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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202390

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202390

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2022, M. B E, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande, l'ensemble dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- la préfète s'est abstenue de procéder à l'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été édictée en méconnaissance des articles 3 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant de nationalité gabonaise né le 16 décembre 1980, est entré en France le 2 février 2019 muni d'un visa long séjour valant titre de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale ", pour y exercer la profession d'agent immobilier. Il en a sollicité le renouvellement en dernier lieu le 26 novembre 2020. Par l'arrêté contesté du 13 décembre 2021, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer ce titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, Mme A de Lastelle du Pré, adjointe au chef de bureau de l'admission au séjour des étrangers, bénéficiait, par arrêté préfectoral du 16 septembre 2021 régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs et accessible sur le site internet de la préfecture de la Gironde, d'une délégation lui permettant de signer la décision en litige au nom de la préfète de la Gironde en l'absence du directeur des migrations et de l'intégration, de son adjointe et du chef de bureau. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. E n'établit pas avoir communiqué à la préfète de la Gironde des éléments relatifs à son chiffre d'affaires de l'année 2021 à l'occasion de l'instruction de sa demande de titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de ce que, faute d'en avoir fait mention et d'en avoir tenu compte, cette autorité aurait entaché sa décision d'une insuffisance de motivation, d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui vient exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Lorsque l'étranger est lui-même le créateur de l'activité qu'il vient exercer, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. E a seulement produit sa déclaration de chiffre d'affaires du 3ème trimestre 2020 d'un montant de 1 830 euros à l'appui de sa demande de titre de séjour. S'il soutient que son activité a dégagé un chiffre d'affaires de 24 125 euros sur l'ensemble de l'année 2021, il résulte de ce qui a été énoncé au point 3 qu'il s'est abstenu de communiquer ces éléments à la préfète de la Gironde, ceux-ci étant au demeurant contredits par le revenu mensuel de 224 euros qu'il a déclaré à l'occasion de sa demande d'aide juridictionnelle présentée le 30 décembre 2021. S'il reproche également à la préfète de la Gironde de ne pas avoir pris en compte l'impact sur ses revenus de l'année 2020 du contexte de crise sanitaire lié au Covid-19, il ressort des éléments qu'il produit devant le tribunal que le début de l'année 2020 s'est révélé porteur en termes de nombre de transactions immobilières, et que si ce nombre a chuté de 60 à 70 % lors du premier confinement de mi-mars à mi-mai, le marché de l'immobilier a ensuite retrouvé son dynamisme pour aboutir à un nombre de transactions de 980 000 ventes, proche du niveau record de l'année où la barre du million de transactions avait été franchi. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la préfète de la Gironde aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que la viabilité économique de son entreprise n'était pas établie doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. E est entré récemment en France dans le but d'y exercer une activité d'agent immobilier dont la viabilité économique n'est pas démontrée. Hormis son épouse, qui fait l'objet d'une décision de refus de séjour concomitante et leurs deux enfants nés en France en 2019 et en 2021, il ne fait état d'aucun lien personnel et familial particulièrement intense en France. L'ensemble de la cellule familiale ayant vocation à se reconstituer au Gabon, où résident déjà les deux enfants mineurs de M. E, ainsi que la plupart des membres de sa famille, la préfète de la Gironde n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

8. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 16 de la même convention : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ".

9. L'arrêté en litige n'a pas pour effet de séparer M. E de ses enfants, qui ont vocation à retourner au Gabon en sa compagnie et celle de leur mère. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit en conséquence être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme D et Mme C, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

E. D

Le président,

D. FERRARI La greffière,

C. POTTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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