a déposé le 15 juin 2018, une nouvelle demande d'admission au séjour sur le fondement du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), suite à son mariage célébré le 16 décembre 2017 avec M. B D, ressortissant français. Par un arrêté du 28 mai 2019, la préfète de la Gironde lui a opposé un refus de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité. Cet arrêté a été confirmé par un jugement du tribunal administratif en date du 20 novembre 2019 et par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Bordeaux en date du 21 juillet 2020. Mme C s'est toutefois maintenue sur le territoire français et a sollicité le 2 novembre 2021 son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-2 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décision du 4 février 2022 la préfète de la Gironde a rejeté cette demande. Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Si la préfète de la Gironde fait valoir que Mme C n'est pas entrée régulièrement en France dès lors qu'elle n'a pas produit de justificatif d'entrée sur le territoire français et qu'elle ne détient pas de visa long séjour, il ressort cependant des pièces du dossier que l'intéressée réside de manière habituelle et continue sur le territoire français depuis 2015. Par ailleurs, Mme C est mariée à un ressortissant français depuis le 16 décembre 2017, avec lequel elle établit une vie commune de plus de quatre années à la date de la décision attaquée. Elle produit à cet effet plusieurs pièces à leurs deux noms, notamment un contrat de bail en date du 1er septembre 2018, trois avis de non-impositions au titre des années 2019, 2020 et 2021, des quittances de loyer pour l'année 2021, des factures d'électricité au titre des années 2020 et 2021, ainsi que de nombreux témoignages attestant de l'implication de Mme C auprès de l'enfant mineur de son époux mais aussi de la stabilité de leur mariage. En outre, le couple établit avoir entamé en France une procédure de procréation médicalement assistée, avec à l'appui plusieurs examens médicaux réalisés entre 2019 et 2021. Enfin, Mme C ajoute bénéficier d'une promesse d'embauche récente en date du 4 mars 2022 et aucun élément ne tend à démontrer que le séjour de l'intéressée représenterait une menace pour l'ordre public. Ainsi, au regard de la durée du séjour en France de l'intéressée, de la stabilité des liens conjugaux entretenus avec son époux français, et de l'intérêt de sa présence en France pour l'enfant de celui-ci, Mme C est fondée à soutenir que la préfète de la Gironde a, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision en litige.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une modification de la situation de droit ou de fait y ferait obstacle, son exécution implique nécessairement que soit délivré à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer ce titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La décision de la préfète de la Gironde du 4 février 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C, la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

-M. Ferrari, président,

-Mme Wohlschlegel première conseillère,

-Mme Fazi-Leblanc première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le président-rapporteur,

D. FERRARI

L'assesseure la plus ancienne,

E. WOHLSCHLEGEL

La greffière,

C. POTTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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