vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202625 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | LANNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, M. I K, représenté par Me Pierre Lanne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2021 par lequel la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné à défaut de se conformer à cette obligation ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de le munir, dans l'attente, d'un récépissé, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
En ce qui concerne le moyen commun :
- la décision a été signée par une autorité incompétente, dès lors que la signataire de l'acte ne fait état ni de la délégation de signature en vertu de laquelle, cette dernière a agi, ni de sa publication préalable à l'édiction de l'acte ;
En ce qui concerne le refus de séjour :
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors que la naissance de son enfant F le 19 mars 2020 n'est pas mentionnée ;
- la préfète a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il justifie d'une insertion durable dans la société française, a travaillé, il dispose d'attaches familiales en France, est engagé dans une relation de concubinage ; la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle pour les mêmes motifs ;
- la préfète n'a pas pris en considération l'intérêt supérieur de l'enfant, protégé par la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 16 mai 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 9 juin 2022.
M. K a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. G,
- et les observations de Me Lanne représentant M. K,
- la préfète de la Gironde n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. I K, ressortissant colombien né le 21 avril 1991, est entré en France le 12 décembre 2016 selon ses déclarations. Il a fait l'objet le 15 janvier 2018 d'une obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 28 mars 2018, M. K a été condamné par le tribunal correctionnel de Bordeaux à 1 an et 6 mois d'emprisonnement pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, puis le 22 mai 2019 à une amende pour recel de bien provenant d'un vol. De sa relation avec Mme J est né, en France, un enfant le 19 mars 2020. Il a sollicité, le 9 juillet 2020, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 novembre 2021, dont il demande l'annulation, la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné à défaut de se conformer à cette obligation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. Il ressort de l'arrêté préfectoral du 26 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2021-161 du même jour, que Mme D B, cheffe du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux, disposait d'une délégation de signature de la préfète de la Gironde en l'absence de M. A du Payrat, de M. H, de Mme C, et de M. E pour signer les décisions prises sur le fondement des articles prévues aux livres II, IV, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, parmi lesquelles figurent les décisions en litige. Il n'est pas établi ni même allégué que ces agents n'auraient pas été absents ou empêchés le jour de la signature de l'acte contesté. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté que M. K est entré irrégulièrement en France le 12 décembre 2016, a sollicité son admission au séjour le 9 juillet 2020 sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est en concubinage avec Mme J et que son second enfant est né en France. La préfète de la Gironde fait également mention de la menace pour l'ordre public que représente la présence de l'intéressé en France. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde, qui a mentionné la naissance de son enfant en France, n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation. Par suite, ce moyen manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 423-23 de ce code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'attestations de paiement de la caisse d'allocations familiales de la Gironde et de factures d'électricité que M. K et Mme J, ressortissante colombienne bénéficiant d'une carte de résident, justifient d'une vie commune depuis décembre 2019. De leur union est né un enfant, F, le 19 mars 2020 à Bordeaux. Toutefois, le requérant a été condamné par un jugement du 28 mars 2018 du tribunal correctionnel de Bordeaux à 18 mois d'emprisonnement pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, puis le 22 mai 2019 à une amende pour recel de bien provenant d'un vol. La circonstance qu'il a travaillé au cours de son incarcération ne suffit pas à justifier de l'intégration particulière dont il se prévaut dans la société française. En outre, M. K est également père d'un enfant mineur résidant en Colombie. Dans ces conditions, la menace à l'ordre public que constitue son comportement justifie qu'un refus soit opposé à sa demande de titre de séjour, sans que ne soit portée une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, ni que les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne soient méconnues. Pour les mêmes motifs, le refus opposé n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
6. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. La décision de refus de séjour attaquée n'a pas pour conséquence de priver M. K, qui est également père d'un enfant mineur résidant en Colombie, de tout lien avec son enfant F résidant en France. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2021 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. K demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. K est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I K, à Me Pierre Lanne et à la préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Billet-Ydier, présidente,
Mme Lahitte, conseillère,
M. Bongrain, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
Le rapporteur,
A. G
La présidente,
F. BILLET-YDIERLa greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026