mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202747 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SEBBAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Sebban, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 21 mai 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique dirigé contre l'arrêté du 6 juillet 2021 de la préfète de la Gironde refusant de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision implicite du 31 décembre 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès notification du jugement et sous astreinte de la somme de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 6 juillet 2021 est insuffisamment motivé ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le traitement nécessaire à son état de santé n'est pas disponible en Tunisie ;
- la préfète a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête de M. A est tardive,
- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La première conseillère faisant fonction de présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,
- et les observations de Me Castede, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante tunisienne, née le 5 mars 1957 a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade par une demande du 26 mars 2021 dont la délivrance lui a été refusée par la préfète de la Gironde par un arrêté du 6 juillet 2021. Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision le 31 août 2021 auquel la préfète de la Gironde n'a pas répondu, faisant naître une décision implicite de rejet le 31 octobre 2021. Puis, par une décision implicite du 21 mars 2022, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours hiérarchique formé par Mme A et réceptionné le 21 janvier 2022. Eu égard à ses écritures, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 31 décembre 2021 et la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique du 21 mai 2022.
Sur les conclusions aux fins annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que pour prendre son arrêté, la préfète de la Gironde s'est appropriée l'avis du collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 17 juin 2021, aux termes duquel Mme A, dont l'état de santé nécessite des soins dont le défaut peut entrainer pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. La préfète a par ailleurs indiqué que l'intéressée ne justifie pas d'une ancienneté significative de présence en France, que la seule présence de sa fille n'est pas de nature à lui ouvrir un droit au séjour, qu'elle est démunie de ressource personnelle et qu'elle n'est pas isolée dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 62 ans et où vit son conjoint. Si la requérante fait valoir qu'elle serait entrée en France en 2017 et non en 2020 comme le retient la préfète, il est constant qu'elle a indiqué, dans sa demande de titre de séjour, être entrée sur le territoire français le 13 janvier 2020. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la préfète n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation pour prendre l'arrêté attaqué.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () /La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat./Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé./ Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 2, que, par un avis émis le 17 juin 2021, le collège de médecins de l'OFII, consulté par la préfète de la Gironde en application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a estimé que l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner pour l'intéressée des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé, bénéficier d'un traitement approprié dans le pays dont elle est originaire.
5. Mme A, qui a levé le secret médical, fait valoir qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement effectif dans son pays d'origine et se prévaut d'un certificat médical établi le 27 juin 2019 par un ophtalmologue aux termes duquel elle est en cours de traitement par injection intra-vitréenne de Lucentis et d'une attestation d'un médecin tunisien du 23 septembre 2021 qui indique " qu'à sa connaissance ", le Lucentis serait un médicament manquant en Tunisie. Toutefois, ces seuls éléments sont insuffisants pour remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII. De plus, il ressort des pièces du dossier et notamment des extraits du site internet de la pharmacie centrale de Tunisie produits par la préfète de la Gironde en défense que le Lucentis se trouve dans le catalogue des produits de santé dont elle assure l'approvisionnement dans ce pays. Au demeurant, Mme A n'établit, ni même n'allègue qu'elle ne pourrait pas avoir accès dans son pays d'origine à une molécule équivalente au Lucentis. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ( ) ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le séjour en France de Mme A, qui a indiqué être entrée sur le territoire français le 13 janvier 2020 dans sa demande de titre de séjour, était récent à la date des décisions attaquées. De plus, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme A, qui est dépourvue de ressources personnelles en France et qui a vécu jusqu'à l'âge de 62 ans en Tunisie où réside toujours son conjoint, bénéficierait, de par la seule présence régulière de sa fille sur le territoire national, de liens personnels et familiaux en France de nature à lui conférer un quelconque droit au séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Dès lors, le moyen doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le ministre de l'intérieur, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 31 octobre 2021 et la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique du 21 mars 2022, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme. B A, au préfet de la Gironde et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
La rapporteure,
M. C
La première conseillère,
faisant fonction de présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026