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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202648

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202648

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantHAAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2022, M. C B A, représenté par Me Haas, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète de la Gironde a implicitement refusé de faire droit à sa demande de délivrance d'un titre de séjour reçue le 13 octobre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié ", ou à défaut d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du prononcé du présent jugement, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée n'est pas motivée dès lors qu'il a sollicité la communication des motifs de cette décision et n'a pas reçu de réponse ;

- la préfète ne lui a pas remis le certificat médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à remplir par son médecin, alors qu'il sollicitait également un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, tout au long de son parcours migratoire, il a fait l'objet de très nombreuses sévices qui sont la cause d'un état de stress post-traumatique majeur, qu'il présente un risque vital de décompensation en cas de retour dans son pays d'origine, qu'il est très engagé bénévolement dans le milieu associatif en lien avec le domaine de la santé depuis son arrivée en France, qu'il a travaillé régulièrement en France pendant un an à compter du 26 avril 2021 en qualité d'agent contractuel du conseil départemental, qu'il a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour un CERFA de demande d'autorisation de travail établi par cette institution, qu'il réside habituellement en France depuis 5 ans, qu'il n'avait plus de contacts avec son épouse et ses filles, ces dernières étant désormais établies en Côte d'Ivoire, et qu'il n'a plus de lien avec son pays d'origine qu'il a quitté il y a dix ans.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 9 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 décembre 2022.

M. C B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme de Gélas a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B A, ressortissant malien né le 16 mars 1987, est entré sur le territoire français le 19 septembre 2017. Il a déposé, le 24 juillet 2018, une demande de reconnaissance du statut de réfugié, qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 24 septembre 2020. Par arrêté du 9 novembre 2020, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit. Le 17 juin 2021, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé le jugement du 25 janvier 2021 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux avait annulé cet arrêté. Par suite, M. A a été contraint de restituer le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 12 janvier 2021 au 11 janvier 2022, qui lui avait été remis par la préfecture de la Gironde en exécution du jugement du 25 janvier 2021. Par une demande du 4 octobre 2021, reçue en préfecture le 13 octobre 2021, M. A a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Du silence gardé par la préfète sur cette demande pendant plus de quatre mois est née le 13 février 2022 une décision implicite de rejet, dont M. A demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

3. Un étranger justifiant d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant des motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger, ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Il ressort des pièces du dossier que depuis son entrée en France en 2017, M. A s'est engagé bénévolement dans l'organisation et l'animation d'ateliers hebdomadaires dédiés à la prévention et à l'éducation en matière de santé au sein de l'association " Café santé ", promouvant l'action du conseil départemental de la Gironde en la matière. Par la suite, il a signé, le 23 avril 2021, un contrat de travail à durée déterminée à temps plein, pour une durée d'un an, avec le conseil départemental de la Gironde pour occuper un emploi de " chargé de gestion du domaine de la promotion de la santé " au sein du service de la protection maternelle et infantile, adolescents et adultes. A la suite de l'arrêt de la cour administrative d'appel du 17 juin 2021 ayant confirmé la légalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre, le département de la Gironde a fait une nouvelle demande d'autorisation de travail le 12 août 2021. Le directeur général des services a assuré par courrier du 3 septembre 2021 que " les services du département se portent garants de la qualité professionnelle tant que des compétences acquises par Monsieur B A ". A l'appui de son recours, M. A fournit en outre une promesse de renouvellement, pour trois ans, de son contrat de travail, rédigé par la chargée de mission du directeur général des services du département, le 16 décembre 2021. Par ailleurs, il allègue, sans être contredit en défense par le préfet de la Gironde qui n'a pas produit d'observations, qu'il était aide-soignant dans son pays d'origine, au profit de " La Croix Rouge ", et dispose ainsi des qualifications nécessaires pour occuper cet emploi. M. A soutient enfin vivre seul en France, ses deux filles mineures vivant en Côte d'Ivoire aux côtés de leur mère dont il est séparé. Par suite, eu égard à l'ensemble de ces éléments et dans les conditions très particulières de l'espèce résultant de l'intégration acquise par M. A grâce au bénévolat et au travail, celui-ci est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de la Gironde a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète de la Gironde a implicitement rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, sous réserve d'un changement des circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " soit délivrée au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de délivrer ce titre de séjour au requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés à l'instance :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Haas, avocate de M. A, de la somme de 1 200 euros sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 février 2022 de la préfète de la Gironde est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Haas la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A, à Me Emilie Haas et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

La rapporteure,

C. DE GÉLAS

La première conseillère,

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉOLa greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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