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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202506

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202506

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202506
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET SBA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A, qui contestait le permis de construire modificatif délivré par le maire de Bordeaux à M. D pour des travaux sur un mur mitoyen et un balcon. Le tribunal a jugé que le pétitionnaire, en fournissant l'attestation prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, était réputé avoir qualité pour déposer la demande, nonobstant la mitoyenneté du mur. Il a également écarté les moyens tirés du défaut de sincérité du dossier et de la méconnaissance de l'article UM35 du plan local d'urbanisme, sans les détailler dans cet extrait. La solution retenue est le rejet de l'intégralité des conclusions de M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2022, M. B A, représenté par Me Berland, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Bordeaux a délivré le permis de construire modificatif n° PC033 063 17 Z0654 M03 relatif à une maison d'habitation sise 423 rue Pasteur, ensemble la décision du 2 mars 2022 de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le pétitionnaire n'avait pas la capacité à déposer seul une demande de permis de construire relative aux clôtures séparatives dès lors qu'elles sont mitoyennes et qu'il n'en est pas l'unique propriétaire ;

- la présentation du dossier concernant le balcon n'est pas sincère, le pétitionnaire a tenté d'induire en erreur les services instructeurs ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UM35 du règlement du plan local d'urbanisme de Bordeaux métropole dès lors qu'il prévoit l'édification d'un mur d'une hauteur totale de 4,15 mètres, alors que le règlement du plan local d'urbanisme dispose que les murs de clôture ne peuvent pas dépasser 1,60 mètres ;

Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2022, M. C D, représenté par Me Krebs, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 23 janvier 2023, la commune de Bordeaux, représentée par Me Bérard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,

- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,

- les observations de Me Berland représentant M. A,

- et les observations de Me Bérard représentant la commune de Bordeaux et de Me Krebs représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire de la parcelle YT n°242 à Bordeaux, sur laquelle est construite une maison à usage d'habitation sise 425 rue Pasteur, qui jouxte la parcelle YT n°243 appartenant à M. D, au numéro 423 de la même rue. Par un arrêté du 12 décembre 2017, le maire de la commune de Bordeaux a accordé à M. D un permis de construire ayant pour objet la construction d'une maison individuelle sur ladite parcelle. Par un deuxième arrêté, daté du 30 octobre 2019, le maire de la commune de Bordeaux a accordé à M. D un permis de construire modificatif ayant pour objet la modification de la façade et de la clôture de son projet. Le 25 octobre 2021, M. D a déposé une nouvelle demande de permis de construire modificatif concernant les éléments de structure du balcon et des clôtures séparatives entre les deux habitations. Par un arrêté du 22 novembre 2021, le maire de la commune de Bordeaux a accordé à M. D ce second permis de construire modificatif. M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, qui a été rejeté par le maire de la commune de Bordeaux par un courrier du 2 mars 2022, notifié le 9 mars 2022. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de l'arrêté en date du 22 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Bordeaux a accordé le permis de construire modificatif à M. D, ensemble la décision du maire de la commune de Bordeaux de rejeter son recours gracieux le 2 mars 2022.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les clôtures séparatives mitoyennes :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés: / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; () ". Le dernier alinéa de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme dispose : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ". En vertu de l'article R. 431-4 du même code, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations limitativement énumérées aux articles R. 431-5 à R. 431-33. L'article R. 423-38 du même code dispose que l'autorité compétente réclame à l'auteur de la demande les seules pièces exigées en application du livre IV de ce code que le dossier ne comprend pas. Il résulte de ces dispositions que, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme selon laquelle il remplit les conditions fixées à l'article R. 423-1 du même code pour déposer une demande de permis de construire doit être regardé, dans tous les cas, comme ayant qualité pour présenter cette demande.

3. D'autre part, les dispositions de l'article 653 du code civil établissent une présomption légale de copropriété des murs séparatifs de propriété.

4. Il résulte des dispositions rappelées au point 2, notamment du b) de l'article R. 423-1, qu'une demande de permis de construire concernant un mur séparatif de propriété peut, alors même que les travaux en cause pourraient être contestés par les autres propriétaires devant le juge judiciaire sur le fondement des articles 653 et suivants du code civil, être présentée par un seul co-indivisaire.

5. Le requérant soutient que le pétitionnaire n'avait pas la capacité à déposer un permis de construire modificatif portant sur les clôtures séparatives entre leurs deux propriétés dès lors que celles-ci sont mitoyennes. Toutefois, dès lors que M. D a fourni aux services instructeurs l'attestation prévue à l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme selon laquelle il remplissait les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis de construire modificatif, ce qui n'est pas contesté, il doit être regardé comme ayant eu la qualité pour présenter cette demande, sans que le maire de la commune de Bordeaux n'ait eu à exiger de lui la production d'un document établissant soit qu'il était seul propriétaire du mur mitoyen, soit qu'il avait recueilli l'accord de M. A. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis de construire modificatif serait illégal au motif que le dossier présenté par M. D ne comportait pas l'accord de M. A pour les travaux relatifs aux clôtures séparatives doit être écarté.

En ce qui concerne le caractère prétendument insincère du dossier :

6. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

7. Le requérant soutient que la présentation du dossier du pétitionnaire concernant le balcon n'est pas sincère et que le pétitionnaire a tenté d'induire en erreur les services instructeurs, en ce que les garde-corps du balcon seraient construits en briques alors que le permis de construire initial mentionne un balcon autoporté avec des garde-corps en verre dépoli. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire modificatif ne mentionne pas de balcon autoporté, mais la modification de la structure, avec la création du mur et d'un poteau de soutènement venant renforcer et sécuriser le balcon. En outre, en se bornant à verser à l'instance des photographies qui ne montrent que la façade ouest du projet donnant sur la parcelle du requérant, en cours de travaux, et sur laquelle une partie en verre pourrait être ajoutée, le requérant n'établit pas la circonstance selon laquelle les garde-corps seraient en brique. Enfin, en tout état de cause, à supposer même que la présentation des garde-corps ait été erronée, cette circonstance ne serait pas, à elle seule, de nature à démontrer que le pétitionnaire aurait cherché à induire en erreur les services instructeurs. Il s'ensuit que ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme :

8. D'une part, aux termes des dispositions de la zone UM35 du règlement du plan local d'urbanisme : " 2.4.2.2. Clôtures nouvelles - Dans ce cadre, la clôture sur le domaine public ou dans les marges de recul imposées doit être réalisée à l'aide : - soit d'un mur plein d'une hauteur inférieure ou égale à 1,20 m ; - soit d'un dispositif à claire-voie posé le cas échéant sur un mur bahut de 1 m de hauteur maximum. Le tout ne peut excéder au total 1,60 m ; () En limites séparatives, au-delà d'une marge de recul de 3 m minimum, la hauteur totale des clôtures ne peut excéder 2 m. () ".

9. D'autre part, sont applicables aux clôtures, dont celles qui prennent la forme d'un mur, les seules dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme édictées spécifiquement pour régir leur situation, sur le fondement des articles R. 151-41 et R. 151-43 du code de l'urbanisme. En revanche, un mur qui est incorporé à une construction, alors même qu'il a la fonction de clore ou limiter l'accès à son terrain d'assiette, est soumis à l'ensemble des règles du règlement du plan local d'urbanisme applicables aux constructions.

10. Le requérant soutient que le projet de permis de construire modificatif méconnaît les dispositions citées au point 8 de l'article UM35 du règlement du plan local d'urbanisme de Bordeaux métropole dès lors que le pétitionnaire a prévu la construction d'un mur d'une hauteur totale de 4,15 mètres surplombé de 60 centimètres de verre dépoli. Toutefois, il ressort du dossier déposé par le pétitionnaire et notamment du plan de coupe PM 2.b que ce mur, en limite séparative de propriété, d'une hauteur de 2,85 mètres vise à intégrer un poteau supportant la structure du balcon à l'étage supérieur et se situe dans le mur d'héberge de la construction principale. Par suite et en vertu des principes rappelés au point 9 ce mur incorporé à la construction est soumis à l'ensemble des règles du plan local d'urbanisme applicable aux constructions et non à celles relatives aux clôtures. Il s'ensuit que le moyen tenant à ce que le projet méconnaîtrait les dispositions de l'article UM 35 du règlement du plan local d'urbanisme de Bordeaux métropole relatives aux clôtures doit être écarté comme inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Bordeaux a délivré le permis de construire modificatif n° PC03306317Z0654 M03 relatif à une maison d'habitation sise 423 rue Louis Pasteur, ensemble le rejet de son recours gracieux par une décision du maire de la commune de Bordeaux du 2 mars 2022.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bordeaux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A le versement d'une somme de 1 000 euros à la commune de Bordeaux et d'une somme de 1 000 euros à M. D au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versa une somme de 1 000 euros à la commune de Bordeaux et une somme de 1 000 euros à M. D, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Bordeaux et à M. C D.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M E et Mme Fazi-Leblanc, premiers conseillers,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La rapporteure,

S. FAZI-LEBLANC

La présidente,

C. CABANNELa greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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