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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202154

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202154

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPLURI CONSEILS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 14 avril, 20 mai et 16 juin 2022, Mme B A F représentée par Me Mihaylova, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie du caractère sérieux de ses études ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- même si elle a quitté la France le 4 mars 2022, elle est fondée à demander l'annulation de l'arrêté contesté.

Par des mémoires, enregistrés le 13 mai 2022 et le 7 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé et que la requérante a exécuté l'arrêté contesté.

Mme A F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D, président- rapporteur ;

- et les observations de Me Mihaylova représentant Mme A F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A F, née le 26 octobre 1995, de nationalité nigérienne, est entrée en France le 18 août 2014 munie de son passeport en cours de validité, revêtu d'un visa D valant titre des séjour " étudiant " valable du 12 août 2014 au 12 août 2015. Son titre de séjour " étudiant " a été régulièrement renouvelé jusqu'au 1er décembre 2020. Le 27 novembre 2020, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décision du 9 février 2022, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête Mme A F demande au tribunal d'annuler de cet arrêté.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, a été signé par M. E C, ce dernier a reçu délégation à l'effet de signer, notamment, toutes décisions en matière de droit au séjour et d'éloignement, par un arrêté du 16 septembre 2021 régulièrement publié et librement accessible sur le site internet de la préfecture, qui mentionne également sa qualité de chef du bureau de l'admission au séjour des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut être accueilli.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an./En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour " étudiant ", d'apprécier, à partir de l'ensemble du dossier et sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

4. Pour refuser de renouveler son titre de séjour " étudiant " à Mme A F, la préfète de la Gironde s'est fondée sur l'absence de caractère sérieux des études suivies par la requérante. Il ressort des pièces du dossier que Mme A F qui est entrée en France en 2014, s'est inscrite à deux reprises en première année de licence en droit pour les années universitaires 2014-2015 et 2015-2016 pour lesquelles elle a été ajournée avec des moyennes de 5,6 et 8,9 sur 20. Pour l'année universitaire 2016-2017, elle s'est à nouveau inscrite en première année de licence en droit, année à l'issue de laquelle elle a été déclarée admise. Mme A F s'est ensuite inscrite à quatre reprises en deuxième année de licence, pour les années universitaires 2017-2018, 2018-2019, 2019-2020, et 2020-2021, à l'issue desquelles elle a été de nouveau ajournée. Enfin pour l'année 2021-2022, elle justifie d'une cinquième inscription en deuxième année de licence en droit. Mme A F soutient que son état de santé, notamment le fait qu'elle soit atteinte de la maladie de Verneuil et de spondylarthropathie, est à l'origine de ses échecs universitaires. La requérante produit plusieurs documents médicaux qui démontrent qu'elle a dû subir de nombreux examens et interventions liés à ses pathologies depuis 2017. Toutefois, ces pièces médicales, si elles font état de nombreuses consultations, ne mentionnent des hospitalisations que pour des périodes comprises entre le 1er mars 2017 et le 3 mars 2017, le 8 juin 2017 et le 20 juin 2017, le 3 octobre 2017 et le 6 octobre 2017, le 26 mars 2018 et le 29 mars 2018, le 3 mai 2018 et le 11 mai 2018 et le 17 août 2020 et le 9 septembre 2020, et ne permettent pas d'établir un lien entre les pathologies de la requérante et ses résultats universitaires sur l'ensemble de la période concernée. D'autre part, si la requérante produit des attestations de suivi et des attestations de consultation rédigées par un médecin généraliste indiquant la nécessité d'aménager sa scolarité, ces documents concernent les années 2020 et 2021. Ainsi, la préfète de la Gironde a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, regarder les études de Mme A F comme revêtant un caractère insuffisamment sérieux et refuser, pour ce motif, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant.

5. En dernier lieu, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée portée au respect de son droit à une vie privée et familiale est inopérant pour contester une décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui procède exclusivement d'une appréciation par l'autorité préfectorale, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la réalité et du sérieux des études poursuivies par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au regard desquels la préfète ne s'est pas prononcée sur le droit au séjour de l'intéressé, doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 février 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme A F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A F et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pauziès, président,

M. Béroujon, premier conseiller,

Mme Molina-Andréo première conseillère,

Rendu public après mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le premier assesseur,

F. BÉROUJON Le président-rapporteur,

J-C. D

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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