mercredi 21 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202531 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | HUGON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mai 2022, M. A, représenté par Me Hugon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 mars 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1807 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision est illégale faute pour la préfète d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure en ce que la vérification documentaire sollicitée par la préfète revêt un caractère systématique et n'a pas respecté le principe du contradictoire et méconnaît les articles L. 811-2 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, 47 du code civil et 1 du décret du 24 décembre 2015 en ce que la préfète aurait dû solliciter les autorités ivoiriennes ;
- la décision est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- la décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2022.
Vu l'ordonnance du juge des référés n° 2202532 du 20 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2015-1740 du 24 décembre 2015 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zuccarello, présidente,
- et les observations de Me Hugon, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant ivoirien, déclarant être né le 10 octobre 2002, est entré en France en juillet 2018. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à la suite d'un jugement du 25 mars 2019, pris au regard d'une ordonnance de placement provisoire du 6 septembre 2018 du parquet de Bobigny et d'une seconde ordonnance de placement provisoire du 3 octobre 2018 du tribunal pour enfant de Bordeaux. Il a bénéficié par la suite d'un contrat jeune majeur. Le 31 juillet 2020, M. A a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 15 mars 2022, dont il est demandé l'annulation, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".
3. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A sur le fondement des dispositions précitées, la préfète de la Gironde s'est fondée sur l'absence de caractère probant des documents d'état civil présentés à l'appui de sa demande, ainsi que sur l'absence de caractère sérieux de la formation suivie, de la faible ancienneté de sa présence en France, de l'absence de démonstration d'une insertion en France et des liens qu'il a conservé dans son pays d'origine.
4. D'une part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Selon l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ". Aux termes de l'article 1 du décret du 24 décembre 2015 : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet. Dans le délai prévu à l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, l'autorité administrative informe par tout moyen l'intéressé de l'engagement de ces vérifications ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles ou y fait procéder auprès de l'autorité étrangère compétente. L'article 47 du code civil précité pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il incombe donc à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre Etat afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet Etat est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.
5. Il ressort des pièces du dossier, que pour établir son état civil et donc sa minorité, M. A a produit un extrait d'acte de naissance n°4934 délivré le 11 septembre 2018, et un passeport n°19AA98149 délivré le 17 février 2020. Pour contester l'authenticité de ces documents, la préfète de la Gironde s'est fondée sur l'avis de la direction zonale de la police aux frontières rendu le 9 avril 2021. Ce rapport remet en cause l'authenticité du cachet de l'autorité locale figurant sur l'extrait du registre d'état civil dès lors que les cercles de ce cachet ne " sont pas parfaitement arrondis " et que " les caractères ne sont pas alignés ni centrés ". Cependant, il ressort également des termes de ce rapport, que la direction zonale de la police aux frontières a considéré que le formalisme de l'extrait du registre d'état civil était conforme, et que les mentions biographiques ne présentaient aucune marque d'altération frauduleuse. Au surplus, le requérant produit au dossier les échanges de courriels émanant de son éducatrice qui a sollicité auprès de la mairie de naissance une copie des actes d'état civil et les réponses obtenues démontrant l'origine des documents. Ainsi, et alors l'avis défavorable n'est fondé que sur la " faible garantie " du cachet de l'autorité locale, la préfète de la Gironde n'a pas, dans les circonstances particulières de l'espèce, renversé la présomption d'authenticité qui s'attache aux documents d'état civil de M. A.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été scolarisé, de 2019 à 2021, en CAP Carrosserie, et qu'il a été titulaire d'un contrat d'apprentissage en alternance au sein de l'entreprise Acci-Auto Carrosserie. Si M. A n'a pas validé son diplôme en raison de l'insuffisance de ses notes, il reste que les commentaires de ses professeurs étaient très encourageants, soulignant " beaucoup de travail et d'efforts ", " beaucoup de courage et de volonté pour remédier à ses difficultés ", " beaucoup de mérite ". Au surplus, ses employeurs soulignent son intégration, sa volonté, et dépeignent un " garçon très agréable au travail, toujours à l'écoute, très motivé, bosseur, c'est une personne qui apporte toujours de la gaieté, malgré les complications suite à sa situation il ne râle jamais ". En outre, M. A produit un contrat de travail à durée déterminée, du 1er mars au 22 avril 2022, en qualité d'ouvrier de production en bâtiment dans la société Mat-In-Bat, laquelle a apprécié ses qualités au travail et lui a proposé un contrat à durée indéterminée sous réserve qu'il obtienne un titre de séjour. Par ailleurs, la structure d'accueil de M. A a émis l'avis qu'il était très impliqué dans son emploi et sa scolarité, qu'il avait construit un projet de vie en France et crée un réseau relationnel solide. Enfin, s'il n'est pas totalement isolé dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait conservé des liens avec ce pays, dès lors qu'il soutient sans être sérieusement contredit que sa sœur et son père sont décédés, que sa mère s'est remariée après le décès de son père et s'est expatriée en Guinée et qu'il n'a plus de lien avec son frère, lequel avait déjà quitté le domicile familial avant son départ de Côte d'Ivoire.
7. Il résulte de tout ce qui précède, que c'est à tort, que la préfète de la Gironde a estimé que M. A ne remplissait pas les conditions exigées par l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 15 mars 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, il est également fondé à demander l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Eu égard aux motifs d'annulation de l'arrêté attaqué et au fait que le titre prévu par l'article L. 423-22 du CESEDA est délivré dans l'année qui suit le dix-huitième anniversaire de l'intéressé, l'exécution du présent jugement implique, sous réserve d'un changement dans la situation de fait ou de droit de M. A, que la préfète de la Gironde lui délivre un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de la Gironde de délivrer au requérant ce titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hugon de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 mars 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Hugon, avocat de M. A, la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de la Gironde et à Me Hugon.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Zuccarello, présidente,
Mme De Paz, première conseillère,
Mme Denys, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.
La présidente-rapporteure,
F. ZUCCARELLO
L'assesseure la plus ancienne,
D. DE PAZ
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026