jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2201983 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | AUDIT-CONSEIL-DEFENSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 16 janvier 2023, l'union pour le placement des apprentis en entreprise, représentée par Me Cuny, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 11 mars 2022 par l'agence de services et de paiement en vue du recouvrement d'un trop perçu d'allocation d'activité partielle à hauteur de
34 356,56 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ce titre exécutoire ne mentionne pas les bases de liquidation de la créance qu'il a vocation à recouvrer ;
- il est privé de base légale faute d'avoir été précédé par l'édiction d'une décision de retrait de la décision du 20 novembre 2020 lui accordant le bénéfice de l'allocation ;
- la procédure de retrait de la décision du 20 novembre 2020 lui accordant le bénéfice de cette allocation a été engagée plus de quatre mois après son édiction en méconnaissance de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la procédure contradictoire préalable engagée le 27 mai 2021 par la directrice départementale de l'emploi, du travail et des solidarités a été conduite dans des conditions irrégulières ;
- elle remplissait les conditions pour bénéficier de cette allocation d'activité partielle ;
- ce titre exécutoire est entaché d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2022, l'agence des services et de paiement conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la requête n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'union pour le placement des apprentis en entreprise (UPAE) est un groupement d'employeurs qui a été créé le 17 juin 2020 sur le fondement de l'article L. 1253-17 du code du travail. Son activité consiste à recruter des apprentis auxquels elle offre des places en apprentissage au sein de ses entreprises adhérentes. Par décision du 20 novembre 2020, son placement en activité partielle a été autorisé pour la période comprise entre le 2 novembre 2020 et le 31 décembre 2020 pour 115 salariés et pour un nombre total de 18 158 heures. Elle demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire émis le 11 mars 2022 par la préfète de la Gironde en vue de recouvrer la somme de 34 356,56 euros qui lui a été versée au titre de l'allocation d'activité partielle pour le mois de novembre 2020, pour 91 apprentis et 7 238 heures non travaillées.
2. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
3. D'une part, le titre exécutoire contesté mentionne qu'il correspond à un trop-perçu d'allocation d'activité partielle d'un montant de 34 356,56 euros mis en paiement le 9 décembre 2020. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'UPAE avait été préalablement rendue destinataire de la décision de la préfète de la Gironde du 27 mai 2021, à laquelle le titre exécutoire fait implicitement mais nécessairement référence, lui précisant que cet indu correspondait à l'allocation d'activité partielle versée au titre du mois de novembre 2020, ainsi que les raisons pour lesquelles cette autorité avait estimé que cette allocation n'était pas due. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas été régulièrement informée des bases et éléments de calcul de la dette dont il lui était demandé le remboursement.
4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, aucune disposition n'imposait à l'administration d'édicter formellement une décision de retrait de l'allocation d'activité partielle qui lui avait été accordée au titre du mois de novembre 2020 avant l'émission du titre exécutoire en litige.
5. En troisième lieu, le destinataire d'un ordre de versement est recevable à contester, à l'appui de son recours contre cet ordre de versement, et dans un délai de deux mois suivant la notification de ce dernier, le bien-fondé de la créance correspondante, alors même que la décision initiale constatant et liquidant cette créance est devenue définitive. Il résulte de ce principe que les vices propres susceptibles d'entacher la décision constatant et liquidant la créance sont sans incidence sur la légalité du titre exécutoire émis en vue de son recouvrement.
6. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la procédure contradictoire engagée le 27 mai2021 par la préfète de la Gironde préalablement à l'émission du titre exécutoire contesté aurait été conduite dans des conditions irrégulières est inopérant et doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de L. 5121-1 du code du travail : " I. - Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable : -soit à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement ; -soit à la réduction de l'horaire de travail pratiqué dans l'établissement ou partie d'établissement en deçà de la durée légale de travail. () II. - Les salariés reçoivent une indemnité horaire, versée par leur employeur, correspondant à une part de leur rémunération antérieure dont le pourcentage est fixé par décret en Conseil d'Etat. L'employeur perçoit une allocation financée conjointement par l'Etat et l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage. Une convention conclue entre l'Etat et cet organisme détermine les modalités de financement de cette allocation. Le contrat de travail des salariés placés en activité partielle est suspendu pendant les périodes où ils ne sont pas en activité. () ". L'article R. 5122-1 du même code prévoit que : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : () 5° Toute autre circonstance de caractère exceptionnel. "
8. Aux termes de l'article L. 6211-2 du même code : " L'apprentissage est une forme d'éducation alternée associant : 1° Une formation dans une ou plusieurs entreprises, fondée sur l'exercice d'une ou plusieurs activités professionnelles en relation directe avec la qualification objet du contrat entre l'apprenti et l'employeur ; 2° Des enseignements dispensés pendant le temps de travail dans un centre de formation d'apprentis, dont tout ou partie peut être effectué à distance. () ". Aux termes de l'article L. 6221-1 de ce code : " Le contrat d'apprentissage est un contrat de travail de type particulier conclu entre un apprenti ou son représentant légal et un employeur. L'employeur s'engage, outre le versement d'un salaire, à assurer à l'apprenti une formation professionnelle complète, dispensée pour partie en entreprise et pour partie en centre de formation d'apprentis ou section d'apprentissage. () ". Aux termes de l'article L. 6223-3 de ce code : " L'employeur assure dans l'entreprise la formation pratique de l'apprenti. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 6223-5 de ce code : " La personne directement responsable de la formation de l'apprenti et assumant la fonction de tuteur est dénommée maître d'apprentissage. Le maître d'apprentissage a pour mission de contribuer à l'acquisition par l'apprenti dans l'entreprise des compétences correspondant à la qualification recherchée et au titre ou diplôme préparés, en liaison avec le centre de formation d'apprentis. Lorsque l'apprenti est recruté par un groupement d'employeurs mentionné aux articles L. 1253-1 à L. 1253-23, les dispositions relatives au maître d'apprentissage sont appréciées au niveau de l'entreprise utilisatrice membre de ce groupement. ".
9. Il résulte des dispositions des articles L. 5221-1 et R. 5122-1 et suivants du code du travail que pour bénéficier de l'activité partielle, l'employeur doit entretenir des relations contractuelles conformes aux dispositions du code du travail avec les salariés pour lesquels est sollicitée l'activité partielle.
10. Il résulte de l'instruction que la préfète de la Gironde a constaté, à l'occasion du contrôle qu'elle a diligenté à compter du 19 janvier 2021, que le groupement requérant, qui ne comptait que douze entreprises adhérentes, avait néanmoins procédé au recrutement de 165 apprentis ; que seuls deux maîtres d'apprentissage avaient été identifiés au sein de l'entreprise " Les jardiniers du Bassin ", membre du groupement requérant ; qu'au surplus, ceux-ci étaient inconnus du responsable de cette entreprise, tout comme les noms des apprenties censées y avoir été placées ; enfin, que plusieurs apprentis contactés par les services de l'administration ont indiqué ne pas connaître les maîtres d'apprentissage désignés sur leurs contrats ou ne les avoir rencontrés qu'une fois lors d'une réunion d'accueil, ou encore n'avoir reçu qu'un appel téléphonique d'une personne se présentant comme leur tuteur et leur demandant seulement s'ils avaient besoin de quelque chose. La préfète de la Gironde a pu légalement estimer, dans ces conditions, que le groupement requérant ne respectait pas son obligation de désigner un maître d'apprentissage chargé d'assurer la partie de la formation devant se dérouler en entreprise pour chaque apprenti, en méconnaissance des dispositions des articles L. 6221-1 et L. 6223-5 du code du travail, et lui réclamer, pour ce motif, le remboursement de l'allocation d'activité partielle versée pour 91 apprentis au titre du mois de novembre 2020.
11. En cinquième lieu, l'attribution d'une aide par une personne publique crée des droits au profit de son bénéficiaire. Toutefois, de tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de cette aide respecte les conditions mises à son octroi, que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu'elles aient été fixées par la personne publique dans sa décision d'octroi, qu'elles aient fait l'objet d'une convention signée avec le bénéficiaire, ou encore qu'elles découlent implicitement mais nécessairement de l'objet même de la subvention.
12. Il résulte de ce qui a été exposé au point 10 que la préfète de la Gironde a pu légalement, et sans condition de délai, réclamer le remboursement de l'allocation d'activité partielle indument versée à l'UPAE au mois de novembre 2020 dès lors que celle-ci ne respectait pas les conditions auxquelles était subordonné son versement.
13. En dernier lieu, le détournement de procédure allégué n'est pas établi.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par l'union pour le placement des apprentis en entreprise doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
DECIDE :
Article 1er : La requête de l'union pour le placement des apprentis en entreprise est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'union pour le placement des apprentis en entreprise et à l'agence des services et de paiement.
Copie en sera également adressée au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme B et Mme A, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
La rapporteure,
E. B
Le président,
D.FERRARI Le greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2201983
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026