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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202628

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202628

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOYANCÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, Mme D C représentée par Me Boyancé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " ou, à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente.

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle justifie du caractère réel et sérieux des études poursuivies en France.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur un refus de séjour illégal.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2022.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zuccarello, présidente,

- et les observations de Me Boyancé, représentant Mme C.

Une note en délibéré, présentée pour Mme C, a été enregistrée le 22 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante béninoise née le 6 avril 1998, est entrée sur le territoire français le 14 septembre 2017 en possession d'un visa long séjour et a obtenu un premier titre de séjour mention " étudiant " le 7 septembre 2017, renouvelé jusqu'au 25 janvier 2022. Le 21 janvier 2022, Mme C a demandé le renouvellement de son droit au séjour qui a cependant été rejeté par un arrêté du 15 mars 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 11 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2022-028 du même jour, donné délégation à M. A B, directeur des migrations et de l'intégration, signataire des décisions litigieuses, à l'effet de signer, en matière de droit au séjour, toutes décisions et correspondances prises en application des livres II, IV et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, en matière d'éloignement, toutes décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant prises en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII du même code. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et le caractère cohérent desdites études.

4. Pour refuser de procéder au renouvellement du titre de séjour sollicité, la préfète de la Gironde s'est fondée sur le motif tiré de ce que Mme C ne justifiait pas de la réalité et du caractère sérieux de ses études.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui a validé sa 1ère année de licence " information et communication " au titre de l'année 2017/2018, s'est finalement réorientée en 1ère année de licence " histoire " pour l'année universitaire 2018/2019, au terme de laquelle elle a été ajournée. S'il ressort des pièces du dossier que la requérante a obtenu sa 1ère année de licence " histoire " au terme de l'année universitaire 2019/2020, elle a été déclarée défaillante en deuxième année de licence en 2020/2021, au motif qu'elle ne s'était pas présentée aux examens du premier semestre universitaire. Pour démontrer le caractère réel et sérieux des études poursuivies, la requérante fait valoir que ces échecs successifs, sont, d'une part, justifiés par le décès de sa mère et de sa tante, ainsi que, d'autre part, par le contexte difficile liée à la crise sanitaire. Cependant, si la requérante démontre effectivement que sa mère est décédée le 21 décembre 2016, il ne ressort pas des pièces du dossier que son deuil aurait affecté le déroulement de ses études en France, qui n'ont débuté que l'année suivante en 2017. Elle ne démontre pas d'avantage que la perte de sa tante en mai 2018 aurait eu une incidence significative sur la poursuite de ses études alors qu'elle a obtenu sa première année de licence " information et communication " au cours de cette même année 2017/2018. En outre, si Mme C soutient que son état de santé l'a empêchée de participer aux partiels qui se sont déroulés au mois de décembre 2020, la seule production d'un avis de consultation du 20 mai 2021 et d'une prescription médicale du même jour, qui mentionnent, en des termes généraux peu circonstanciés, l'existence d'une pathologie chronique, ne démontrent pas qu'elle aurait effectivement été empêchée de participer aux partiels, qui se sont au demeurant déroulés à distance depuis le domicile des étudiants. Ainsi, en considérant que la requérante ne justifiait pas du caractère réel et sérieux des études poursuivis en France, la préfète de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Les moyen soulevés à l'encontre du refus de séjour ayant été écartés, Mme C n'est pas fondée à demander, par voie de conséquence, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, qui n'est pas fondée sur un refus de séjour illégal.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2022.

Sur les autres conclusions de la requête :

8. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme de Paz, première conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

F. ZUCCARELLO

L'assesseure la plus ancienne,

D. DE PAZ

Le greffier,

Y. JAMEAU

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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