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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202392

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202392

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202392
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2022, Mme A E épouse F, représentée par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande, l'ensemble dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant de délivrer un titre de séjour à son époux ;

- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- la préfète s'est abstenue de procéder à l'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été édictée en méconnaissance des articles 3 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme E épouse F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E épouse F, ressortissante de nationalité gabonaise née le 3 avril 1992, est entrée en France le 2 février 2019 munie d'un visa long séjour valant titre de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale ", pour y exercer la profession d'agent immobilier. Elle en a sollicité le renouvellement en dernier lieu le 26 novembre 2020. Par l'arrêté contesté du 13 décembre 2021, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer ce titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. En l'espèce, si la préfète de la Gironde a vérifié, à l'occasion de l'examen de la vie privée et familiale de l'intéressée, la régularité du séjour de l'époux de la requérante, il ne ressort pas des termes de sa décision qu'elle se serait fondée sur le refus de séjour opposé à ce dernier ni que ce refus constituerait la base légale de la décision en litige. Le moyen tiré de l'illégalité du refus de séjour opposé à la requérante en raison de l'illégalité du refus de séjour opposé à son époux doit en conséquence être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme B de Lastelle du Pré, adjointe au chef de bureau de l'admission au séjour des étrangers, bénéficiait, par arrêté préfectoral du 16 septembre 2021 régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs et accessible sur le site internet de la préfecture de la Gironde, d'une délégation lui permettant de signer la décision en litige au nom de la préfète de la Gironde en l'absence du directeur des migrations et de l'intégration, de son adjointe et du chef de bureau. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision en litige que la préfète de la Gironde, qui a visé les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme E épouse F aux motifs qu'elle n'avait pas exercé l'activité d'agent immobilier correspondant au visa et au titre de séjour qui lui avaient été accordés, qu'elle avait créé une nouvelle activité de livraisons et de courses en septembre 2020 sans lien avec ses autorisations de séjour initiales et qu'au surplus, elle ne justifiait pas que cette nouvelle activité, qui avait dégagé seulement 635 euros de chiffre d'affaires en 2020, était économiquement viable. Le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit en conséquence être écarté.

5. En quatrième lieu, Mme E épouse F n'établit pas avoir communiqué à la préfète de la Gironde des éléments relatifs à son chiffre d'affaires de l'année 2021, à l'impact sur celui-ci des restrictions sanitaires liées au Covid-19, ainsi qu'à sa situation médicale à l'occasion de l'instruction de sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que l'absence de ces mentions traduirait un défaut d'examen de sa situation particulière doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui vient exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Lorsque l'étranger est lui-même le créateur de l'activité qu'il vient exercer, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme E épouse F a seulement produit sa déclaration de chiffre d'affaires du 3ème trimestre 2020 d'un montant de 635 euros à l'appui de sa demande de titre de séjour. Elle ne saurait à cet égard utilement reprocher à la préfète de la Gironde de ne pas avoir pris en compte l'impact sur le secteur immobilier du contexte de crise sanitaire lié au Covid-19 dès lors qu'il n'est pas contesté qu'elle n'a pas exercé l'activité d'agent immobilier pour laquelle elle avait obtenu un visa et le renouvellement de son titre de séjour. Si elle soutient que sa nouvelle activité, exercée malgré sa grossesse difficile, lui a permis de dégager un chiffre d'affaires de 5 174 euros sur l'ensemble de l'année 2021, il résulte de ce qui a été énoncé au point 5 qu'elle s'est abstenue de communiquer ces éléments à la préfète de la Gironde. Ceux-ci sont au demeurant contredits par le revenu mensuel de 224 euros qu'elle a déclaré à l'occasion de sa demande d'aide juridictionnelle présentée le 30 décembre 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la préfète de la Gironde aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que la viabilité économique de son entreprise n'était pas établie doit être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme E épouse F est entrée récemment en France dans le but d'y exercer une activité non salariée dont la viabilité économique n'est pas démontrée. Hormis son époux, qui fait l'objet d'une décision de refus de séjour concomitante et leurs deux enfants nés en France en 2019 et en 2021, elle ne fait état d'aucun lien personnel et familial particulièrement intense en France. L'ensemble de la cellule familiale ayant vocation à se reconstituer au Gabon, où résident la plupart des membres de sa famille, la préfète de la Gironde n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

10. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 16 de la même convention : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ".

11. L'arrêté en litige n'a pas pour effet de séparer Mme E épouse F de ses enfants, qui ont vocation à retourner au Gabon en sa compagnie et celle de leur père. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit en conséquence être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme E épouse F doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme E épouse F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E épouse F et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme D et Mme C, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

E. D

Le président,

D. FERRARI La greffière,

C. POTTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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