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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202327

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202327

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantHAAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I / Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 avril et 2 juin 2022 sous le n°2202327, Mme A E épouse G, représentée par Me Haas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée à défaut de se conformer à ladite obligation et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des disposions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991

Elle soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée de vices de procédure en méconnaissance des articles L. 425-9, R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

* elle ne dispose pas de l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

* l'existence du rapport médical, sa transmission au collège de médecins et la date de cette transmission ne sont pas établies par la préfète, qui n'établit pas davantage que le médecin auteur du rapport n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'OFII ;

* la préfète de la Gironde doit établir la réalité de la collégialité de la délibération des médecins de l'OFII par tout moyen, laquelle constitue une garantie ;

* la préfète de la Gironde doit établir que la garantie que constitue l'authentification de la signature des membres du collège des médecins de l'OFII n'a pas été méconnue ;

- la décision méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle souffre de trois pathologies extrêmement difficiles à équilibrer, et pour lesquelles elle bénéficie d'un suivi constant et très spécialisé sans lequel elle se trouverait exposée à des conséquences d'une exceptionnelle gravité ; tous ses médecins attestent de la nécessité de poursuivre son suivi pluridisciplinaire au sein du CHU de Bordeaux et elle devra prochainement faire l'objet d'une greffe du foie ; elle ne pourra pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et notamment de la transplantation hépatique pourtant nécessaire à sa survie ; en tout état de cause, son traitement qui est notamment composé de tacrolimus (prograf) n'est pas disponible ni enregistré au Kazakhstan ; le coût du traitement pour le diabète serait de 400 euros mensuel alors que le salaire minimum au Kazakhstan est de 110 euros ; il ne ressort pas de l'avis du 20 octobre 2021 que le collège de médecins de l'OFII se soit prononcé sur la disponibilité du traitement en Géorgie, pays d'origine de son conjoint et où elle serait légalement admissible, l'avis faisant seulement état de sa nationalité kazakhe et de l'offre de soin dans ce pays ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle n'a pas été en mesure de contester le premier arrêté portant obligation de quitter le territoire français ; elle réside en France depuis quatre ans avec son époux de nationalité géorgienne, lequel a une fille de 13 ans handicapée, vivant avec son ex-épouse à Paris ; son époux doit rester en France et elle ne peut être séparée de ce dernier ; elle est inscrite à université de Bordeaux ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes motifs ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle pour les mêmes motifs ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne peut bénéficier d'un traitement au Kazakhstan ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, pour les mêmes motifs ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pour les mêmes motifs et la condamnation en justice date de plusieurs années, elle justifie d'un parcours universitaire et donc de son intégration ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, pour les mêmes motifs.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- il convient de procéder à la jonction de cette requête à celle présentée par son époux ;

- aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Par une ordonnance du 24 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 10 juin 2022.

Par décision du 21 mars 2022, Mme A G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II / Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 avril et 2 juin 2022 sous le n°2202329, M. C G, représenté par Me Haas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé à défaut de se conformer à ladite obligation et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des disposions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son épouse souffre de trois pathologies difficiles à équilibrer et bénéficie de la qualité de travailleur handicapé et de l'allocation adulte handicapé et il ne peut être séparé de cette dernière, alors que son état de santé nécessite sa présence à ses côtés ; il ne ressort pas de l'avis du 20 octobre 2021 que le collège de médecins de l'OFII se soit prononcé sur la disponibilité de ses traitements en Géorgie, pays dont il est originaire et où son épouse serait légalement admissible, l'avis faisant seulement état de la nationalité kazakhe de son épouse et de l'offre de soin dans ce pays ; en tout état de cause, son traitement qui est notamment composé de tacrolimus (prograf) n'est pas enregistré dans ce pays ; le coût du traitement pour le diabète serait de 400 euros mensuel alors que le salaire minimum au Kazakhstan est de 110 euros ; de plus, sa fille née le 17 septembre 2008 d'une précédente union, réside en France avec sa mère de nationalité géorgienne, titulaire d'une carte de résident et mariée à un ressortissant français ; sa fille est atteinte d'un handicap, la microcéphalie ; bien que résidant à Paris, il la voit fréquemment et entretient avec elle une relation privilégiée et contribue à son éducation et entretien ; le couple justifie de son intégration dans la société français ; son épouse a obtenu le diplôme universitaire d'études françaises et a obtenu un diplôme universitaire d'études françaises 2 en 2021 ; les faits de vols datent de 2019, soit plus de trois ans avant la date de l'arrêté et il justifie être bénévole au sein d'associations ;

- pour les mêmes motifs, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- pour les mêmes motifs, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que sa fille de treize ans, atteinte d'un handicap, réside en France avec sa mère titulaire d'une carte de résident et mariée à un ressortissant français avec lequel elle a eu un enfant ; il voit régulièrement sa fille et les médecins soulignent les effets positifs de ces retrouvailles sur l'état psycho-émotionnel et le développement de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, pour les mêmes motifs ;

- pour les mêmes motifs, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il a quitté son pays au moment du conflit osséto-géorgien en raison des menaces reçues à la suite de sa participation à la défense de son village ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pour les mêmes motifs et les condamnations en justice datent de plusieurs années, il est désormais investi dans plusieurs associations et suit des cours de français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, pour les motifs précédemment cités ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, pour les mêmes motifs.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- il convient de procéder à la jonction de cette requête à celle présentée par son épouse ;

- aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Par une ordonnance du 24 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 10 juin 2022.

Par une décision du 21 mars 2022, M. C G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- et les observations de Me Haas, représentant M. et Mme G, présents ;

- la préfète de la Gironde n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E épouse G, ressortissante kazakhe née le 24 novembre 1987, est entrée irrégulièrement en France le 3 avril 2018. Elle a déposé une demande d'asile, laquelle a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), et dernièrement par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 décembre 2019. Par un arrêté du 19 juin 2020, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Mme G a de nouveau sollicité le 28 juin 2021, son admission au séjour dans le cadre des dispositions des articles L. 425-9, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a émis un avis le 20 octobre 2021. Par un arrêté du 26 janvier 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète de la Gironde, a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée à défaut de se conformer à ladite obligation et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. M. C G ressortissant géorgien né le 8 mars 1987 est entré irrégulièrement en France le 6 avril 2018. Il a déposé une demande d'asile laquelle a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), et dernièrement par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 juin 2019. Par un arrêté du 25 juin 2020, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. G a de nouveau sollicité le 28 juin 2021, son admission au séjour dans le cadre des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 janvier 2022, dont il demande l'annulation, la préfète de la Gironde, a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à ladite obligation et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la jonction :

3. Les requêtes n° 2202327 et 2202329, présentées respectivement pour Mme A E épouse G et M. C G, concernent la situation d'un couple marié et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation présentées dans la requête n°2202327 :

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme G, la préfète de la Gironde a estimé, ainsi qu'il ressort de l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 20 octobre 2021 dont elle s'est appropriée les motifs, que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut toutefois bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont elle est originaire, le Kazakhstan, et vers lequel elle peut voyager sans risque.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des nombreux certificats médicaux produits, sur les années 2020 à 2022, que Mme G est atteinte d'une part, d'une cirrhose auto-immune sévère avec forte hypertension portale nécessitant un traitement immunosuppresseur au long cours, d'autre part, d'un diabète de type 1, auto-immune et enfin, d'une maladie cœliaque qui engendre des troubles de l'absorption des nutriments et participe au déséquilibre déjà existant du fait de son diabète et de son hépatopathie auto-immune. Il ressort également du certificat médical du 5 mai 2022, du docteur B, que d'une part, le diabète de la requérante est " très instable malgré une surveillance faite d'un capteur de glycémie () et un traitement par pompe à insuline ", ce qui l'expose " aux complications à la fois chroniques et du diabète sous forme de possibles comas et d'hypoglycémies graves menaçant la vie " et que d'autre part, sa cirrhose implique " une surveillance biologique, morphologique et endoscopique très régulière " et son inscription " très prochainement sur la liste de greffe hépatique et pancréatique ". Pour justifier qu'elle ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine le Kazakhstan, la requérante produit d'abord, un certificat médical du 27 avril 2022 du docteur F aux termes duquel sa cirrhose nécessite " un traitement immunosuppresseur non disponible dans son pays d'origine, à savoir du tacrolimus " et un courrier du Comité chargé du contrôle médical et pharmaceutique du ministère de la santé de la république du Kazakhstan, du 28 avril 2022, lequel indique que les médicaments " prograf " et " solupred ", prescrits à la requérante d'après l'ordonnance produite, " ne disposent pas d'un enregistrement par l'Etat en République du Kazakhstan et qu'il n'y a pas de procédure d'enregistrement ". Par ailleurs, aux termes du courrier du centre national scientifique de chirurgie AN Syzganov du 2 octobre 2020 et du document du ministère de la santé de la République du Kazakhstan intitulé " extraits de la carte médicale d'un patient en soins ambulatoires hospitalier " lequel liste les soins de la requérante de 2009 à 2015, produits par cette dernière, les services de chirurgie hépato pancréato-biliaire et de transplantation du foie au Kazakhstan ne réalisent pas de transplantations du foie avec utilisation des organes de donneurs décédés, du fait de l'absence de bases juridiques et pratiques correspondantes. En outre, la pompe à insuline et l'ensemble des consommables des patients atteints de diabète sucré de type 1 âgés de plus de 14 ans, ne sont pas pris en charge par le budget de l'Etat pour les années 2021-2025, d'après le courrier de la direction de la santé publique de la ville d'Almaty, du 23 mai 2022 produit. Enfin, il ressort de tous les certificats produits que l'état de santé de la requérante, qui n'est âgée que de 34 ans, nécessite la surveillance très régulière de son diabète de type 1 et une prise en charge spécialisée pluridisciplinaire, telle que celle dont elle bénéficie au CHU de Bordeaux, dans l'attente d'une transplantation. Elle justifie de divers rendez-vous réguliers, notamment des consultations les 24 février et 15 avril 2022 pour le suivi de la pompe et capteur, ou encore d'une journée d'hospitalisation à venir le 18 juillet 2022 pour la prise en charge de sa pathologie digestive ainsi que d'une IRM du foie le 4 août 2022. Au vu de l'ensemble de ces éléments, la préfète de la Gironde, qui se borne à soutenir que le collège de médecins de l'OFII dispose de " sources d'informations abondantes ", qu'elle énumère ensuite, ne démontre pas, par les pièces produites la disponibilité, au Kazakhstan, des molécules et soins dont bénéficie Mme G dans le cadre de sa prise en charge pluridisciplinaire ainsi que des opérations médicales nécessaires à sa survie. De plus, si la préfète de la Gironde soutient que la disponibilité des soins a été appréciée tant au Kazakhstan, pays dont elle a la nationalité, qu'en Géorgie, pays dont est originaire son mari et lequel fait également l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, il ressort de l'avis du collège des médecins de l'OFII que cette appréciation n'a porté que sur l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé " dans le pays dont elle est originaire ". Enfin, si la préfète de la Gironde soutient que Mme G est défavorablement connue des services de police et a été signalée pour des faits de recel de biens provenant d'un vol le 6 juillet 2018 et condamné à un mois d'emprisonnement avec sursis le 9 juillet suivant par le tribunal correctionnel de Bordeaux ce qui révèle un manque d'intégration, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que la préfète n'a pas opposé l'existence d'une menace actuelle pour l'ordre public. Par suite, en estimant qu'elle pouvait bénéficier au Kazakhstan d'un accès effectif au traitement que requiert son état de santé, la préfète de la Gironde a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que le refus de séjour en date du 26 janvier 2022 doit être annulé et, par voie de conséquence, les décisions par lesquelles la préfète de la Gironde a obligé Mme G à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation présentées dans la requête n°2202329 :

8. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".

9. D'une part, il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que l'arrêté par lequel la préfète de la Gironde a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme G est annulé. Or, les pathologies de Mme G, épouse du requérant, rendent nécessaire la présence de son époux auprès d'elle. D'autre part, M. G établit être le père d'une jeune fille de 13 ans de nationalité géorgienne, née d'une précédente union, qui est atteinte d'un handicap. Il ressort des pièces du dossier que sa fille réside à Paris avec sa mère de nationalité géorgienne, laquelle est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 5 juillet 2027 et désormais mariée avec un ressortissant français avec lequel elle a eu un second enfant. Par ailleurs, M. G justifie de la réalité de la relation avec sa fille par la production de photographies, de billets de train entre Bordeaux et Paris, à son nom et à celui de sa fille, en août, octobre, décembre 2019, février 2020 et juin 2022 ainsi que de deux attestations de la mère de l'enfant des 15 mars 2021 et 9 mai 2022 certifiant de la réalité et de la nécessité de la relation entre le requérant et sa fille. Enfin, si la préfète de la Gironde soutient que M. G a été condamné à plusieurs reprises à des peines d'amende ou d'emprisonnement pour des faits de vols et recel de biens provenant d'un vol ce qui révèle un manque d'intégration sur le territoire français, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le requérant " ne représente pas une menace actuelle pour l'ordre public ". Par suite, la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits des enfants.

10. Il résulte de ce qui précède que le refus de séjour en date du 26 janvier 2022 doit être annulé et, par voie de conséquence, les décisions par lesquelles la préfète de la Gironde a obligé M. G à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Eu égard aux motifs de l'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de délivrer à Mme et M. G un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

12. Mme et M. G ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Haas, avocate de Mme et M. G, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Haas de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 janvier 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de délivrer à Mme G un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée à défaut de se conformer à ladite obligation et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulé

Article 2 : L'arrêté du 26 janvier 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de délivrer à M. G un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé à défaut de se conformer à ladite obligation et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulé

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer à Mme G un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer à M. G un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : L'Etat versera à Me Haas une somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Emilie Haas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E épouse G, à M. C G à Me Emilie Haas et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Billet-Ydier, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 202La rapporteure

A. D

La présidente

F. BILLET-YDIER

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière,,

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