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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202100

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202100

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLASSORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2022, Mme B représentée par Me Lassort, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mars 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- la décision a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ni que les personnes précédant le signataire de l'acte dans la chaîne des délégations de signature étaient absentes ou empêchées à la date de la décision attaquée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle ne comporte pas les considérations de fait relatives à sa situation personnelle sur lesquelles elle se fonde et qu'elle ne prend notamment pas en compte sa relation avec un compatriote et la présence sur le territoire de sa sœur ;

- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'elle a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 16 mai 2022 et qu'elle a bien déposé une demande d'autorisation de travail avant de commencer son contrat ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 dès lors que son parcours suffit à démontrer le caractère réel et sérieux de ses études et qu'elle dispose de moyens d'existence suffisants ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle réside sur le territoire depuis huit ans, qu'elle entretient une relation avec un compatriote depuis 2016 et que deux de ses sœurs résident régulièrement sur le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est privée de base légale, en raison de l'illégalité du refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

La préfète fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par ordonnance du 22 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 23 mai 2022 à 12 heures.

Par une lettre du 3 juin 2022, les parties ont été avisées que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur le moyen relevé d'office tiré de ce que le refus de titre de séjour attaqué trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles s'est fondée la préfète, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer ces deux textes.

Mme B a présenté ses observations sur ce moyen par mémoire enregistré le 8 juin 2022.

La préfète de la Gironde a présenté ses observations sur ce moyen par un mémoire enregistré le 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D, président- rapporteur ;

- et les observations de Me Lassort, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, née le 5 février 1997, de nationalité gabonaise, est entrée en France le 5 janvier 2014 sous couvert d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa long séjour " mineur scolarisé " valable jusqu'au 14 septembre 2014 et a obtenu la délivrance de plusieurs titres de séjour étudiant dont le dernier était valable jusqu'au 25 août 2021. Le 3 décembre 2019, elle a sollicité un changement de statut sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 9 septembre 2021. Le 26 novembre 2021, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 mars 2022, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 11 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2022-028 du même jour, donné délégation à M. A C, directeur des migrations et de l'intégration, signataire de la décision en litige, à l'effet de signer, en matière d'éloignement, toutes décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant prises en application des II, IV, V, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il appartient à la partie contestant la qualité du signataire pour signer l'arrêté litigieux d'établir que les personnes précédant le signataire de l'acte dans la chaîne des délégations n'étaient ni absentes ni empêchées lors de la signature de cet arrêté. Faute pour la requérante de rapporter cette preuve, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. La décision attaquée du 15 mars 2022 comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle retrace les conditions de séjour en France de Mme B ainsi que les éléments de sa situation personnelle, professionnelle et familiale depuis son entrée sur le territoire. Elle précise notamment que la requérante est entrée en France le 5 janvier 2014, qu'elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne de manière circonstanciée et précise le cursus universitaire de l'intéressée. Ainsi, la décision, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, la décision est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu, cette motivation révèle, contrairement à ce qui est soutenu, que l'administration préfectorale a procédé à un examen circonstancié de la situation personnelle de la requérante.

6. En quatrième lieu, et d'une part, si la requérante fait valoir que l'arrêté attaqué est entaché d'une première erreur de fait, résultant de ce qu'il indique à tort que le dernier récépissé était valable jusqu'au 14 mars 2022 alors qu'elle disposait d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 16 mai 2022, cette erreur de fait est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse qui abroge le récépissé dont était titulaire la requérante. D'autre part, la préfète a examiné la demande de renouvellement de titre mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les conditions dans lesquelles la requérante et son employeur ont déposé une demande d'autorisation de travail, refusée le 5 novembre 2020, à l'occasion d'une précédente demande de titre de séjour dans le cadre d'un changement de statut, sont sans incidence sur le renouvellement du titre de séjour sollicité par la requérante.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants () ". Aux termes de l'article 12 de ladite convention : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. " Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à défaut de dispositions particulières aux cartes de séjour en qualité d'étudiant prévues dans l'accord franco-gabonais susvisé : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". L'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an./En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. A cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

8. Pour refuser de renouveler le titre de séjour mention " étudiant " sollicité par Mme B, la préfète de la Gironde s'est fondée sur l'absence de progression dans ses études. Il ressort des pièces du dossier que Mme B qui est entrée en France en 2014, s'est inscrite en classe de première au titre de l'année scolaire 2013-2014. Pour les années 2014-2015, 2015-2016 et 2016-2017, elle était inscrite en terminale et a réussi à obtenir le baccalauréat à l'issue de cette dernière année. Au titre de l'année 2017-2018, Mme B a validé une première année de BTS mention " management des unités commerciales ". Mme B ne justifie toutefois d'aucune inscription dans un établissement d'enseignement supérieur pour les années universitaires 2019-2020 et 2020-2021. Enfin, pour l'année 2021-2022, l'intéressée produit une inscription à l'ASCENCIA Business School à Paris. Si Mme B verse au dossier un relevé de note pour l'année scolaire en cours, le relevé produit ne comporte ni son identité ni l'année scolaire suivie. Dans ces conditions, en retenant une absence de progression significative dans les études suivies depuis 2017 et l'absence d'inscription dans un établissement d'enseignement supérieur pour les années 2019-2020- et 2020-2021 pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En sixième lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoient que : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Mme B se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire, de sa relation avec un compatriote et de ce que deux de ses sœurs résident régulièrement sur le territoire français. Toutefois, et d'une part, il est constant que Mme B ne s'est maintenue régulièrement sur le territoire français que sous couvert d'autorisations de séjour ne lui donnant pas vocation à s'installer de manière durable sur le territoire français. Par ailleurs, l'attestation produite, rédigée par son compagnon, ainsi que la circonstance alléguée qu'elle entretiendrait des liens étroits avec les enfants de l'une de ses sœurs, ne suffisent pas à justifier de l'intensité et de la stabilité de ses liens privés et familiaux sur le territoire français. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Aucun des moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour n'étant fondé, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2022 de la préfète de la Gironde doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pauziès, président,

M. Béroujon, premier conseiller,

Mme Molina-Andréo première conseillère,

Rendu public après mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le premier assesseur,

F. BÉROUJON Le président-rapporteur,

J-C. D

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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