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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202057

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202057

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 8 et 13 avril 2022, Mme A B épouse C, représentée par Me Lanne, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans cette attente ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée dès lors que la préfète ne fait pas mention de sa situation professionnelle ;

- pour les mêmes motifs, la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle justifie d'une promesse d'embauche, elle parle le français, son époux a exercé une activité professionnelle et justifie d'une proposition d'embauche, l'un de ses enfants est scolarisé en France ;

- la préfète a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au sens des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La première conseillère faisant fonction de présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,

- et les observations de Me Lanne, représentant Mme B épouse C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B épouse C, ressortissante albanaise, née le 15 février 1991, est entrée pour la dernière fois en France le 5 août 2018 selon ses déclarations. Sa demande d'asile formée le 2 août 2017 a été refusée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour irrecevabilité, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 5 février 2019. Par un arrêté du 18 mars 2019, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Montpellier le 22 avril 2019, le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de six mois. Le 2 novembre 2021, Mme B a néanmoins sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 décembre 2021, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" est envisageable. Un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité figurant dans la liste annexée à l'arrêté interministériel du 18 janvier 2008, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, dans un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement et recensés comme tels dans l'arrêté du 18 janvier 2008 - de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France - peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la demande de titre de séjour formée par Mme B que l'intéressée a produit une promesse d'embauche en qualité d'assistante administrative et qu'elle a fait valoir une précédente expérience dans le domaine de travail envisagé. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante a obtenu un diplôme de bachelor en gestion de business, dont la préfète de la Gironde ne fait pas valoir en défense qu'elle n'en aurait pas eu connaissance. Toutefois, il ne ressort nullement des termes de l'arrêté en litige que la préfète de la Gironde aurait examiné la possibilité de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " conformément aux exigences précitées. Il s'ensuit que Mme B est fondée à soutenir que la préfète a entaché sa décision de refus de séjour d'un défaut d'examen de sa demande et qu'elle doit, pour ce seul motif, être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard au motif pouvant seul justifier l'annulation de l'arrêté attaqué, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Gironde réexamine la demande de Mme B et qu'elle lui délivre, sous huit jours, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lanne, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 31 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la situation de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de la mettre, sous huit jours, en possession d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.

Article 3 : L'État versera à Me Lanne, avocat de M. B, la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C , au préfet de la Gironde et à Me Pierre Lanne.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

La rapporteure,

M. D

La première conseillère

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

A. JAMEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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