lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202036 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | HUGON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 9 avril, 25 avril, et 3 juin 2022, M. C, représenté par Me Hugon, demande au tribunal
1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 807 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie.
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'ayant produit des éléments relatifs à son état civil, sa demande était recevable ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a jamais été informé des motifs permettant de remettre en cause l'authenticité des actes d'état civil produits ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que son identité est établie par les documents d'état civil qu'il produit et qu'un rapport défavorable de la police aux frontières ne suffit pas à remettre en cause la présomption d'authenticité posée par l'article 47 du code civil ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans, justifie suivre depuis plus de six mois une formation professionnelle, bénéficie d'un avis positif de la structure qui le prend en charge et n'a pas gardé de liens avec sa famille restée au Mali ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, eu égard à sa situation privée et familiale en France, ainsi qu'à son isolement en cas de retour au Mali ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- l'obligation de quitter le territoire français étant illégale, la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2022, la préfète conclut au rejet de la requête.
La préfète fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 avril 2022.
Par ordonnance du 3 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 3 juin 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D, président- rapporteur ;
- et les observations de Me Hugon, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, né le 31 janvier 2003, de nationalité malienne, déclare être entré en France en novembre 2018 à l'âge de 15 ans. Le 4 février 2021, il a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 15 mars 2022, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L.423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française ". Aux termes de l'article L.811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
3. L'article 47 du code civil précité pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il résulte également de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
4. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
5. D'une part, pour refuser de délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Gironde s'est fondée sur l'absence de caractère probant des documents d'état civil présentés à l'appui de la demande de titre de séjour de M. C au regard de l'avis défavorable résultant de l'analyse technique de la direction zonale de la police aux frontières de Bordeaux. Il ressort de cet avis que le jugement supplétif n°5253 est un extrait certifié conforme, non sécurisé comportant un cachet humide de l'autorité judiciaire. Toutefois, selon le rapport ce document est incomplet dès lors que l'identité, le nom du requérant et les témoins sont absents. Le rapport relève également que la preuve de transcription n'a pas été matérialisée sur cet extrait, que l'identité de l'officier d'état civil, sa signature et son cachet humide sont également anormalement absents. Concernant l'acte de naissance n°950, le rapport relève que si cet acte doit être issu d'un registre comportant trois feuillets détachables et prédécoupés, le bord gauche de l'acte n'a pas de prédécoupes mais il a été déchiré. Le rapport ajoute que l'acte a été délivré dans un centre secondaire et porte le cachet humide du maire, ce qui entre en contradiction avec la loi malienne. Enfin, le rapport relève que l'acte a été délivré dans la commune de Bougouga, mais que le cachet humide légalisant l'acte comporte une faute d'orthographe. Le passeport ainsi que la carte consulaire délivrés à M. C sont jugés conformes par le rapport qui souligne toutefois que ces actes ont été rédigés sur la base des documents dont il souligne le caractère irrégulier. Cependant, il ressort également des pièces du dossier que le placement de M. C au service de l'aide sociale à l'enfance a été ordonné par le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Rodez, le 4 janvier 2019, puis par le tribunal pour enfants près de la Cour d'appel de Bordeaux, le 24 juillet 2019. Deux autorités judiciaires ont donc constaté la minorité du requérant. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas fait état des suites éventuelles de la saisine du procureur de la République par ses services le 21 juillet 2021, la préfète de la Gironde ne pouvait légalement rejeter la demande de titre de séjour présentée par le requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers au motif que le requérant ne justifiait pas de son identité.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfant à l'âge de quinze ans, à compter du 4 janvier 2019 par les services du département de la Gironde. Il ressort également des pièces du dossier que M. C a obtenu un CAP " jardinier paysagiste " avec la mention bien, en juin 2021. L'intéressé a également signé un contrat à durée indéterminée en tant qu'ouvrier paysagiste depuis le 1er septembre 2021. Enfin, il ressort de l'avis de son ancienne structure d'accueil que le requérant " montre une réelle volonté de réussir et une bienveillance envers ses pairs ", que " ses qualités humaines et ses positionnements adaptés vis-à-vis de l'équipe éducative ont permis à Sadio C de s'intégrer de façon positive " et qu'il " il intègre de façon cohérente les valeurs de laïcité et l'émergence d'un comportement citoyen est à l'œuvre chez ce jeune qui souhaite construire son avenir en France ". Enfin, M. C a conclu un contrat de bail et dispose désormais de son propre logement depuis le 14 février 2022. Dans ces conditions, au regard de l'ensemble de ces éléments, la préfète de la Gironde a également entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède, que l'arrêté du 15 mars 2022 doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde délivrer à M. C un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, Me Hugon, de la somme de 1 500 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
D E C I D E
Article 1er : L'arrêté du 15 mars 2022 de la préfète de la Gironde est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de délivrer à M. A un titre de séjour mention " vie privée et familiale ".
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Hugon, avocate de M. C, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pauziès, président,
M. Béroujon, premier conseiller,
Mme Molina-Andréo première conseillère,
Rendu public après mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le premier assesseur,
F. BÉROUJON Le président-rapporteur,
J-C. D
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026