mercredi 22 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202264 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL AEDIFICO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 21 avril 2022, le 25 août 2022 et le 18 octobre 2022, la société civile immobilière (SCI) Levo, représentée par Me Achou-Lepage, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le maire de la commune de Pessac a sursis à statuer sur sa demande de permis de construire ;
2°) d'enjoindre à la commune de Pessac de procéder au réexamen de sa demande de permis de construire dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Pessac la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- il n'est pas démontré que la décision de prise en considération de l'opération d'aménagement Bordeaux Inno Campus a fait l'objet des mesures de publicité conformément à l'article R. 424-24 du code de l'urbanisme ;
- la décision de prise en considération de l'opération d'aménagement Bordeaux Inno Campus a été prise postérieurement au dépôt du dossier de demande de permis de construire ;
- la délimitation des terrains affectés par le projet est insuffisamment précise et entachée d'une erreur de fait ;
- le projet est sans incidence sur l'exécution de l'opération d'aménagement.
Par des mémoires en défense enregistrés le 30 juin 2022, le 3 octobre 2022 et le 18 novembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de Pessac, représentée par Me Sagalovitsch, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Levo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société Levo n'est fondé.
Par une ordonnance du 19 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 21 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,
- les observations de Me Achou-Lepage, représentant la société Levo,
- et les observations de Me Schvartz, représentant la commune de Pessac.
Considérant ce qui suit :
1. La société Levo a déposé le 3 décembre 2021 un permis de construire pour la réalisation d'une résidence de 12 logements sur un terrain situé 7 avenue du Bourgailh à Pessac, sur les parcelles cadastrées 318 BY 150, 318 BY 455, 318 BY 627, 318 BY 628, 318 BY 630. Par un arrêté du 24 février 2022, dont la société Levo demande l'annulation, le maire de la commune de Pessac a opposé à la société Levo un sursis à statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. La motivation n'est pas nécessaire lorsque la dérogation est accordée en application des 1° à 6° de l'article L. 152-6. ".
3. En l'espèce, la décision attaquée vise d'abord les articles du code de l'urbanisme qu'elle applique, citant en particulier les dispositions de l'article L. 424-1, ainsi que les délibérations du conseil de Bordeaux Métropole du 12 février 2016. Elle indique ensuite les caractéristiques du projet en cause, qui consiste en la construction d'une résidence de 12 logements en R+2 et en attique. Elle ajoute que le projet viendra se positionner en partie sur une emprise réservée dans le cadre de l'opération d'aménagement Bordeaux Inno Campus Extra Rocade, pour accueillir un équipement public secondaire permettant de desservir les nouvelles opérations de logements sans impacter la circulation sur le site du carrefour de l'alouette. Elle précise également que l'aménagement de ce site a fait l'objet d'une déclaration d'utilité publique. Il apparait donc clairement à la lecture de la décision attaquée que celle-ci est fondée sur deux motifs tenant, d'une part, à ce que le projet objet de la demande d'autorisation est situé sur un terrain inclus dans une opération d'utilité publique et, d'autre part, à ce qu'il est susceptible de compromettre ou de rendre plus onéreuse la réalisation d'une opération d'aménagement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " () Il peut également être sursis à statuer : / 1° Dès la date d'ouverture de l'enquête préalable à la déclaration d'utilité publique d'une opération, sur les demandes d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations à réaliser sur des terrains devant être compris dans cette opération ; () / 3° Lorsque des travaux, constructions ou installations sont susceptibles de compromettre ou de rendre plus onéreuse la réalisation d'une opération d'aménagement, dès lors que le projet d'aménagement a été pris en considération par la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent et que les terrains affectés par ce projet ont été délimités. () / Le sursis à statuer ne peut être prononcé que si la décision de prise en considération prévue aux 2° et 3° du présent article et à l'article L. 102-13 a été publiée avant le dépôt de la demande d'autorisation. La décision de prise en considération cesse de produire effet si, dans un délai de dix ans à compter de son entrée en vigueur, l'exécution des travaux publics ou la réalisation de l'opération d'aménagement n'a pas été engagée. () ". Aux termes de l'article R. 424-24 du même code : " La décision de prise en considération de la mise à l'étude d'un projet de travaux publics ou d'une opération d'aménagement est affichée pendant un mois en mairie ou au siège de l'établissement public compétent en matière de plan local d'urbanisme et, dans ce cas, dans les mairies des communes membres concernées. / Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département. () / La décision de prise en considération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues aux premier et deuxième alinéas ci-dessus, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du conseil de Bordeaux Métropole en date du 28 janvier 2022 prévoit en son article 2 la création de l'opération d'aménagement Bordeaux Inno Campus, en identifiant un programme d'équipements publics tenant d'une part en des équipements d'infrastructures primaires dont le besoin est généré en partie par cette opération et pour le reste par des usages excédant son périmètre de projet, et d'autre part en des équipements de desserte locale, dont le besoin est généré en totalité par l'opération considérée. La délibération délimite en son annexe 1 le périmètre et les terrains affectés par ce projet d'aménagement. Dès lors, cette délibération constitue la décision de prise en considération du projet d'aménagement par Bordeaux Métropole au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme précitées. Néanmoins, il ne ressort pas des pièces du dossier que les formalités de publicité prévues à l'article R. 424-24 du code, qui sont seules de nature à permettre à la décision de prise en considération de produire ses effets juridiques, aient été effectuées par l'autorité administrative. Il ressort en outre des pièces du dossier que la délibération en cause est postérieure au dépôt, le 3 décembre 2021, de la demande d'autorisation d'urbanisme de la société Levo. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le maire de Pessac ne pouvait pas prononcer le sursis à statuer litigieux sur le fondement de la délibération du 28 janvier 2022, celle-ci n'ayant pas fait l'objet d'une publication régulière et antérieure au dépôt de la demande de permis de construire.
6. En troisième lieu, lorsque l'autorité compétente fait usage des dispositions, mentionnées au point 4, de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, le tracé du périmètre qu'elle arrête doit être opéré, notamment sur des plans, de façon à indiquer avec suffisamment de précision à l'autorité compétente pour délivrer les autorisations d'urbanisme celles des parcelles qui sont concernées par sa décision. Tel est le cas lorsque ce tracé peut être reporté sans difficulté sur une carte du parcellaire existant.
7. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 28 janvier 2022 par laquelle le conseil de Bordeaux Métropole a pris en considération l'opération d'aménagement Bordeaux Inno Campus définit le périmètre de cette opération et comporte un plan annexé dont le tracé, clairement discernable et facilement repérable sur la carte où il figure, peut être reporté sans difficulté sur une carte du parcellaire existant. Le moyen tiré de ce que le plan annexé à la décision de prise en considération du projet d'aménagement est imprécis doit donc être écarté.
8. En quatrième et dernier lieu, il est constant que les parcelles objet du permis de construire se situent dans le périmètre de l'opération d'aménagement Bordeaux Inno Campus. Plus précisément, il ressort des pièces du dossier que la partie Ouest du terrain d'assiette du projet s'intègre à un emplacement réservé destiné à accueillir une voie verte dénommée " Alouette ", permettant de relier l'avenue de Monbalon à l'avenue du Bourgail pour desservir les nouvelles opérations de logement et le secteur de la Cancha sans impacter la circulation sur le carrefour de l'Alouette et l'échangeur n° 13. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux prévoit la conservation de cette portion de terrain en espace de pleine terre. S'il est prévu de conserver certains arbres existants et d'en planter deux nouveaux, tandis que d'autres arbres sont en revanche supprimés, ce seul aménagement végétal n'apparaît pas susceptible de compromettre ou de rendre plus onéreuse la réalisation de l'opération d'aménagement, qui prévoit au même endroit une simple voie de circulation douce. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation sur ce point.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 8 que le motif de la décision attaquée tenant à ce que le projet est susceptible de compromettre ou de rendre plus onéreuse la réalisation d'une opération d'aménagement, en méconnaissance du 3° de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme, ne peut légalement fonder cette décision.
10. Toutefois, la société Levo ne soulève dans sa requête aucun grief à l'encontre du premier motif du sursis à statuer, fondé, en application du 1° de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme, sur la circonstance que le projet se situe dans le champ d'une opération d'utilité publique. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Pessac aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur ce motif.
11. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 février 2022 et ses conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pessac, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Levo demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Levo une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Pessac et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Levo est rejetée.
Article 2 : La société Levo versera une somme de 1 500 euros à la commune de Pessac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Levo et à la commune de Pessac.
Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.
Le rapporteur,
C. FREZET
Le président,
L. POUGET La greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026