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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202315

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202315

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMEAUDE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 et le 27 avril 2022 sous le n° 2202315, Mme B E, représentée par Me Meaude, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler la décision de la préfète de la Gironde du 22 avril 2022 l'assignant à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas suffisamment motivée ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'il porte à son mari et elle-même ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que le défaut de prise en charge médicale de son mari entraînera des conséquences graves sur l'état de santé de son mari.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est illégale par exception de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, sa présence aux côtés de son mari pour l'assister dans les soins dont il bénéficie étant essentielle.

Par deux mémoire en défense enregistrés le 26 avril et le 1er août 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.

Par un jugement du 28 avril 2022, la magistrate désignée par la présidente du tribunal pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a renvoyé à une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2022 en tant que la préfète de la Gironde a refusé la délivrance d'un titre de séjour à Mme E, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 13 juin 2022.

Par une ordonnance du 1er août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 octobre 2022.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 et le 27 avril 2022 sous le n° 2202316, M. A C, représenté par Me Meaude, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler la décision de la préfète de la Gironde du 22 avril 2022 l'assignant à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas suffisamment motivée ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de fait

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'il porte à son mari et elle-même ;

- la mesure d'éloignement méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'un défaut de prise en charge médicale entraînera des conséquences graves sur son état de santé.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est illégale par exception de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, sa présence aux côtés de son mari pour l'assister dans les soins dont il bénéficie étant essentielle.

Par deux mémoire en défense enregistrés le 26 avril et le 1er août 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.

Par un jugement du 28 avril 2022, la magistrate désignée par la présidente du tribunal pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a renvoyé à une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2022 en tant que la préfète de la Gironde a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. C, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 13 juin 2022.

Par une ordonnance du 1er août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E et M. A C, ressortissants géorgiens nés respectivement le 30 mai 1986 et le 26 décembre 1988, déclarent être entrés en France le 17 novembre 2018 avec leur fille. M. C a été admis au séjour en tant qu'étranger malade par un arrêté du 26 février 2020, dont il a sollicité le renouvellement le 19 janvier 2021. Le 6 juillet 2021, Mme E a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 27 janvier 2022, la préfète de la Gironde a refusé de délivrer aux intéressés les titres de séjour sollicités, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par deux autres arrêtés en date du 22 avril 2022, la préfète de la Gironde a assigné M. C et Mme E à résidence pour une durée de 45 jours. M. C et Mme E demandent chacun l'annulation des décisions contenues dans les arrêtés des 27 janvier 2022 et 22 avril 2022 les concernant en propre.

2. Les requêtes n°s 2202315 et 2202316 de Mme E et de M. C sont relatives à la situation d'un couple de ressortissant étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Par deux jugements du 28 avril 2022, la magistrate désignée par la présidente du tribunal a statué sur les conclusions respectives de M. C et de Mme E dirigées contre l'arrêté du 27 janvier 2022 en tant que la préfète de la Gironde leur a enjoint de de quitter le territoire français dans un délai de trente jour et a fixé le pays de destination, ainsi que sur celles dirigées contre l'arrêté du 22 avril 2022 portant assignation à résidence. Les conclusions des requêtes dirigées contre ces décisions sont donc devenues sans objet, et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne M. C :

4. En premier lieu, l'arrêté du 27 janvier 2022 indique que, d'après un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner à son égard des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins en Géorgie et aux caractéristiques du système de santé dans ce pays, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, de sorte qu'il ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique également que M. C ne démontre aucunement l'intensité et la stabilité de ses liens privés, familiaux et sociaux en France, et que sa situation personnelle et familiale ne répond pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels, avant de relever notamment qu'il ne justifie d'aucune ancienneté significative de présence en France, que sa famille réside en Géorgie, et que son épouse de même nationalité fait l'objet également d'une mesure d'éloignement, pour en déduire que la décision ne porte pas atteinte aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement l'intéressé en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision, qui est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, compte-tenu de ce qui a été dit au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

6. En troisième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Dans son avis du 24 septembre 2021, sur lequel s'est notamment fondée la préfète de la Gironde pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner à son égard des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé géorgien. M. C, qui lève le secret médical, fait valoir qu'il souffre d'une néphropathie pour laquelle il est traité par hémodialyse trois fois par semaine, qu'il bénéficie de traitements médicamenteux lourds, et qu'il est en attente d'une greffe rénale. Il soutient que l'accès aux soins est défaillant en Géorgie et que, compte-tenu de ses faibles ressources, il ne pourrait y bénéficier d'un traitement suffisant. Toutefois, M. C, qui n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait sans ressources en Géorgie, où réside sa famille, ni que le coût du traitement de la néphropathie serait à sa charge, n'établit pas les difficultés d'accès aux soins alléguées dans son pays d'origine. Par suite, c'est sans erreur d'appréciation que la préfète de la Gironde a pu refuser de lui délivrer un titre de séjour en tant qu'étranger malade.

8. En quatrième et dernier lieu, il ressort des termes de la requête que le requérant, qui se prévaut d'arguments relatifs aux effets d'un défaut de prise en charge médicale en cas d'éloignement, dirige le moyen qu'il formule tiré de la méconnaissance de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales contre la seule mesure d'obligation de quitter le territoire français, qui n'est plus en litige. Il invoque en revanche une erreur manifeste dans l'appréciation de la décision sur sa situation personnelle, se prévalant de son état de santé. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il n'établit pas être dans l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En outre, il ne justifie d'aucune ancienneté de séjour ni d'aucune attache en France, alors qu'il a vécu en Géorgie jusqu'à l'âge de trente ans, que sa mère y réside, et qu'il s'agit du pays dont son épouse et sa fille sont également ressortissantes. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne Mme E :

9. En premier lieu, l'arrêté du 27 janvier 2022 indique que Mme E ne démontre aucunement l'intensité et la stabilité de ses liens privés, familiaux et sociaux en France, et que sa situation personnelle et familiale ne répond pas à des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, avant de relever notamment qu'elle ne justifie d'aucune ancienneté significative de séjour en France, que sa famille réside en Géorgie, et que son époux de même nationalité fait l'objet également d'une mesure d'éloignement, pour en déduire qu'elle ne remplit pas les conditions prévues par les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la décision ne porte pas atteinte aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement Mme E en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision, qui est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

10. En deuxième lieu, compte-tenu de ce qui a été dit au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de la requérante.

11. En troisième lieu, la requérante, qui se prévaut d'arguments relatifs aux effets d'un défaut de prise en charge médicale de son mari en cas d'éloignement, dirige le moyen qu'elle formule tiré de la méconnaissance de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales contre la seule mesure d'obligation de quitter le territoire français, qui n'est plus en litige. Elle invoque en revanche une erreur manifeste dans l'appréciation de la décision sur sa situation personnelle, se prévalant de l'état de santé de son mari. Toutefois, ainsi que dit au point 7, il n'est pas établi que celui-ci serait dans l'impossibilité de bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine. En outre, Mme E se maintient irrégulièrement en France en dépit d'une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 14 juin 2019 et ne justifie d'aucune ancienneté de séjour ni d'aucune insertion en France, alors qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans en Géorgie, où résident ses parents et sa fratrie, et dont son époux et sa fille ont la nationalité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme E et M. C ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 27 janvier 2022 par lesquelles la préfète de la Gironde a refusé de les admettre au séjour.

Sur le surplus des conclusions :

13. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation des requérants, leurs conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées par voie de conséquence, ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2202315 et 2202316 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à M. F et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

Le rapporteur,

L. DLe président,

L. POUGET

La greffière,

M-A PRADAL

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2202315, 2202316

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