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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202274

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202274

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2022 et un mémoire enregistré le 23 mai 2022, M. A B représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2021 de la préfète de la Gironde lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-l'ensemble des décisions sont signées par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision de refus de séjour ;

- la décision méconnaît l'article L.423-1 du code de l'entrée et du séjour des

étrangers et du droit d'asile en ce qu'il vit toujours en couple avec son épouse ;

- la décision procède d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il vit toujours en couple avec son épouse ;

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que sa vie privée et familiale se trouve en France ;

- la décision méconnaît les articles 3 et 16 de la convention internationale de sdroits de l'enfant ;

- la préfète a commis une erreur de droit en ce qu'il était encore sous obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2022 à 12 heures.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Béroujon, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 15 avril 1966, est entré régulièrement en France le 21 juin 2018 et a bénéficié d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 4 juin 2019. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision du 26 octobre 2021 de la préfète de la Gironde lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et fixant le pays de destination.

Sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par la préfète ;

2. M. D C, signataire de la décision attaquée, chef du bureau de l'admission au séjour des étrangers, disposait par arrêté 5 mai 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 33-2021-086 de la préfecture, d'une délégation de signature de la préfète de la Gironde pour signer les décisions prises sur le fondement des articles prévues aux livres II, IV, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, parmi lesquelles figure la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

3. Aux termes de l'article L.423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; () ".

4. M. B soutient que la communauté de vie n'a jamais cessé avec son épouse et produit en ce sens, différentes attestations dont plusieurs de son épouse. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment de l'enquête de gendarmerie du 12 mai 2020 que les services de gendarmerie ont constaté qu'au domicile putatif du couple, seul le nom de l'épouse apparaissait sur la boite aux lettres et celle-ci a déclaré, à deux reprises, qu'elle était séparée de M. B depuis l'année 2019 et qu'elle souhaitait divorcer. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la communauté de vie du couple n'aurait jamais cessé doit être écarté.

5. M. B fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France où il est venu en 2001 et où il a bénéficié d'une carte de résident, où se trouvent ses frères et sœurs et où il vit avec son épouse française et les enfants de celle-ci. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B n'a jamais vécu de manière continue en France depuis 2001. Il a d'ailleurs fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 26 juin 2017 et ses recours juridictionnels contre cette décision ont été rejetés, par le tribunal administratif de Bordeaux puis par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 29 mai 2018. Il est également défavorablement connu des services de police pour différents faits, notamment d'escroquerie et de traite d'être humain en bande organisée. Il ressort de ce qui a été énoncé au point précédent que la communauté de vie avec son épouse a été interrompue en 2019. Dans ces conditions, la décision ne méconnait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui reprend à l'identique ce qui a été développé au soutien du moyen tiré de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment.

7. Si M. B produit des attestations indiquant qu'il s'occupe des enfants de son épouse et est important pour eux, ces seuls éléments ne suffisent pas à établir que la décision querellée méconnaîtrait les stipulations des articles 3 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions d'annulation doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pauziès, président,

M. Béroujon, premier conseiller,

Mme Molina-Andréo, première conseillère,

Rendu public après mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. BÉROUJON Le président,

J-C. PAUZIÈS

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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