mercredi 23 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MERCIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 14 avril, 13 et 20 juillet 2022, Mme A D, représentée par Me Mercier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne a procédé au retrait de sa carte de séjour portant la mention " conjoint d'un ressortissant français " ;
2°) d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de lui restituer sa carte de séjour, ou à défaut de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou à tout le moins, une carte de séjour d'une durée d'un an dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et dans l'hypothèse où elle ne serait pas bénéficiaire de l'aide juridictionnelle de lui verser la même somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- il n'est pas suffisamment motivé à défaut du visa de la délégation de signature et en l'absence de prise en considération de ses observations exprimées dans le courrier qu'elle a adressé au services préfectoraux avant l'édiction de la décision attaquée et de son projet de scolarité ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle n'a pas disposé d'un délai suffisant pour présenter ses observations et n'a pas été informée de la possibilité d'être assistée par un avocat ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit dès lors qu'il s'est cru en compétence liée pour procéder au retrait de son titre de séjour ;
- il méconnaît l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît en outre les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de droit de l'homme et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 4 juillet 2022, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par une décision du 11 avril 2022, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme de Paz, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, née le 8 octobre 1995, de nationalité marocaine, est entrée en France le 26 janvier 2020, munie d'un visa de long séjour et d'un passeport en cours de validité, à la suite de son mariage avec M. C le 14 juin 2019. Le 24 janvier 2021, le préfet de Lot-et-Garonne lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'un ressortissant français valable jusqu'au 23 janvier 2023. Par un courrier du 9 novembre 2021 M. C a signalé au préfet de Lot-et-Garonne que la vie commune avait cessé. Par un arrêté du 15 février 2022, le préfet a, après mis en œuvre de la procédure contradictoire, procédé au retrait de la carte de séjour de Mme D. Cette dernière demande l'annulation de l'arrêté du 15 février 2022.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, Mme F B, directrice de cabinet du préfet de Lot-et-Garonne et signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de signature consentie par le préfet de Lot-et-Garonne, en vertu d'un arrêté du 28 décembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de délivrance de titres de séjour, les décisions d'éloignement, les décisions accessoires s'y rapportant prises en application du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les décisions fixant le pays de destination, les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français et les décisions d'assignation à résidence, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, dont il n'est pas établi ni même allégué qu'il n'était pas absent ou empêché à la date de la décision en litige. Par ailleurs, ce même arrêté donne compétence à la directrice de cabinet du préfet de Lot-et-Garonne, et cela en vertu du principe de parallélisme des formes, pour signer les décisions de retrait de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, le visa de la délégation de signature ne faisant pas partie des mentions obligatoires à ce titre, et l'arrêté en cause mentionne les observations formulées par la requérante dans son courrier du 23 décembre 2021. Il expose également les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme D, dont les éléments sur lesquels le préfet de Lot-et-Garonne s'est fondé pour retirer son titre de séjour. Dès lors, et alors même, qu'il ne répondrait pas spécifiquement aux observations qu'elle avait formulées dans la cadre de la procédure contradictoire, l'arrêté attaquée comporte néanmoins l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent son fondement et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la motivation de l'arrêté contesté, telle qu'elle vient d'être exposée au point précédent, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D et ne s'est pas crue en situation de compétence liée pour procéder au retrait de sa carte de séjour.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier daté du 9 décembre 2021, le préfet de Lot-et-Garonne a informé l'intéressée qu'il envisageait de lui retirer sa carte de séjour et l'a invitée à présenter ses observations. Mme D ayant présenté ses observations par un courrier reçu en préfecture le 23 décembre 2021 et ne précisant pas de quel élément elle aurait été privée pour faire valoir pour sa défense avant que ne soit pris l'arrêté attaqué, elle ne peut utilement soutenir que l'absence d'indication dans le courrier du 9 décembre 2021 d'un délai pour présenter ses observations, l'aurait privée d'une garantie. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu la procédure contradictoire rappelée au point 5.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre de l'un des documents mentionnés aux 2° et 3° de l'article L. 311-1, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : () / 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire () ". L'article L. 423-1 du même code dispose que : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée en France ait été régulière, que la communauté de vie n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-3 de ce code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". Aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales (). ". Selon l'article R. 432-3 du même code : " Le titre de séjour est retiré : () / 8° Si l'étranger titulaire de la carte de séjour temporaire ou de la carte de séjour " pluriannuelle " cesse de remplir l'une des conditions exigées pour sa délivrance () ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'en vertu de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la condition tenant au maintien de la communauté de vie entre l'étranger et son conjoint français n'est pas opposable en cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales. Si Mme D fait valoir qu'elle a été victime de violences conjugales de la part de son époux, elle n'établit par aucune pièce la réalité de ces violences. Il est constant, en revanche, que le tribunal de grande instance de Tingbir du 12 août 2021 a prononcé le divorce des époux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée en France le 26 janvier 2020 à l'âge de 24 ans. Le divorce avec son époux français a été prononcé le 12 août 2021 et aucun enfant n'est issu de cette union. Si la requérante justifie avoir noué de nombreux liens amicaux en France, toutefois, elle n'est pas isolée dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'en 2020 et dans lequel résident ses parents et ses frères et sœurs. Les seules circonstances qu'elle ait entrepris des études pour obtenir un baccalauréat professionnel en commerce et qu'elle occupe un emploi de serveuse et un autre d'agente d'entretien pour financer ses études ne suffisent pas à lui conférer un droit au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut davantage être accueilli.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 février 2022. Par suite ses conclusions en annulation doivent être rejetées et il en va également de même, par voie de conséquence, de ses conclusions en injonction.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme que demande Mme D au titre de ses frais d'instance.
DECIDE :
Article 1er : La requête présentée par Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au préfet de Lot-et-Garonne et à Me Mercier.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
- Mme Zuccarello, présidente,
- Mme De Paz, première conseillère,
- Mme Denys, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.
La rapporteure
D. DE PAZ
La présidente
F. ZUCCARELLO
La greffière,
M. E
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2202169
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026